- On entend de ces choses à la télé qui nous restent des années en tête. Hors contexte, on ignore si on a rêvé ou non, on ne retrouverait pas l'auteur et le livre dont tout ça est sorti...

- A quoi tu penses ? Aux images d'Israël quand les soldats cassaient les bras d'un individu ?

- Non, autre chose encore...

- A cette enfant dans la coulée de boue ?

- Non même si je ne les pas oubliées. Pas une image précise, juste un écrivain qui répondait à des questions sur son livre. Il n'avait pas voulu témoigner pendant des années et puis avait rédigé son livre sur les camps. Il racontait les chambres à gaz. Je crois qu'il les nettoyait après le gaz. Une fois, d'après lui, même si ça me semble impossible, il a prétendu qu'un prisonnier avait survécu dans la chambre. Ils ouvrent les portes obstruées comme à chaque fois par les montagnes de corps et entendent un cri. Personne ne pouvait survivre aux gaz. Et là, un cri humain sort irréellement de la chambre. Ils se croient en plein délire mais le cri est là, perçant leurs tympans. En s'approchant des cadavres, ils découvrent qui a bravé la mort. Un bébé. Un bébé qui tétait. Il avait survécu, tétant sa mère, n'inhalant apparemment pas le gaz. Et on reste avec cette idée, des années, sans savoir si c'est possible... Des années...

- Et le bébé ?

- Quoi ?

- Qu'est-ce qu'ils en ont fait ?

- Ce qu'ils en ont fait, oh ça, je le sais bien, il n'y pas de mystère ! Ils ont dû râler de gaspiller une balle...