Lu ce midi Le long des embrasures de Dominique Boudou,

Editions du Cygne - Le long des embrasures

Regarder un paysage, toujours le même, depuis la fenêtre d'un étage. Le regarder aux premières heures du jour ou le soir en toute saison. Les toits de la ville. Un enchevêtrement de lignes qui font et défont le corps, font et défont le poème. Il faut parfois fermer les yeux pour mieux voir.

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aux Editions du Cygne, entre la rédaction d'un poème fleuve et une lourde sieste.

     C'est ce qu'il me fallait pour approcher cette limite d'écriture chez cet auteur. Avec ses mots en forme de clefs, dans la variation douce, d'un point de vue au départ physique, nous glissons progressivement dans une description de ses lieux intérieurs.

     Comme dans ce vingt-troisième poème  :

"La tentation parfois de susciter l'étrange

Au revers des toitures

Mais qui viendrait d'où en soi

Aurait-on deviné à dix ans

Quelque secret sous des solives

Qui hanterait la lumière noire du poème

Qu'on ne sait pas nommer"

 

     De son poste d'observation, nous passons donc "au revers" des choses.

     Il s'agit de percevoir "tout au fond de la vue" (dix-septième poème).

    C'est à une lente lecture où nous sommes conviés, il ne faut pas se précipiter à l'image, vouloir presser ici quelque agrume, tout est au bout de la langue et de l'oeil, les mots manquent à l'exercice : vingt-cinquième poème :

"La lenteur du poème ne s'écoule pas

Dans la lenteur du paysage

Je ne sais plus quels signes saisir

De ce qui traverse mon regard et ma langue

Aucun mot pour le tremblé du rideau (...)"

     Question de mémoire et d'interpénétration entre choses vues et oeil qui voit, corps qui sent et monde senti : vingtième poème :

"Je ne suis pas un lieu sûr"

ou encore au vingt-sixième poème :

"Le paysage a perdu la mémoire"

     J'arrête là mes pioches qui ne sauraient transcrire que peu, dans leur découpage trop court, le miel enfoui de ces poèmes, fragiles et précieux.

     A découvrir, retranché du travail, loin de chez soi, dans le silence, sans autre référence que les mots qui s'inscrivent par-delà nos yeux.