Un étonnement, un amusement, une distraction à lire Le Gang de la clef à molette d'Edward Abbey (traduction de Jacques Mailhos). Parfois difficile à suivre, précis, barré, libre, ironique, sérieux, dingue !

"Bien que mitigée d'une pointe de solitude, d'un-je-ne-sais-quoi de triste, cette sensation de liberté était très exaltante. Le vieux rêve de l'indépendance totale, de n'être redevable à nul homme et nulle femme, flottait sur ses jours comme les volutes d'un rêve fumeux, les illuminait comme un nuage étincelant au rebord noir d'orage. Car même Hayduke sentait, lorsqu'il regardait les choses en face, qu'une solitude extrême pouvait pousser à l'aliénation. Qu'il fallait être fou pour vouloir vivre radicalement seul. Quelque part dans les profondeurs de la solitude, au-delà de la liberté et de la sauvagerie, gisait le piège de la folie. Même le vautour, cet anarchiste à cou rouge et ailes noires, la plus indolente et la plus arrogante des créatures du désert, même le vautour aime se retrouver le soir en compagnie des siens pour bavarder une peu, perché sur les plus hautes branches de l'arbre le plus mort des environs, tous courbés et drapés dans leurs ailes noires, à caqueter de concert comme un conciliabule de prêtres comploteurs. Même le vautour - pensée ahurissante - connaît l'appel du nid, s'accouple quelque temps, couve une poignée d'oeufs, fait des petits."