honore     Ce vendredi 24 juin, au début du Marathon des Mots 2011, j'ai eu le plaisir d'assister à la rencontre à la Cinémathèque de Toulouse avec Christophe Honoré, écrivain, scénariste, metteur en scène et réalisateur de son état. Très sympathique, ouvert et plein d'humour. Peu de choses nous séparent : 2 ans (il est né en 1970 et moi en 1972), 68km (il est né à Rostrenen, et moi à Lorient), nous écrivons, nous avons fait les mêmes études (Lettres Modernes)... La seule différence, et de taille, c'est qu'il réalise des films, publie des romans...


photo de Christophe Honoré tirée du site armortv.fr

et moi, je ne fais qu'y penser, tourner autour depuis 20 ans ! Je me souviendrai toujours du jugement parental d'une lourdeur extrême, j'avais 20 ou 22 ans et ma mère répond à mes prétentions artistiques : "Si tu avais quelque chose à faire dans ce domaine, on le saurait déjà, c'est trop tard !", enfin, quelque chose d'approchant... Mais ce n'est qu'un détail, je sais que je me réalise lentement, c'est comme ça ! Enfin, je voulais vous parler de Christophe Honoré, pas de mes petits problèmes...

     L'échange avec madame Natacha Laurent, déléguée générale de la direction et directrice de la programmation de la Cinémathèque de Toulouse, était bien mené et fructueux, la salle très à l'écoute et bienveillante. Il est apparu ouvert et s'est prêté à ce jeu de questions réponses avec sympathie et aisance. J'ai retrouvé chez lui la passion de certains cinéastes français actuels, d'Olivier Assayas à Xavier Beauvois, remplis de références de Jean Renoir à François Truffaut, mais personnels et pertinents.

     Il blague avec délectation sur son fidèle acteur Louis Garrel qui était venu à la cinémathèque quelques mois plus tôt, le présentant anxieux et débordant, nous parle de sa "marraine au cinéma", Béatrice Dalle, avec qui il a tourné 17 fois Cécile Cassard, son premier long métrage cinéma, impressionnante, entière. J'étais passé sur le

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photo du tournage de 17 fois Cécile Cassard, tiré du site de La Dépêche, on y reconnaît Romain Duris et Béatrice Dalle

tournage place du Salin, en 2002 je pense, mais je n'avais alors vu que les camions, la régie, ils ne tournaient pas encore. Il évoque aussi la grande Catherine Deneuve, qui s'est très vite adaptée à sa façon de tourner, sur le plateau des Bien-Aimés, en enregistrant directement, sans répétitions ses scènes, sans marques au sol et autres repères techniques.

     A ma question sur son écriture à la fois elliptique et très pointue (parties chantées...), et sur ses influences, il m'a répondu être heureux que j'aie cité Hal Hartley, dont il aime beaucoup Trust Me et Simple Men, sortis en 1991 et 1992,

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photo tirée du film Trust Me, tirée du blog de Shangols

mais n'a rien dit quant aux deux autres cinéastes que j'évoquais également, les trouvant proches de lui, par rapport à leur écriture elliptique, Laurence Ferreira Barbosa avec Les Gens normaux n'ont rien d'exceptionnel, 1993 et Pascale Ferran avec L'Age des possibles, 1996.

     Il nous a bien expliqué que tout se déterminait au montage, que les ellipses s'y créaient. A une autre question d'un spectateur sur le rythme et la musique, il a confirmé l'important travail du montage, où la bande-son tire son épingle du jeu. Il est revenu sur ses premières conceptions de l'emploi de la musique dans un film, théorie bien connue, soutenue entre autres réalisateurs par Maurice Pialat ou même Robert Bresson, pensant qu'elle était là pour masquer les faiblesses de la réalisation. C'est donc en finalisant ses films et grâce au travail conjoint d'Alex Beaupain, auteur, compositeur, ami et interprète, que la musique a trouvé naturellement sa place dans ses films, et même une place considérable, puisqu'il fait chanter ses comédiens et comédiennes à de très nombreuses reprises.

     tout-contre-leo-christophe-honore-dvdLa deuxième partie de la soirée a été très riche en émotions, avec la projection de Tout contre Léo, film prévu pour la télévision en 2002, mais qui n'a jamais été diffusé par M6, probablement mal à l'aise avec cette oeuvre, riche et belle, si loin des clichés et des sentiers battus, et très peu projetée en salle également. Je l'ai trouvée de la force d'un des films d'André Téchiné que j'affectionne particulièrement, Les Roseaux sauvages, sorti dans une version plus courte me semble-t-il sur Arte en 1994. J'ai pensé également au film Zéro de conduite de Jean Vigo, en 1933, pour sa liberté de ton.

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affiche tirée du blog culture et débats

 

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photogramme tiré des Roseaux sauvages, du blog de David Madore

                                                                                                                              affiche tirée du blog de Scalisto

     Dernière évocation référentielle, je pensais à la tête effarée des producteurs des téléfilms de Jean-Luc Godard, en découvrant ses OFNI (Objets Filmiques Non Identifiés) ! France tour détour deux enfants, co-réalisé par Anne-Marie Miéville en 1976, ou encore le très beau Lettre à Freddy Buache. A propos d'un court métrage sur la ville de Lausanne, en 1982...

photogramme tiré du film Lettre à Freddy Buache... du site de Mubi

     Tout contre Léo, auto-adapté de son roman du même nom, est sensible, fort. Il vous embarque au coeur des tourments des personnages dès les premières minutes, toujours plus profond et oppressant au fur à mesure qu'il se déroule. J'avais dit cesser de vous noyer sous les références, mais Christophe Honoré m'a rappelé dans cette première oeuvre la force d'un Xavier Beauvois, avec son Nord (1991) et N'oublie pas que tu vas mourir (1995).

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photogramme tiré de N'oublie pas que tu va mourir, du site tout le ciné

     Très belle rencontre donc ce soir-là, où mon esprit a vagabondé de film en film, grâce au talent et à la gentillesse de l'écrivain réalisateur Christophe Honoré, pour tenter de rédiger ce portrait, qui n'en est pas vraiment un...