Prologue :    

    Alors oui voilà, j'aurais pu rester chez moi, à siroter un Minervois benoîtement médaillé, à bâiller à finir de tout me décrocher, de l'ennui à la mâchoire, à regarder des bouts de matches figés sur l'écran de l'ordinateur, à mater des fesses ouvertes sur la même fenêtre jusqu'à sentir enfin le sommeil barrer la plaine morne de ma journée, mais non, j'avais pris deux places pour le théâtre, une pour ma progéniture et une autre pour moi... Sauvés ! Echappés ! Nourris au sein retrouvé de la scène !

     Corps et actes :    

Quel plaisir !!!! Dynamités par les quatre comédiens : Nathalie Andrès, Muriel Benazeraf, Jean-Marc Brisset, Philippe Bussière, dans la mise en scène de Laurent Ogée, compagnie Le Nouveau Comptoir, pour :

LA CANTATRICE CHAUVE !

BIS ! RAGE ! BISE !

     Coup de théâtre (Trafalgar) et réaction outrée :     

    Et d'apprendre au bord de scène par la joyeuse troupe rhabillée et en nage la chose plus absurde que tout, que le théâtre, que la vie la mort réunies, qu'un parapluie sans paradis, qu'un professeur sans certitudes, qu'une dent sans lèvres, que ledit Gallimard et les héritiers dudit Beckett poseraient des conditions de représentation !!!!!!!!!!!?!!!!!!!!!!!!!!!!!?!!!!!!!!!!!?!!!!!!!!

     AH Ah Ha aH (rire de dépit, jaune et gris) !!!!!!!!!!!!!!!

     Pas plus stupide que cette nouvelle, honte, shame on you, us, everybody !

     Nullité, platitude, insulte, honte, shame, mocheté !

     Et si je veux moi que ce soit un homme dans le sable, un pistolet à eau en plastique à la place du browning, une bimbo à la place de la mémé ensablée et bredouillante, qui m'en empêchera ? Beckett ? Son chien ? Godot ? Pozzo ? Sa voisine ?

     L'amie actrice que je voulais enfouir dans le sable, avec ses origines du nord de l'Afrique (mais du sud de nous...), qui devait lancer ses youyous et ses mots en arabesques arabes, on me l'aurait interdite aussi ? Honte ! Shame...

     Si encore c'était des textes moisis du répertoire ?! Mais non, on parle bien du type qui a été censuré, mal-jugé, démoli pendant des années, puis aimé, mal-compris, adulé, sucé, qui a fui la reconnaissance comme la peste, nobélisé (quelle horreur !!) malgré lui (quel joli titre théâtral ! Le Prix Nobel malgré lui !). Quels monstres d'incompréhension a-t-il engendrés !?!

     On parle bien de celui qui a déconstruit mots, sens et syllabes, à l'image du monde sans dieu ni rien qu'on lui a légué, qu'il a su recréer avec trois bouts de ficelle, deux cartons, des poubelles, un quatrième mur en ruines et de la salive !!! De celui encore qui a bouleversé ma vie d'adolescent !!!

     Déjà que les fils de Tintin n'étaient pas bien malins, que la fille de Sarraute (qui a reçu le Beckett résistant pendant la guerre, la mère bien sûr !!) était pâlotte, ok, d'accord, j'avais assimilé, mais là, pas les fils de Godot !!!!!!!!!! Z'imaginez les mélanges de couleurs de van Gogh interdits aux autres peintres par sa bourgeoise de famille ?!

     Rien de surprenant en même temps, connerie ambiante, pas besoin d'être dans la rue pour se marrer des contemporains, suffit d'aller dans les hauts lieux de la culture morte !

    Enfin, je n'en sais rien, je n'ai pas cherché, pour moi Gallimard n'était pas son éditeur (Lindon, y es-tu ?), je pensais à cet éditeur médianoche (minuit) ! Je ne sais même pas s'il a eu des gosses le grand homme à tête et aux textes d'oiseau, mais bon, de toute façon il y en a d'autres qui bloquent, des grands, des cons, des grands cons qui empêchent de (dé)monter des pièces dans cette culture en forme de réduit, figée comme les matchs de foot dont je parlais tout à l'heure, et de cette connerie ouverte comme ces fesses évoquées par la même fenêtre ! Jetez tout par la fenêtre, jetez jetez vos nuits creuses et vous-même après, culbutez la tête vide la première ! Je ne les citerais pas, ils se reconnaîtront !

     Même pas envie d'écrire là-dessus, il manque des mots pour la connerie, alors je laisse aux autres, les reconnus, les pensants haut et fort, la parole :

    « Samuel Beckett. Prix Nobel. Quelle humiliation pour un homme si orgueilleux ! La tristesse d'être compris ! » Cioran.

     Et je rêve au bonheur complet que doit ressentir toutes les nuits le grand oublié du tableau officiel, Arthur Adamov !

Finita la comédia !

 

     Epilogue :    

     Je laisse la parole au plus génial, au plus sensible, au plus étrange, au plus inconnu des individus que je connaisse, aime et respecte, mon fils :

      "De toute façon, ça va tomber dans le domaine public, ça fait bientôt soixante-dix ans..."