Il est des livres qui vous assomment par leur propension à mettre en relief une thèse incontournable et forte, qui vous enfermeraient presque dans cette boucle de pensée.

   C'est le cas avec la lecture de Destins gitans. Des origines à la solution finale de Kenrick et Puxon. Je l'ai lu il y a presque dix ans, et il m'habite toujours, je n'arrive plus à voir l'humanité autrement qu'en opposition, j'adhère avec le constat déprimant et définitif que chaque groupe humain qui se forme se fait au détriment d'un autre.

   Même chose avec Les Meilleurs Ennemis. Une histoire des relations des Etats-Unis et du Moyen-Orient. Première partie 1783-1953, Deuxième partie 1953-1984 de David B. et Jean-Pierre Filiu. Quand on veut réduire à des oppositions nouvelles le terrorisme actuel, les rapports de force apparaissent constants et puissants à la lecture de cette somme ! Et finalement, la logique de causes à effets ne fonctionne plus : l'homme a toujours avancé par opposition, par lutte, par rapport de force, qu'importe qui a fait quoi quand, et ceci est valable pour tous les conflits. Les dominants creusent le sillon jusqu'à s'assurer d'une totale domination, et le dominé se débat pour renverser ce couvercle.

   Je souffre des simplifications et accusations actuelles, fondées sur un prétendu arc de valeurs que l'on partagerait. Qui ? Les occidentaux, la judéo-chrétienté... ? J'aimerais que la jeunesse que je croise chaque jour prenne conscience des luttes perpétuelles plutôt qu'elle finisse par croire les constructions justifiantes des états dominants. Il n'y a pas de bons et de mauvais, ce serait trop simple, et c'est pourtant la soupe qu'on nous sert. L'histoire du choc des civilisations... le choc des humains depuis le début de l'humanité me paraît plus juste.

   Je lis par petites doses en ce moment, tellement chaque dose est édifiante et pesante Saison brune de Philippe Squarzoni, qui reprend chaque conférence, chaque livre, article, débat... lié au réchauffement climatique, aux problèmes généraux et complexes de l'influence de l'activité humaine sur la planète. Ecrasant, les projections balancent tout espoir à la poubelle qu'est devenue notre planète. Plus d'espoirs au loin.

   Autre oeuvre fondatrice pour moi, qui a fonctionné sur moi des années, je devais avoir dix-huit ans à peine quand je lisais La faim du tigre de Barjavel, assommé cette fois par les forces de la nature, la reproduction, l'illusion d'une rebellion...

   Etant incapable d'adhérer à une quelconque croyance se teintant de spiritualité, à une secte montée en religion, il ne me reste que les livres, les thèses, et je lutte même contre eux, pour ne pas perdre ma liberté, mais qu'est-ce qu'ils sont puissants ! Je comprendrais presque les croyants !

   Alors, pour me libérer, rêver encore, écrire, aimer, je les ferme, ils perdurent mais je les ferme quand même, et j'en ouvre d'autres...

   Je me laisse surprendre par des petites mélodies, des sonorités, des mots, légers, comme ceux de Charlotte Gainsbourg par exemple coécrits par Guy-Manuel de Homem-Christo, co-fondateur avec Thomas Bangalter de Daft Punk, comme ça je peux me croire léger, enfin...