16 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (13 : Miroslav Holub)

Le dernier bus nocturne   Le bruit du dernier bus s'éteint au fond du canal rachidien de la nuit.   Les étoiles tremblent, à moins d'exploser.   Il n'y a pas d'autre civilisation. Il n'est qu'une tendre peur galactique à base de méthane.   Miroslav Holub, Interféron, 1986
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15 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (12 : Vratislav Effenberger)

L'échelle   Quand il fait nuit et que les toits sont brûlants nous sommes alors vieux plus vieux que les tonneaux remplis de chaux qui se sont précipités pour accueillir la lune froide cependant la sagesse dont ils renferment le secret se dresse contre le ciel vide comme la fin de la journée   Vratislav Effenberger, La Grande Place de la Liberté, 1957
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14 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (11 : Zbyněk Havlíček)

Biochimie du mot   2   Chaque époque exige ses clowns et ses poètes Sa dose d'hydrates de carbone et de prières Années-lumière chaire d'église pour ses médaillés J'ai rencontré le ministre des Affaires étrangères je lui ai demandé quand on aurait la guerre Il m'a dit : après-demain Dans chaque fenêtre ricanait ma vieille naine des pissotières Sur un trottoir seulement une statue était assise Belle et nue l'unique statue pour cette nuit-là Nuit où les nuages diffusaient des ordres anti-suicide Fauteuil...... [Lire la suite]
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13 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (10 : Jan Skácel)

Le pont   Le fleuve est tout près viens voir L'eau passer entre les pylônes Le fil à plomb descendu droit vers la surface Nous nous souviendrons des morts   Sans crainte plus patients que les pêcheurs Des coudes nous prendrons appui Sur le granit du parapet J'ignore tes morts et tu ignores les miens   S'arrêter sur le pont est comme un bienfait Une douleur aiguë ainsi qu'un trait noir Fend la poitrine D'en haut soudain nous regardons les nuages   Jan Skácel, Le Millet ancien, 1981
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12 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (9 : František Listopad)

Lis inexactement   L'été part il n'y a rien à écrire des étangs se rempliront quand les pêches seront mûres  Partir je ne sais où peut-être chez vous les enfants grandis continuent seuls à jouer et l'odeur d'un tonneau de goudron monte du poème de Trakl   Ô beauté du fragment éternité du moment   František Listopad, Krleš, 1998
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11 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (8 : Emil Julis)

Pour un travail de nuit   - Tu veux déjà partir ? Tu as le temps. - Oui... je sais... Mais tu me connais.   Je n'ai pas dit que je devais courir pour passer sous les nuages du soir, les yeux révulsés en même temps vers le haut, se frayer un passage à travers le vent fétide et pourchasser les papiers qui volettent alentour - corbeaux, chiens et chats, années perdues, je ne les rattraperai jamais.   La vie n'est que ce qu'elle est. Je dois rire, donc je ris (en me forçant un peu). Un réverbère éclaire sans... [Lire la suite]
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10 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (7 : Ludvík Kundera)

Même les étoiles dit-on embaument alors les soirs...   L'impression que quelqu'une respire quelque part comme en prolongement de ton propre souffle te rappelle une scène de Provence où tu n'as jamais été :   Par meules entières les paysans y brûlent à l'automne du serpolet et du romarin   La fumée rampe au sol rentre dans les trous mais parfois tout à coup elle semble s'élever tout droit te rappelant que quelqu'un respire quelque part comme en prolongement de ton propre souffle   Ludvík... [Lire la suite]
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10 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (6 : František Hrubín)

La seconde sans mesure   Le jour d'hiver n'est point un jour, c'est la nuit qui s'est mal refermée - et la langue des rues est passée au blanc. Des voitures enrhumées, là-bas, font entendre leur voix rauque.   Pour la première fois la neige en moi tombe.   Pour la première fois en moi la glace est suspendue. Du ventre à la gorge je gèle - et je sens, le sens maintenant :   quand je serai glacé jusqu'au ciel les étoiles gèleront en moi comme des poissons, dans la glace transparente se figera le... [Lire la suite]
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09 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (5 : Vladimír Holan)

Le mur   Tout tendait à prouver, comme nous étions en retard et rien d'autre ne s'offrait au dire, qu'il fallait passer la nuit dans cette grange, sans droit d'entrée à payer pour son vide et semblant attendre ce qui n'était pas encore là. Mais nous nous sommes endormis sans tarder. Et c'est elle, la belle grange millénaire, qui voulait nous susurrer quelque chose et même le taire, pour le rendre plus compréhensible, seulement... Seulement, à cet instant même la chauve-souris tenta de s'envoler, cherchant la... [Lire la suite]
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08 novembre 2018

pioche en poésie tchèque (4 : Jan Zahradníček)

Autrefois   Autrefois où si passionnément nous jetions les mots ces dés excités impatients de savoir comment le poème allait finir chaque fois avec on ne sait quelle gloire se dévoila pour nous un pan du réel et nous entrevîmes le futur guerroyant   Mais en somme personne n'en tenait pas plus compte que d'un rêve confus vers l'aube ou d'un tonnerre lointain Les maisons demeuraient debout et le gens se promenaient Du lundi au samedi le temps tant bien que mal passait toujours Il y avait toujours des avances où... [Lire la suite]
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