CARNET D'ESQUISSES - 1999

Partie 36

mardi 21

        Depuis dix jours, pas un seul mot, le carnet est resté dans mon sac de voyage au retour de Tarascon.

          Quand je rentre le soir, que je prends l'autre carnet, mon agenda, pour y noter mes horaires précis de travail effectif, je sens qu'il me manque quelque chose, que les horaires sont trop vite notés, qu'ils se révèlent vides à mon regard perdu. Il me manque l'autre écriture, celle qui souligne autre chose que des gains, des rendez-vous, des actes. L'écriture de ce carnet permet d'accéder à cette écriture d'évasion. Mais combien de fois ce carnet m'a semblé étranger ? Combien de fois le fantôme de Nico manifestait sa possession ? Je ne sais pas dessiner, n'écris pas pour compenser ce manque. Je me perds, ne prépare comme il faudrait mon concours d'entrée à l'esav (école supérieure d'audiovisuel), j'ai même l'envie de travailler à plein temps n'importe où, tiens,  je retourne à cette écriture de gains, de réalité, en rédigeant une lettre de motivation pour ce magasin de location de vidéo ; ne plus réfléchir, m'occuper.