A propos de Solo, film de Jean-Pierre Mocky, par lui-même (5)
Les rencontres d'Olivier Père
"Solo" : rencontre avec Jean-Pierre Mocky
Image et montage Loïc Mahé
Arte (2018)
5 Un succès critique et public
Le film a pu avoir un succès international parce que dans chaque pays il y avait ce genre d'individus qui voulaient faire la révolution et qui passaient outre l'arrêt des révolutions parce que les révolutions s'arrêtent mais il y en a qui continuent, et voilà. Alors donc le film a pris un retentissement et alors il y a quelque chose de très curieux, personne n'a voulu le présenter à Cannes. Parce que c'était quand même un coproduction belge, j'ai téléphoné au responsable belge à l'époque, ils n'avaient pas de films en Belgique à présenter à Cannes, alors je leur ai dit mais présentez celui-là, vous êtes les coproducteurs. Ils n'ont pas voulu le présenter toujours pour les mêmes raisons, pour des raisons politiques, alors avec ma petite équipe, on est partis à Cannes et on a fait une projection à minuit, rue d'Antibes. Il y avait deux mille personnes, alors on a dû faire une deuxième séance à deux heures du matin et le lendemain on a vendu le film dans le monde entier. Les allemands l'ont acheté, la Bavaria, après les américains l'ont acheté, les espagnols l'ont acheté, tout le monde l'a acheté, les italiens..., et finalement le film a gagné beaucoup d'argent alors que c'était comme Un homme et une femme, et comme A bout de souffle, des films de très petit budget. Le film a coûté 56 000 euros.
Il y a aussi une orginalité dans le film, c'est que le producteur, le mécène qui m'a permis de réunir les quelques dollars, les quelques francs dont j'avais besoin, c'est Taittinger, et Claude Taittinger, qui était le maire de Reims, a voulu que je tourne tout le film à Reims comme si c'était à Paris, sauf une ou deux scènes qu'on a tourné à Paris, alors grâce à monsieur Taittinger, on a fait le film. Ce qui était curieux, c'est qu'on est sortis dans un cinéma qui s'appelait Le Marboeuf, qui était célèbre parce que c'était dans ce cinéma que Boris Vian est mort pendant une projection, et la caissière du Marboeuf a été étonnée le soir de la première, elle n'a vu passer que des hommes politiques, de Olivier Guichard... toutes les personnalités... Et aussi la deuxième originalité du film, c'est que toute la presse a été dithyrambique pour le film, qu'elle soit de droite, de gauche, du centre, que ce soit les communistes ou les types d'extrème droite, tout le monde a adoré le film.