CARNET D'ESQUISSES - 1999

Partie 38

samedi 19 décembre

       Tant de morceaux de vie retenus en moi... Ces derniers temps, j'évite d'écrire, comme pour me cacher. De qui, de quoi ? Tout ce que je n'écris pas, à peu près la moitié de ce que je ne dis pas et le quart approximativement de ce que je ne pense pas. Reprendre le stylo pour sortir de telles impasses ! La pensée de toi ne me quitte pas.

        Jeudi, en prenant le programme du prochain festival d'Angoulême, je n'avais plus les moyens d'ensevelir les souvenirs. Je n'ai pas l'intention de maquiller ces mots de littérature, de les taper, de les tordre sur l'ordinateur que nous avons fini par acheter mon amie et moi.

      Ecrivons au plus pressé, au plus franc. Je pense que je reprends ce carnet parce que depuis trois semaines je participe à une nouvelle collaboration avec des dessinateurs, deux que je connais et deux autres, un italien et un parisien. Je pense à toi évidemment. J'avais rencontré deux dessinateurs à Colomiers, au salon de la bd. Sûrement influencé par ton attitude frondeuse, je les ai abordés directement à leur stand des Editions personnelles. Après leur avoir posé des questions sur leur production et diffusion, je leur ai vite parlé de mes recherches de dessinateurs bd ou illustrateurs pour mes poèmes. Nous voilà partis sur cette idée d'illustrer vingt de mes poèmes, des anciens (1993) aux nouveaux (1998, ceux d'avant ta disparition).

        Je leur ai montré nos vingt planches de N'aimer que si, ils en ont dit du bien, qu'il y avait quelque chose à en tirer, qu'il serait bon de la finir, que sa force était étrange. Je ne leur ai pas dit pour ta mort. J'ai prétendu que tu avais voulu cesser de travailler avec moi, notamment que ton style avait évolué, que tu dépréciais constamment ce que tu faisais une semaine ou deux seulement après l'avoir fait, tu vois j'ai de l'humour, de la répartie malgré l'horreur que j'ai de mentir...