30 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (14)

     Les choses, à leurs yeux, changeaient de couleur. Les meubles étaient transparents et dégageaient une lueur très douce qui reposait les yeux. Leurs chaises flottaient au gré de l'ombre, et quand la bouteille fut vide, un tintamarre effroyable se faisait entendre dans leurs oreilles. La maison montait en tourbillonnant jusqu'au ciel - on sentait l'air de la vitesse sur son nez - puis retombait brusquement sur la terre et l'on était bousculé comme dans un bateau dans la tempête. Ils parlaient très fort pour... [Lire la suite]
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28 mai 2018

dialogues d'oiseaux

     Voilà, pertinent, beau, décalé, malin, coloré, un blog d'Alessandro Pignocchi, nommé Puntish. A découvrir...
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28 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (13)

     La maison était sans lumière et ils se cognèrent presque à la vieille porte. Ulysse alluma la lampe et tous les objets domestiques apparurent au visiteur. La lumière épaisse glissait le long des deux jarres d'olives, imbibait comme une mousse rouge les rideaux de l'évier. La table était encombrée d'assiettes sales, et des chapelets d'ail pendaient au plafond. Un carreau cassé, à la fenêtre, était remplacé par un papier de boucherie encore sanglant. Ulysse regarda autour de lui. A la fin, il entr'ouvrit une... [Lire la suite]
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27 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (12)

     Ils marchaient maintenant côte à côte dans l'étroit sentier et les herbes qui le bordaient leur arrivaient jusqu'au ventre. Toutes les étoiles d'avril étaient à leur place. La voix lactée croisait leur route, pareille à une traînée de poussière au milieu du ciel, et le caraque - comme il faisait chaque soir - regarda l'étoile qu'on lui avait donnée en naissant. Vous savez, celle qui brille tant, entre deux autres plus petites ? Il éprouvait une joie sans bornes à contempler ainsi l'étoile qui était la sienne... [Lire la suite]
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26 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (11)

     Peu à peu, la nuit était tout à fait venue. On ne voyait dans l'ombre que de pâles reflets sur les bras tatoués du caraque. Le litre était vide, le pain avait disparu et l'haleine du jeune homme sentait l'oignon. Le silence de ces deux hommes ne l'inquiétait pas. Qu'ils parlent ou qu'ils se taisent, qu'est-ce que ça peut faire ? Du moment qu'on a l'estomac bien calé !      - Oh ! vous pourriez pas me faire coucher ?      Il parlait très fort, car il sentait que les... [Lire la suite]
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26 mai 2018

pour changer, Sojcher

Tu étais de trop avec ta tendresse, tes petits mots yiddish. Tu empêchais mon sexe de grandir.   Je t'en voulais d'être le fils du disparu, qui aurait, lui vivant, fait que je l'aime.
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26 mai 2018

et toujours Sojcher

N'être plus que la surface jaunie d'une photographie d'album de famille, dont je serai le mort.
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26 mai 2018

du même Sojcher

Tu entres dans l'oubli comme dans la mer. Tu donnes au corps ce qu'il demande : un sexe, un visage éphémère. C'est toucher la bouche avec le genou, si près de l'estuaire qui sépare les membres.   Tes mains cachent ce qu'elles montrent. Je penche la tête vers la naissance du monde. Nous sommes deux prières, les mains jointes, dans une symétrie sans issue.  
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26 mai 2018

Le sexe du mort (Jacques Sojcher)

Parfois ce sont les yeux qui font signe, une tache de beauté, la façon de traverser l'espace, le commencement d'une ride, la voix qui chante dès la première syllabe. C'est une alchimie de peau entre un chien, une chienne, deux anges.
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26 mai 2018

Dos Passos encore

Le vent souffle paresseusement depuis les quais Une odeur de bateaux et d'étranges bois et tonneaux Et une douceur des ajoncs de l'étal des fleurs Et frôle de sa joue tiède négligente des joues De ceux dans la rue ; la mienne, celle d'un vieux tordu, Les joues poudrées de la fille aux yeux estompés qui Se tient dans l'ombre ; les joues brunes couturées d'un marin, Et celle d'un petit enfant, qui avance en murmurant A son indépendante personne. O vent léger.   Bordeaux
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