Les mots

 

Les mots se balancent sur les vagues,

j'en parle dans mes vers et je sens la fatigue.

Comme je déteste tout état de fatigue

et combien je trouve les mots fatigants.

 

Surpris à souhaiter que je sois sans paroles,

que par des gestes seuls j'annonce la ruine,

je me tiens assis, fatigué, sur le muret,

les lis des champs autour de moi.

 

Par le milieu d'un ciel au grand pouvoir

s'avance un ange criant d'une grande voix :

c'est la chute, chute de Babylone,

la ville des fatigués.

 

Zeno Kaprál, Ébauches de tirades, 1990