Le documentaire sur mon poète de jeunesse se finit par :

Poème testament

 

Foutez-moi à la mer mes amis
Mes amis quand je mourrai
Ce n'est pas qu'elle soit belle la mort
Et qu'elle me plaise tant
Mais elle refuse les traces, les saletés, les croix, les bannières
Elle est le vrai silence et la vraie solitude

Pour un peu de temps, celui qui me reste à vivre
Nous savons mes amis, que l'odeur qui règne autour des villes
Est celle des cimetières
Et que le bruit des cloches est plus fort que celui du sang

Foutez-moi à la mer mes amis
Il y a de la lumière et du vent, et ce qui ronge tout
Qui est comme le feu, et comme les années
La mer ne reflète rien, ni les visages, ni les grimaces

Je ne veux pas de ces longs cortèges
De ces femmes en deuil, des gants noirs
Et de tous ces bavards
Rien de ce qui rappelle ces ombres, ces larmes et ces oublis
La mort est mon sommeil, mon cher sommeil

Foutez-moi à la mer mes amis, mes amis inconnus, mes frères
Tous ceux qui ne m'ont pas connu
Et qui n'auront ni regrets, ni souvenirs
Pas de souvenirs surtout

Seulement un coup d'épaule.


Philippe Soupault.