26 mai 2018

La main à la plume (Raymond Queneau)

J'écrirai des poèmes sur le lait le beurre la crème j'écrirai des odes en vers heptasyllabiques sur les vaches les brebis les biques j'écrirais des myriades de myriades de sonnets sur le vent qui couche les lourds épis de blé j'écrirai des chansons sur les mouches et les charançons j'écrirai des sextines sur les fonds de jardin ou se mussent les latrines j'écrirai des phrases obscures sur l'agriculture j'utiliserai des métonymies et des métaphores pour parler de la vie des porcs et de leur mort j'utiliserai l'assonance... [Lire la suite]
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26 mai 2018

Une charrette sur le bord du trottoir (John Dos Passos)

Ma poésie n'est pas un char capitonné Glissant bien huilé sur des roues graissées, Pas une moderne limousine rapide étincelante, Mais une charrette à bras, plutôt.   Une charrette grinçant de partout, difficile à pousser Dans les virages, sur des roues rapiécées branlantes, Qui secoue et mélange sur les pavés Ses très variés chargements :   Une cargaison d'oranges espagnoles, de figues de Smyrne, De pommes aux chiures de mouches, peut-être des Hespérides,   De fruits étranges des Antilles, de poivrons... ... [Lire la suite]
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25 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (10)

     Les deux hommes ne répondirent pas. Ils n'avaient jamais entendu dire autant de mots d'un seul coup.      - Alors ! quoi ? Vous êtes sourds? Vous pouvez rien me donner à manger ? Je peux pas coucher à la paille ?      Le Long se décida enfin. Ulysse ne disait mot. D'un air très embêté, qui parut peu toucher le caraque dont les dents brillaient de faim, il se leva, souleva le rideau de toile de sac qui ferme la porte des fermes pauvres du Comtat, et qui est toujours si... [Lire la suite]
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24 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (9)

     C'était un caraque. En Provence, on appelle ainsi les Bohémiens. Jeune, grand, ses yeux paraissent salis par du charbon. Ses cheveux étaient serrés par un foulard rouge sombre, verni de crasse. Une large ceinture rouge ceignait sa taille et retenait un vieux pantalon de coutil, où par des trous, pouvait s'apercevoir le jeu subtil des rotules. Un tricot de matelot laissait voir ses bras et ses épaules dont les muscles longs circulaient avec lenteur. Un accordéon était pendu à son cou par une corde qui miaulait... [Lire la suite]
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19 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (8)

     Il discutait ce soir-là, assis sur les marches de l'église pleine de pariétaires en touffes vert pâle, avec le Long, ainsi appelé parce qu'il avait près de deux mètres de hauteur. Les genoux du Long lui montaient jusqu'au menton, et pour aider sa méditation, il laissait pendre entre ses cuisses, de sa lèvre violette jusqu'à la pierre usée, un long fil de salive qui brillait dans l'ombre comme s'il avait été d'argent. Ulysse, muet, regardait curieusement ce phénomène. Ils entraient, côte à côte, dans une... [Lire la suite]
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18 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (7)

     Donc, ce soir-là était un beau soir d'avril. Les yeux des chats jouaient voluptueusement avec la lumière déclinante et les premières feuilles des platanes s'agitaient à l'air frais qui s'élevait de la fontaine. La rue montait et le regard se perdait dans les premiers pins du Ventoux.      La maison d'Ulysse se trouvait à une centaine de mètres du village. Sa femme étant dans une période de crises, il ne voulait plus la voir, craignant de la tuer dans un moment de colère. Il venait donc... [Lire la suite]
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17 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (6)

     Cette femme sème la crainte sur son passage. Le mal la prend généralement à certaines époques du mois, lorsqu'elle est près de l'eau. Par quel curieux pouvoir l'eau attire-t-elle les épileptiques ? Il suffit qu'elle se trouve devant le miroir changeant de la fontaine pour qu'elle s'abatte dans la conque, comme un tronc coupé au ras du sol, la bouche écumante. Alors quelqu'un accourt en hâte, retire la bonne femme de l'eau, et le soir, Ulysse, sous l'oeil apitoyé des voisins, vient nettoyer la margelle verte,... [Lire la suite]
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15 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (5)

     Mais celle qui porte en elle tout le mystère du pays, c'est la Rondasse, la femme d'Ulysse. Elle tombe du mal de la terre, comme tous ceux de sa famille, d'ailleurs. Elle est maigre et noire. Ses cheveux sont crépus et ses yeux clairs comme de l'eau de savon, avec une écume rouge au bord des cils. Elle peut rester un mois, deux, sans tomber ; mais une fois qu'elle a commencé, elle ne fait que cela toute la semaine. Pendant ses périodes de crise, les yeux lui sortent de la tête, et elle fait le travail de sa... [Lire la suite]
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14 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (4)

     C'était un soir d'avril. Malgré tout, la douceur de vivre arrivait jusqu'à ce village maudit. Quelques fleurs poussaient gaillardement entre les pavés et, sur les champs en pente, les amandiers dévalaient comme des tas de neige rose. Tout autour du pays les monts faisaient un cercle bleu et, aux reflets qui se croisaient dans le ciel, on pouvait deviner que le soleil couchant se posait, quelque part dans le monde, sur des toits roses, sur les joues claires d'une fille, sur quantité de choses heureuses et... [Lire la suite]
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13 mai 2018

Le Mal de terre, André de Richaud (1947) (3)

     Leur âme est ouverte au mystère, comme les fenêtres de leurs maisons ruinées au vent du ciel. Rien ne les atteint. Quelquefois on aperçoit dans les rues des uniformes de gendarmes. C'est à cause du service militaire de quelqu'un. Puis le pays reprend pour de longs jours son calme. Les quelques champs qui sont autour de leurs maisons les font vivre. Un étonnant alambic, couvert de vert-de-gris, leur donne, après une alchimie grossière, l'alcool dont ils s'enivrent. Le Ventoux permet à ses sangliers et à ses... [Lire la suite]
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