J'en connaissais chaque sentier alentour. Je buvais à ma gourde, laissant filer douces les heures. Les lièvres avaient toujours une longueur d'avance. Les oiseaux seuls jouaient avec l'élasticité du temps et déployaient leurs ailes sous mon nez. Les chats des fourrés étaient bien plus rapides, les gobant bien vite. Seul, toujours, dans les collines, dans les grands vents, à effarer les chevaux qui se cabraient dans ma descente et me suivaient dans les côtes. A l'approche des fermes, toujours cette joie et cette appréhension mêlées. Les chiens endormis au soleil à qui les vents contraires cachait mon odeur ne remuaient qu'une oreille avant de sombrer à nouveau. J'ai emprunté les sols défaits par les vaches le long des clôtures, ornières profondes. Je devinais laquelle était un danger dans les champs, une seule toujours, la tête à l'arrêt, l'oeil bas. Combien de fois ai-je dû sauter la barrière branlante de bois mitée ? Et combien de ruisseaux ont vu mes pieds trempés chercher la passe ? Les orages, orties, ronces, crampes, soifs, je profitais de ces pointes pour me rappeler à la vie, celle d'avant, quand la campagne était encore mienne.