Chaque matin, quand le soleil se lève pour les autres, 
en répandant la joie et la chaleur salutaires dans toute la nature,

tandis qu'aucun de mes traits ne bouge, en regardant fixement l'espace plein de ténèbres,
accroupi vers le fond de ma caverne aimée, dans un désespoir qui m'enivre comme le vin,
je meurtris de mes puissantes mains ma poitrine en lambeaux. Pourtant, je sens que je ne suis pas atteint de la rage!
Pourtant, je sens que je ne suis pas le seul qui souffre! Pourtant, je sens que je respire! Comme un condamné qui essaie ses muscles,
en réfléchissant sur leur sort, et qui va bientôt monter à l'échafaud,
debout, sur mon lit de paille, les yeux fermés, je tourne lentement mon col de droite
à gauche, de gauche à droite, pendant des heures entières; je ne tombe pas raide mort.
De moment en moment, lorsque mon col ne peut plus continuer de tourner
dans un même sens, qu'il s'arrête, pour se remettre à tourner dans un sens opposé,
je regarde subitement l'horizon, à travers les rares interstices laissés par les broussailles
épaisses qui recouvrent l'entrée: je ne vois rien! Rien... si ce ne sont les campagnes
qui dansent en tourbillons avec les arbres et avecles longues files d'oiseaux qui traversent
les airs. Cela me trouble le sang et le cerveau... Qui donc, sur la tête, me donne
des coups de barre de fer, comme un marteau frappant l'enclume?


Lautréamont, au hasard (presque) dans le texte de Maldoror.