De mon journal 1994, je m'aperçois que je divaguais déjà, que je n'écris pas mieux qu'à l'époque, que tout était là en puissance, que j'ai perdu un temps fou avec mes auto-censures démesurées, qu'à quelques jours près (un an), cette époque est la moitié de ma vie d'aujourd'hui, que je suis lent, si lent... 

     Je me cite, aussi égocentrique que Miller...

"Mardi 4 octobre 1994

22h41. Ce n'est pas que la vie ait un mauvais goût, c'est que je m'en veux de ne plus m'agiter dans la mienne. Et quand j'agis, je sens encore l'inutilité d'agir, comme pour ne pas nier toutes mes heures passées entre le vide et le silence. Je pense, comme Sade, que nous ne mourons pas, que notre vie nous succède à travers les cendres, les asticots... Cela n'a que très peu de rapport avec mon inaction, qui s'explique essentiellement par des considérations sociales, historiques et géographiques. Mais ce soir, j'ai envie de les associer, comme pour me montrer à quel point j'argumente mal. J'ai peur que mon désespoir ne soit pas aussi profond que je ne le figurais, comme j'ai peur que mes idéaux n'aient pas autant de portée que je voulais bien l'admettre, oscillant en permanence entre deux pôles. J'ai peur de mieux comprendre "La pesanteur et la grâce" de Weill. 22h49

23h. Je pense aller voir "Petites pièces montées" de Decoufflé jeudi soir avec mes parents. Demain, j'irai voir mes derniers résultats des rattrapages. Je compte aller nager comme hier et aujourd'hui. Demain soir, je pars pour la caserne de Hyères. 23h02. En route mauvaise troupe."

 

(j'avais menti pour la caserne, mon service militaire était repoussé le temps de mes études, dans mon journal, je faisais croire sur plusieurs jours que j'étais vraiment parti, je décrivais mes journées de militaire...)