24 avril, Hervé à Elsa :

 

Ma Sa,
Ah... Proust... Au sortir du lycée, j'avais lu la Recherche, l'été, juste avant la première année de fac où je l'avais vue au programme ! De cette plongée ne subsiste que le génie du rythme, les peurs, le sexe,  la religion, la recherche de soi, les contradictions de l'être... L'histoire ? Envolée ! Et il y a six ans à peu près, j'ai réécouté la Recherche au volant, lue d'abord par André Dussolier puis par Lambert Wilson je crois... Mais je n'ai pas tout réentendu, les disques n'étant jamais disponibles à la médiathèque... Des heures et des heures à me concentrer en conduisant ! La campagne était pleine de ces longues phrases à ressorts. J'ai une ancienne amie à la fac qui avait rédigé son mémoire sur les phrases courtes chez Marcel ! Heureuse idée !
Il est plausible que Perec ait pensé à ce passage de Proust pour son Homme qui dort !
Oui, c'est trop facile nos quizz littéraires...
Allez, un difficile, voire impossible. Je l'ai cueilli au pied de mon lit, je viens de compter, j'ai 31 livres à côté de ma couche !
 
"Ces hommes et ces femmes qui sont partis pour des voyages, il n'y a plus que leurs corps que la technique emporte avec des roues et de la vapeur, sur une voie de fer qui oblige à la route, mais en vérité ils sont partis pour un tout autre voyage. C'est une fuite qui les a fait gicler de partout vers des patries individuelles. Ni les rails, ni la vapeur, ni les murs, ni les ordres ne peuvent rien empêcher. Les fermes, les villages, les villes, les terribles prisons écrites sur les papiers des commandants, ne sont que du brouillard sans force ; et les cloisons de fer de ces wagons ne sont plus que des parois de fumées incapables de rien contenir et de rien retenir."
Etrange hein ? Si tu trouves, je romps ma promesse de ne plus jamais me marier, je t'épouse ! Il sera content ton copain tiens !
 
Et puis, c'est vrai que d'autres phrases sont belles, celles dont tu me parlais, un peu plus loin dans cet autre livre :

"La forêt n'enterre pas ses cadavres ; quand un arbre meurt et tombe, ils sont tous tout autour, serrés et durs pour le soutenir, et le soutiennent jour et nuit. Les morts s'appuient ainsi jusqu'à ce qu'ils soient pourris. Alors suffit d'un perroquet qui se pose, et ils tombent avec un immense fracas."

Facile à trouver pour toi celle-là donc...

Ton message m'a fait penser à quel livre je devrais emporter pour ma randonnée à pied cet été, du 18 juillet au 2 août, Barcelone-Toulouse : Le Voyage au bout de la nuit dont nous parlons depuis quelque temps ! Mais j'ai décidé, têtu comme je suis, de ne rien emporter à lire ! Au contraire, prendre un carnet de voyage, c'est tout ! Ecrire : ampoules, trajets, peurs, villages et autres faims ! Viens avec moi sur quelques jours ! Entre Berga et Foix, sentiers cathares ! Alleeeeeeeeeeeeeeeeez, viens ! Avec ton coupaing comme tu le dis si bien ! On rira à trois ! (tu te souviens du groupe ou de la chanson A trois dans les waters ?, ça faisait comme ça : "A trois, à trois, à trois dans les waters !" On était minots ! C'est mon frère qu'écoutait ces conneries !)

Tu en es où de tes avancées géographiques ?

Mon coeur au tien,

H.