Sous le plafond bas de ma petite chambre, est ma nuit, gouffre profond.

   Précipité constamment à des milliers de mètres de profondeur, avec un abîme plusieurs fois aussi immense sous moi, je me retiens avec la plus grande difficulté aux aspérités, fourbu, machinal, sans contrôle, hésitant entre le dégoût et l'opiniâtreté ; l'ascension-fourmi se poursuit avec une lenteur interminable. Les aspérités de plus en plus infimes, se lisent à peine sur la paroi perpendiculaire. Le gouffre, la nuit, la terreur s'unissent de plus en plus indissolublement.

 

La nuit remue, Henri Michaux, 1935.

 

     Lire ça le soir pour s'endormir me berce. Je sens les cassures de ses phrases comme les arrêts de ma vie.