CARNET D'ESQUISSES - 1999

Partie 35

samedi 11 -matin

        Dans une semaine, j'ai vingt-six ans. Je suis en retard sur moi, sur l'art surtout. Ai-je eu donc tant besoin de temps pour oser reconnaître mes désirs ? Je doute. Ce sont sûrement les désirs qui ne pèsent pas assez pour que j'espère tirer d'eux quoi que ce soit.

          Nous sommes, mon amie et moi, à Tarascon, en Ariège , depuis hier matin. Nous sommes venus au festival Résistances. Des films inconnus, rares, particuliers, sociaux, documentaires... Le dépaysement est total, à seulement une heure de Toulouse ! L'hôtel sympathique...

        Je n'ai pu et ne peux encore en écrivant ne pas me remémorer le festival d'Angoulême avec Nico, nos courses vers les dessinateurs, les grands décideurs de Casterman et autres... Nous montrions nos planches à tours de bras, je n'avais jamais vu Nico dans cet état, il acceptait toutes les critiques, ne se décourageait pas -du moins n'en donnait pas l'air... parvenait à nous faire passer partout, derrière les tentures interdites, au milieu des "patrons", au stand international... Je l'avais peu vu après le festival, une fois, peut-être deux, aussi m'a-t-il quitté très vivant, presque heureux.

         Je me sens bien dans ce village. Mon amie, voyant que je passe du temps à écrire dans ce carnet, lit Le Monde qu'elle a acheté hier. Le soleil brille. Nous sommes ici à la terrasse du centre multimédia F. Mitterrand. Nous rentrons tout à l'heure sur Toulouse. Ce festival est bien plus reposant que celui d'Angoulême, pas besoin de convaincre, de mentir, de craindre la réaction de tous ceux que nous avons provoqués avec Nico. Ici, l'amour tranquille l'emporte, les cloches sonnent onze heures.