Le soleil et moi

 

Je suis tombé en même temps que le soleil

Lui, dans l’eau lumineuse et moi dans le sommeil,

Il rêva de champs bordés d’une douce bruine

Et moi d’une grande demeure toute en ruines.

 

Il avançait, rouge et chaud, chassant les nuages

Tel un épouvantail éloignant les oiseaux ;

La bruine, vaincue, devant cet astre sans âge,

Partit ; et le soleil billa, seul, fier et beau.

 

J’entrai, là, dans ce piètre domaine sans toit,

Inquiets, mes yeux fouillaient et retournaient les pierres,

Vue atroce et triste révélation : c’est moi,

Moi qui tombe en ruines, esseulé et peu fier.

 

Nous nous réveillons, nous levons et habillons

Lui de sa belle veste d’hyacinthe et d’or

Et moi de mon moche manteau, des mes haillons ;

Il me brûle la peau hâle, encore et encor.