Il pleuvait pour changer. Au bord du bout du nord de l'île, mon compagnon d'infortune y croyait ferme à sa maison abandonnée, on va passer la nuit au sec, une grande maison, un manoir ! Mais oui mais oui pensai-je, lassé de son optimisme démesuré ! Nous marchons quand même, Lochmaddy la nuit sous la pluie après une bonne pinte a de quoi séduire. Le pub a fermé, 23h. Et nous marchons toujours.

     Notre technique commence à se rôder, sortir des villes et patelins, chercher des arbres, des champs à l'écart. Nuit moins blanche que d'autres, nos pas cadencés bruissent dans les herbes au bord des routes. Les moutons se terrent à l'autre bout des champs noirs.

     Et puis des routes plus petites qui mènent à des maisons sans lumière, on progresse. Un petit hameau, un mouton qui passe en courant se réfugier. Le silence creuse. On s'approche. Personne. Des contreplaqués éventrés nous disent l'abandon, le squat. Des images de roman noir montent. Il entre avec sa lumière, je le suis. C'est vaste, sale, abandonné. On débouche sur une grande pièce, les vitres seules sont neuves. Il y fait bon, sec ! Le campement est trouvé ! Je déplie ma tente au sol sans l'ouvrir, elle me servira de matelas. Il accroche son hamac aux tuyaux et conduites, je me dis que ça va rompre, non, il dormira ainsi suspendu sans souci. Je ne pense qu'à dormir, lui veut manger chaud. J'essaie de l'aider à cuire le porc fumé avec le reste de trois bougies, ça marche ! Le ventre nous remercie de cette chaleur. Le sommeil vient.

     Au matin, je prends cette photo de lui.

hamac

     Nous quittons cet endroit merveilleux la veille et vraiment triste au réveil. Un petit café avant de partir dans la bruine, chauffé avec les petits bouts de bougies, canette de coca suspendue...