19 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (8)

     Il discutait ce soir-là, assis sur les marches de l'église pleine de pariétaires en touffes vert pâle, avec le Long, ainsi appelé parce qu'il avait près de deux mètres de hauteur. Les genoux du Long lui montaient jusqu'au menton, et pour aider sa méditation, il laissait pendre entre ses cuisses, de sa lèvre violette jusqu'à la pierre usée, un long fil de salive qui brillait dans l'ombre comme s'il avait été d'argent. Ulysse, muet, regardait curieusement ce phénomène. Ils entraient, côte à côte, dans une... [Lire la suite]
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18 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (7)

     Donc, ce soir-là était un beau soir d'avril. Les yeux des chats jouaient voluptueusement avec la lumière déclinante et les premières feuilles des platanes s'agitaient à l'air frais qui s'élevait de la fontaine. La rue montait et le regard se perdait dans les premiers pins du Ventoux.      La maison d'Ulysse se trouvait à une centaine de mètres du village. Sa femme étant dans une période de crises, il ne voulait plus la voir, craignant de la tuer dans un moment de colère. Il venait donc... [Lire la suite]
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17 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (6)

     Cette femme sème la crainte sur son passage. Le mal la prend généralement à certaines époques du mois, lorsqu'elle est près de l'eau. Par quel curieux pouvoir l'eau attire-t-elle les épileptiques ? Il suffit qu'elle se trouve devant le miroir changeant de la fontaine pour qu'elle s'abatte dans la conque, comme un tronc coupé au ras du sol, la bouche écumante. Alors quelqu'un accourt en hâte, retire la bonne femme de l'eau, et le soir, Ulysse, sous l'oeil apitoyé des voisins, vient nettoyer la margelle verte,... [Lire la suite]
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15 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (5)

     Mais celle qui porte en elle tout le mystère du pays, c'est la Rondasse, la femme d'Ulysse. Elle tombe du mal de la terre, comme tous ceux de sa famille, d'ailleurs. Elle est maigre et noire. Ses cheveux sont crépus et ses yeux clairs comme de l'eau de savon, avec une écume rouge au bord des cils. Elle peut rester un mois, deux, sans tomber ; mais une fois qu'elle a commencé, elle ne fait que cela toute la semaine. Pendant ses périodes de crise, les yeux lui sortent de la tête, et elle fait le travail de sa... [Lire la suite]
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14 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (4)

     C'était un soir d'avril. Malgré tout, la douceur de vivre arrivait jusqu'à ce village maudit. Quelques fleurs poussaient gaillardement entre les pavés et, sur les champs en pente, les amandiers dévalaient comme des tas de neige rose. Tout autour du pays les monts faisaient un cercle bleu et, aux reflets qui se croisaient dans le ciel, on pouvait deviner que le soleil couchant se posait, quelque part dans le monde, sur des toits roses, sur les joues claires d'une fille, sur quantité de choses heureuses et... [Lire la suite]
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13 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (3)

     Leur âme est ouverte au mystère, comme les fenêtres de leurs maisons ruinées au vent du ciel. Rien ne les atteint. Quelquefois on aperçoit dans les rues des uniformes de gendarmes. C'est à cause du service militaire de quelqu'un. Puis le pays reprend pour de longs jours son calme. Les quelques champs qui sont autour de leurs maisons les font vivre. Un étonnant alambic, couvert de vert-de-gris, leur donne, après une alchimie grossière, l'alcool dont ils s'enivrent. Le Ventoux permet à ses sangliers et à ses... [Lire la suite]
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12 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (2)

     Le hameau des Lointes-Bastides est un tas de petites maisons branlantes, au fond d'une gorge du Ventoux. Bien que les villages de Bedoin et de Sainte-Colombe ne soient pas très éloignés des Bastides, les gens de ces pays ne les connaissent pas. Les chemins qui y mènent sont tortueux et pleins d'herbes folles. Des pins et des chênes, poussés n'importe comment, en défendent l'accès, et ce n'est que par hasard qu'à travers les branches jamais coupées le voyageur peut apercevoir les maisons qui, épaule contre... [Lire la suite]
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10 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (1)

A Marius Jouveau        Il vous faudrait l'entendre lire par les gens de chez moi, ce titre qui pour vous n'est peut-être rien. Ces mots, ils les prononcent en rentrant la tête dans les épaules, tout comme si on allait leur porter un coup dans l'ombre, les assommer. Ce mal mystérieux, que les médecins appellent épilepsie, on le nomme là-bas le mal de la terre, et ceux qui en sont atteints sont entourés d'une sorte de vénération épouvantée. Ces Provençaux raisonneurs ont l'esprit toujours tourné vers le... [Lire la suite]
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04 mai 2018

lu au réveil (entre autres)

Samedi. J'ai fait quelques pas autour de la maison. Je n'avais pas besoin d'aller loin pour me perdre. Inutile. Comment s'éloigner dans un univers où l'être ne meurt pas ? Je voulais marcher, c'est tout. Sortir un instant de ces besognes qui n'écoutent pas ce que nous sommes. Marcher, dériver... Lentement, j'ai suivi le réveil... Lentement... Qu'importe ce que j'ai trouvé. Du vent et des ombres. Je passais. Le journal d'un manoeuvre. Thierry Metz.
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24 avril 2018

Le long des embrasures de Dominique Boudou

     Lu ce midi Le long des embrasures de Dominique Boudou, Editions du Cygne - Le long des embrasuresRegarder un paysage, toujours le même, depuis la fenêtre d'un étage. Le regarder aux premières heures du jour ou le soir en toute saison. Les toits de la ville. Un enchevêtrement de lignes qui font et défont le corps, font et défont le poème. Il faut parfois fermer les yeux pour mieux voir.https://www.editionsducygne.com aux Editions du Cygne, entre la rédaction d'un poème fleuve et une lourde sieste. ... [Lire la suite]
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