CARNET D'ESQUISSES - 1999

Partie 33

dimanche 28

          Toujours cet agacement et ce bic pour écrire...

        Je me sens fragile comme ma génération qui bavasse sur la société, sans fond ni sens, parler pour parler, remplir le silence, être anti-tout, entre une bouchée de pain et de fromage... Je me sens prêt à suivre le premier abruti venu qui s'égosillerait dans la rue, à casser des voitures sous ses ordres les plus fous, rien que pour agir, pour éprouver mon énergie de vingt-cinq ans d'existence molle... Pas encore apte à m'égosiller moi-même et à entraîner les autres dans mes verbiages revanchards et haineux... Apte à rien en fait... Au lieu de crier, j'écris, crier-écrire, synonymes ?

         La communication est tortueuse, je ne suis pas prêt à me tordre avec elle. Tout juste capable de dresser la liste de ceux à qui je dois écrire...

          Je suis à la moitié du carnet déjà, comme à la moitié d'un course à pied ou d'un examen...

         Je préfère rester avec mon amie qui ne veut pas sortir à la fête du cinéma parce que son père est là. Quand je tournerai mes films, avec un centaine de personnes mobilisées, il suffira qu'elle se pointe sur le plateau, me regarde au fond des yeux et me dise de rentrer avec elle pour que je la suive...

       J'ai vu Hammam, il bagno turco, je suis resté sur ma faim, quelque chose manque pour rendre la sensualité visée.

       J'ai fini La Planète des singes, là aussi, je reste sur ma faim, la pirouette finale est trop rapide...

       J'ai commencé Le Chameau sauvage, le narrateur est plutôt lourd mais je suis titillé, j'attends la suite...

        J'ai emprunté Dick Contino's blues de James Ellroy, lu les quatre premières pages, alertes.

      Voilà, le journal littéraire se relance, manque plus que le mortuaire... Combien de lignes que je n'ai pas mentionné Nico ? Je viens de compter, 92 !

          Un journal est-il nécessairement littéraire ?

          Pas très littéraires ces bouts...