Yuichi et la lévitation  du pantin famélique  (5) (1998)


     Lire au lieu de vivre. Même ni lire ni vivre ! Assister béat aux animations des objets de ma prison, voilà mon seul spectacle... Tant de nuits pour comprendre que ces hallucinations sont le résultat de ma dénutrition...

     "Mais n'est-ce pas justement le modèle de l'art, l'esquisse de la réalité créé par l'art ? Pour permettre à Yuichi de posséder son désir en propre, il fallait que ce désir ou la réalité disparût. On sait qu'en ce monde les deux coexistent en toute quiétude, mais il faut que l'art commence par transgresser la loi de l'existence. Car l'art doit exister en tant que tel."

     Rien d'artistique dans mes visions et étourdissements quotidiens. Quant à mes notes, bosquets, gerbes composés de mes images de dénutri et des restes de mes lectures parcellaires. Des exemples ? Il n'en a que trop plu. Un dernier quand même... Si je tiens à parler de mes livraisons, je dirais sans nulle doute : "C'est tête cuirassée que je comblais la faim des toulousains." Aimé Césaire : "nous frapperons l'air neuf de nos têtes cuirassées..."

     "L'oeuvre entière de Shunsuké Hinoki avait, dès le départ, renoncé à toute tentative de vengeance sur la réalité."

     Vivement que se désagrègent ces feuilles, qu'elles s'annulent aux autres, que le tas m'écrase. Depuis ce matin, j'ai compris pourquoi "Kinjiki" parvenait à émerger de mon tas.

     "Par conséquent, son oeuvre n'était pas la réalité. Son désir touchait sans crainte à la réalité et puis, saisi de peur, s'en mordant les lèvres, il reculait aussitôt pour se réfugier dans son oeuvre."