CARNET D'ESQUISSES - 1999

Partie 44

        Il me faut trouver dix mille francs au moins. Je ne sais plus comment faire. Mon amie ne peut pas travailler avec son bidon, moi, j'avais décidé me de consacrer exclusivement au concours d'instituteur et au projet d'illustration avec les quatre dessinateurs, mais je dois turbiner coûte que coûte. Je ne travaille pas le concours, quant au livre en train de se faire, ça avance sans moi, j'ai les dessinateurs au téléphone, l'italien, près de Parme, semble satisfait de ses dessins, le parisien lui, n'avance plus du tout et se consacrerait à un dessin animé pour le studio Folimage. Je me retenais de travailler par rapport au rmi qu'on attend depuis si longtemps, pour ne pas que tout soit déduit par la suite, mais un ami rmiste m'a expliqué hier que la loi avait changé, qu'elle était plus souple, qu'elle favorisait la reprise d'un emploi. Je n'y comprends rien et m'y refuse, comme je me suis juré de ne plus retourner au centre social, évitant ainsi de casser le nez de la nana de l'accueil. Depuis ma dernière crise de nerfs à son endroit, on ne peut pas dire que la pression soit moindre, je ne dors pratiquement plus, je suis invivable, je me fais penser à mon père quand il arrête de fumer. Je cligne des yeux, incapable de contrôler mes spasmes, j'ai l'impression que les trois pékins du bar entendent mes pensées. Je me sens mal. Contrairement à avant, je n'écris pas distinctement. Pourquoi m'appliquerais-je ?