05 juillet 2018

Aloysius (souvenir)

Le fou   La lune peignait ses cheveux avec un démêloir d’ébène qui argentait d’une pluie de vers luisants les collines, les prés et les bois. Scarbo, gnome dont les trésors foisonnent, vannait sur mon toit, au cri de la girouette, ducats et florins qui sautaient en cadence, les pièces fausses jonchant la rue. Comme ricana le fou qui vague, chaque nuit, par la cité déserte, un oeil à la lune et l’autre – crevé ! - « Foin de la lune ! grommela-t-il, ramassant les jetons du diable, j’achèterai le pilori pour m’y... [Lire la suite]
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24 juin 2018

L'homme-boîte

     Lecture folle de Kôbô Abé : L'homme-boîte. Jamais lu ça ! Barré, intérieur, sauvage, voyeur, surréel, absurde, cela va peut-être nulle part mais après ?     Je pense à tellement de lectures, et pourtant, c'est quand même tout nouveau pour moi cette écriture intérieure déchirante. A Franz Kafka bien sûr, à Knut Hamsun, au manga Homunculus de Hideao Yamamoto, au film aussi Naked, de Mike Leigh.      Après la lecture achevée de celui-ci, je me mettrai en quête de La femme des... [Lire la suite]
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24 juin 2018

Les Vasistas

     Encore des poèmes fragiles, des fois tellement que cela n'imprime pas toujours notre palais, notre cerveau, c'est là que ça se joue souvent, lire des poèmes, c'est les goûter en fantasme, les entendre dans des vents du dedans. Les Vasistas, de Jean Grosjean, touchent, ou pas donc. Feuilleté rapidement, cinq fois plus vite que le temps et l'espaces nécessaires pour entrer dans l'univers d'un Char ou d'un Michaux. Plus proche d'un Christian Viguié par exemple avec ses Petites écritures, ou d'un systématisme... [Lire la suite]
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17 juin 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (27 et fin)

     En chancelant, il se dirigea vers le puits. Il regarda un instant les étoiles qui vivent au fond de l'eau et, attiré par leurs regards magnétiques, se laissa tomber. On entendit un grand bruit de chaînes et de seaux heurtés, puis plus rien... L'eau remua quelques instants et, quelques minutes après,  quelqu'un se penchant au-dessus de la margelle aurait pu compter les astres immobiles qui, au lieu d'avoir l'éclat de l'argent, avaient une somptueuse couleur d'or rouge.
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16 juin 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (26)

     Et pendant que la femme se tordait dans les bras du mal mystérieux, l'homme alla jusqu'au foyer, saisit le mortier de marbre dont on se sert en Provence pour faire l'ailloli et, marchant à pas de loup, étouffant son rire, s'approcha de sa femme. Il brandit un instant le lourd mortier, et visant le visage de la malheureuse, le lança... On entendit un craquement plutôt qu'un cri. La tête de la femme était en bouillie. Elle n'avait pas bougé.      Ulysse alors souffla la lampe, saisit à... [Lire la suite]
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16 juin 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (25)

     Son honneur était donc sauf. Il allait se pencher pour saisir sa femme et la transporter sur le lit, comme il le faisait en pareille occasion, quand une idée venue du diable l'aveugla. Certaines pensées sont si fortes qu'elles attirent les yeux, comme des regards, vous soumettent à elles sans possibilité de se délivrer. Sa colère remonta à son coeur.      - Ah ! vaurienne ! Tu le fais exprès pour me faire croire qu'il t'a pas eue. A d'autres ! Tu crois peut-être qu'Ulysse va se laisser... [Lire la suite]
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14 juin 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (24)

   Une bave épaisse lui coulait des lèvres. Le visage de sa femme à demi étranglée était violet ; ses yeux lui sortaient des orbites. Elle se mit à hurler. L'homme flanqua le poing dans sa bouche. Les yeux de la femme tournèrent comme des billes et elle s'abattit sur le sol en proie à la plus forte crise qu'elle ait jamais eue.      L'homme respira. Tout devenait clair à son esprit. Il s'était donc trompé. Il faut peu de chose pour faire trébucher une grande colère. Appuyé au mur, il regardait sa femme... [Lire la suite]
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13 juin 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (23)

     L'été avançait. Pendant de longs mois la pluie se fit attendre. Tout était desséché et demandait l'eau. Ulysse était dans un état d'exaltation qui faisait peur à sa femme. Un soir il la saisit par le cou, la colla au mur et, lui empestant le visage de son haleine alcoolisée - car il s'était mis à boire, - lui gueula :      - Avoue-le qu'il t'a eue, le caraque, pendant que je t'étais saoul ! Il t'a guérie du mal de la terre, peut-être ; mais tu vas voir, tu vas voir... Tu lui as fait voir... [Lire la suite]
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12 juin 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (22)

     L'adultère était pour ce paysan borné le plus grand des péchés, le seul péché. Le Péché. Son sang battait ses tempes à la pensée que sa femme avait pu être violée. Il voyait du feu. Il avait envie de tuer. Une jalousie furieuse lui mordait le coeur. Il regardait, pendant de longues heures, sa femme, souhaitant qu'une crise la prenne qui le délivrerait de ses soupçons ; mais elle riait, elle était heureuse.      Lui demander ? Que peut-on faire avouer à une femme, si elle ne veut pas ?... [Lire la suite]
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11 juin 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (21)

     Au début, ce n'était qu'une vague idée, comme on en a tant quand on ne parle pas de toute la journée ; quand on reste pendant des heures et des heures enfermé en soi-même. Puis cette idée, parmi toutes les autres idées qu'il avait dans la tête, était devenue lancinante et douloureuse.      "Du moment que la Rondasse est guérie, c'est qu'il l'a touchée. Il a profité de ce que j'étais saoul comme une vache, grâce à cette liqueur de lune. Alors, s'il l'a touchée... malheur !" ... [Lire la suite]
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