4 Renaître aux mains

 

 

Je pense à la vie. Tous les systèmes que je pourrai édifier n'égaleront jamais mes cris d'homme occupé à refaire sa vie. Artaud

 

Dans la profondeur du puits, ton corps est fusée. Auster

 

Je ne peux plus dire je t'aime
Sans donner ma langue à couper
Trop de serpents sous les caresses
Trop d'amours à couteaux tirés

Higelin

 

а

Mains araignées

 

sur les rives assis je suis l'ombre de vos mains araignées grimper sur mon col une patte dans ma bouche‎ j'ouvre doucement deux pattes elle en a après ma luette ?

26 novembre 2011

 

 

б

Bise rage

 

bise bise rage

rue rebeval

j'ai des cartes postales

des vieux orages

que je darde

que je garde

 

tu les recevras

rue rebeval

mes éclairs fatals

dans tes draps

que je carde

que tu fardes

2 février 2012

 

 

в

Ce qui reste de la terre

 

j'aurais bien pris tes seins dans ma bouche

hier le long du fleuve

la Garonne aux ravins de moraines

pris tes doigts les tordre dans les miens

qu'un jus sanguin nous lie

moi bombant le torse avant de baigner

tes cuisses de mon sel

s'offrir des baisers de nos bouches et nos sexes

sous la nue renversés

piétiner l'amitié et flamber ces oripeaux

aux dorures passées pour percer enfin

tes secrets et tes reins

ignorant les passants l'heure et la pluie interdits

tes yeux m'auraient dit enfin la peur et le manque

auraient mis bas la méfiance des peaux

pour ouvrir nos ventres aux naissances liquides

sous la nue gonflée et l'espace écrasé

sur ce qui reste de la terre

dans la boue de nos années perdues

7 juin 2012

 

г

La nuit des poèmes

 

lire des poèmes

la nuit

quand le vent

vient sécher nos corps

se lancer des mots assemblés

par les poètes

des deux siècles derniers

perdus alors

face aux usines

et aux guerres

le nez au vent

les sens déréglés

absolument

ce vent et ces mots

ta bouche

et tes mains

douces araignées

sur mon dos

et ce qui reste

de mes amours

ces béances

infinies

que tu caresses

négligemment

comme si j'étais encore

un homme

9 août 2012

 

 

 

 

д

Les rêves décollés

 

le vent s'est chargé de décoller mes rêves

accroché au futon j'ai tenu le cap

des miettes d'azur j'ai ramenées

des bras et des jambes qui m'enlaçaient

pour que l'on ne s'envole pas

et quand le jour s'est levé

mes yeux ont cherché

l'absente

au creux de la naissance

des pensées à dérouler

18 août 2012

 

 

е

Et les pleurs et les nuits

 

tout ce que je n'ai pas réussi à te dire

mon amour

et les pleurs et les nuits

sans toi

ce sentiment venu mourir

comme ça

en quelques heures

à tes pieds

sans raison

cet amour fou

qui s'est dégonflé

d'un coup

je n'avais pas de place

à tes côtés

tu pensais pourtant m'en faire

une si grande

mais je n'avais que les miettes

de ton temps

miettes de ton temps

tout le temps

4 septembre 2012

 

 

ё

Avec des si ça ira

 

amie brune

au corps de feu

ça devrait aller

si tu ne fais pas pleuvoir

la cascade de tes cheveux noirs et épais

si tes mains restent dans ton blouson

ça ira ça ira

 

amie blonde

aux yeux transparents

ça devrait aller vraiment

si tu cesses de me regarder

si j'ignore tes bas tendus

ton corps qui dit oui

ça ira ça ira

 

amie rousse

à la bouche aux baisers

ça devrait aller oui

si tu caches tes taches de rousseur

et ta peau et tes yeux verts d'ailleurs

si tu ne parles pas

ça ira ça ira

 

amie brune

aux cheveux rouges et blancs

ça devrait aller oui oui

si tes yeux noirs m'oublient

si tu ne valses plus devant moi

si tes mains araignées ne courent plus sur moi

ça ira ça ira

 

mes amies

ça ira ça ira

si je respire un peu

juste un peu

ce soir

demain

peut-être

23 septembre 2012

ж

Petit texto à une amie

 

Nous sommes l'avenir de la littérature, avec nos textes elliptiques, en forme de dé à coudre, que les écervelés liront, les yeux plissés, l'âme absente, sur leur portable. Vacances italiennes.

27 septembre 2012

 

з

Muse en l'encre

 

- Muse parisienne :

 

Je suis tout tatouage !

Je suis tout à toi !

 

- Moi :

 

je veux sucer chacun de tes pigments
que l'encre coule dans ma bouche
et que ton sang coagulé
par-dessus le noir
en mêlant nos désirs
dans un nouveau violet m'aspire

ma muse à sangler
pour qu'elle reste que tu restes
au lit au bidet sur la table
plus de fuite
autre que séminale
et lexicale

et tes seins que je bois
fontaine de véhémence
astres gobés
mots qui sortent aussitôt
un viol de poème perpétuel
qui nous noie

globes à ronger
femelle parfaite
assise sur mon bureau
la tête dans tes cuisses
lait des images naissantes
tes ailes repliées sur mon crâne

je te lèche
loin de cette veulerie
cette puanteur qui me colle
je te lèche et sais
que je resterai là
en toi     en toi à écrire

23 novembre 2012

и

Cadavre en sursis

je vais te tordre
en mes mains pauvres
mais brûlées et vieillies
à ton contact d'un coup
je dois te lâcher vite
je vois mes os qui percent
te lâcher je le savais
ma petite succube
à vouloir te serrer
je le savais
ma peau en lambeaux
tu ris tu ris
et mon sexe et mes poils chutent
de ce qui reste de mes mains
tu ris et rejoins le plafond
je retiens tout
sève et sang
si je ne reviens pas à la feuille
je sais que tu partiras
sur le parquet je rampe vers le blanc
l'encre renversée sucée par le bois
ton rire s'absente
ma mine glisse maintenant
et je te sens à nouveau
descendante et de nouveau douce
alors que je ne peux tracer
que des volutes malhabiles
à me recomposer
sous tes yeux
cadavre en sursis
tu es au-dessus de mon cou
je ne toucherai plus
tes cheveux
oui je t'écrirai
seulement

écrire

27 novembre 2012

 

 

 

й

A une amie absente

 

même oublié de t'écrire dans le foutoir de ma vie
on s'habitue à tout se laisser déborder
mettre sur le côté
sans chercher à se relever tout à fait...
je te vois et te devine en peine
rien ne peut me permettre de t'aider
je vois bien à ton œil fier
que ce serait peine perdue
ça m'ennuie cette indifférence feinte
cette inexistence réciproque
comme si rien n'était advenu
comme une simple erreur de vue
vas-tu me dire comment tu vas
et ta vie et ta famille et tes amours
que je sache que tu traces
un chemin même loin même solitaire
la mienne comme je te dis c'est le bazar
mangé par la peur d'être seul chez moi
errant dans les rues chaque nuit
à la recherche des fantômes
je n'aurai plus de paix
que ces nœuds qui me serrent
le temps arrêté et les larmes amères
et demain encore au soleil sous la pluie
je te saurai absente à mes regards
à mes paroles qui retombent platement
vivons encore les jours à rebours

6 décembre 2012

 

к

Après la rencontre

 

ses yeux dans lesquels je ne suis plus

sa tête qui se tourne lentement ailleurs

un ralenti de l'évitement

très touchant

et son sourire

tout nouveau

gentil et social

comme dans l'ascenseur

de mon immeuble

6 janvier 2013

 

л

Variation trouduculière

 

La fraîche odeur trouduculière

et moi toujours qui cours derrière...

comme le chien de la voisine

qui lançait vers nous deux sa pine...

21 janvier 2013

м

Loin des amours de loin

 

loin de l'amoureux médianoche

toutes les lumières se révélaient crues

j'en tenais deux ou trois

des chandelles longues et blanches

et les faisais couler leur long

avant que le sommeil vienne

tout éteindre

d'un égal coup de paupières

27 janvier 2013

 

н

Ennuis et plaisirs

on s'y voit déjà

dans les mêmes positions

ennuis et plaisirs

que nous disions

avec fausse innocence

puis avec vraie délectation

28 janvier 2013

 

о

Nuits anaphoriques

juste assez bu

oui juste

pour que la lune

enfonce moins

son œil cyclopéen

dans mes orbites

pour accrocher 

quelques lumières de plus

dans le noir

des voûtes

pour rire avec Arthur

aspirant mon H

ce soir

face à L'Or Noir

en l'or noir

Glisssant et Césaire

et ces inconnus

qui vibrent encore

en moi

les crânes qui menacent

les nuits baignant les forêts

la forêt des nuits

les mots

tes mots

que je mange

à en crever la corolle

tendue

nos nuits

anaphoriques

26 mars 2013

 

п

Bois-je

tout juste assez bu

tes yeux qui klaxonnent

tes mots qui résonnent

le long des rues

 

tout juste assez bu

dis-je

et trop peu dit

bois-je

 

29 mars 2013

 

р

Goût aux

amitiés immédiates

évidentes

goût 

aux jours

aux couleurs

aux êtres

20 mai 2013

с

Ni...

 

Je ne sais rien fermer

ni cœur ni porte

23 juillet 2013

 

т

Pour toi

 

pour toi ma fille

 

 

ta main innocente a cueilli ce livre

recueil oublié depuis tant de nuits

et ta voix libre a couvert enfin

cette folie sans nom

 

l'abîme là le mien béant et les mots

de Supervielle que tu chantais ma fille

l'ont masqué un temps et m'ont remis au jour

- combien de goulées d'air me reste-t-il à voler

 

j'ai vu mon père chercher le sien

après avoir perdu ses membres et ses mots

et vu la vie sortir de son corps

comme ça depuis je sais la fin

 

je sais aussi que tes mots soutiennent le ciel

qu'ils prolongent les souffles

cueille cueille encore pour nous

les rêves à venir

 

 

fixe le vertige fixe-le et

je te montrerai alors

que tout n'est pas perdu

que tout est là pour toi

4 mars 2014

 

 

 

Sur l'ennui :

Quand j'ai peur le temps est immobile, et j'ai encore plus peur d'être plus immobile que le temps.

Adèle G. (dix ans).