tout doit dégonfler d'abord

une fois les poumons le coeur et la tête vides

ça peut commencer

creusé ça peut sortir

au début l'oiseau poème volette faiblement au lâcher

il faut voir à travers les peaux et les nuages

et donner du rêve à l'aile pour le diriger

et puis très vite c'est nous qui peinons à le suivre

c'est lui qui tire les fils

sens refaçonnés dessus dessous

le rien enfle s'étend et flotte

heureusement dans cette jouissance on ne sent pas la chute

mais quand le souffle s'éteint

le vide retrouvé

nécessaire tout à l'heure à l'envol

nous plaque nous troue

du geste plané

on heurte notre imposture avec fracas

ça siffle d'abord puis crie et écrase

d'en bas on passe à travers sol

la nuit n'est plus qu'un coeur noir qui tape

happé on acceptera avec gourmandise le quotidien méprisable

pour s'amuser à croire qu'on peut être encore

feinte puérile presque douce pour s'emplir de légèreté

avant la nouvelle plongée

toujours plus âcre plus aliénante et tragique

avant la poigne à venir encore plus écrasante

on sait si bien que ces envols inversés

ces miroirs qui nous reflètent moins

ne sauront plus nous remplir

on sait si bien que de toutes les perles et les étoiles

que nous avons cru décrocher

il ne nous restera plus que ces figures charbonneuses et nerveuses

dessinées d'elles-mêmes

filles du feu ou malheureuses herbes

piétinées et illisibles de retour des nuages

des nuages vus du puits

des nuages qui défilent et nous dévident

il ne restera que ces nerfs et ce vif usés

que cette béance qu'on se plaît à agrandir

pour nous croire un tout petit peu moins écrasé sous la nue