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Sine linea

18 octobre 2023

poésie du bord du monde

J'étais invité presque fin août 2023, Au bord du monde, en tant qu'éditeur (Aux Cailloux des Chemins). Je regardais une création en chantier, depuis mon hamac, dans les bois. Je partageais leur table, aux artistes, et puis, Cati Roman me propose, comme ça, de participer à l'atelier, et je dis oui, moi qui peine parfois à me mêler aux projets, à faire théâtre, poésie en public, co-créer en direct...

J'étais loin de me douter que l'on allait décoller ensemble, écrire, jouer, danser, chanter pendant deux jours et proposer une représentation de nuit si belle et si riche !

Merci aux membres meneurs de l'atelier : 

poètes : Murièle Modély, Victor Malzac, Nnuccia

danseuse : Sophie Perry

musiciens : Delphine Aguilera, Jean-Paul Blayac

On était en tant que participant.e si bien reçu.e, guidé.e sans l'être, libre dans nos approches, nos expressions, nos montées d'émotions, que nous avons pu atteindre cette expression libérée et forte, si bien accueillie par le public !

Merci à toutes et tous pour ces moments uniques,

et plus particulièrement à Cati et Mat' !

Voici les trois textes que j'ai créés à cette occasion, en m'amusant follement, moi qui n'écris plus depuis que j'édite...

texte 1 : 
de l'en-dessous des ciels stériles
on regardait s'enliser les ivresses
j'en ai usé des pulpes
sur l'écorce de ton ventre
à jamais cet état de vacance
je demeure ton amant sucré dans les vents creux
j'en ai usé des pulpes 
sur le tambour de ton ventre
une fois tout détricoté
on a enfin pu goûter à ce rien entre nous
j'en ai usé des pulpes
sur le miroir de ton ventre
nous étions ainsi les seuls arbres couchés
nos bois et nos brames mêlés
j'en ai usé des pulpes
sur l'espoir de ton ventre
on a laissé les racines du temps
pendre à nos chevilles c'était doux
on en a brûlé des ventres 
aux flambeaux de nos doigts
texte 2 :
en grattant un peu
je nous y verrais presque encore
les paupières closes
menu le coeur haché 
à nous lancer des "je t'aime"
                     des "tu m'aimes ?"
                     des "qu'est-ce qu'on s'aime !"
n'habiter qu'un seul corps additionnel
dessus les mues du passé
au sol
         -- piétinées --
qu'est-ce qu'on s'aime !
mais qu'a-t-on semé ?
texte 3 :
le crépuscule me va bien
je ne fais pas que sauter
mais personne ne semble me voir marcher
sorti des fissures j'ai l'air de trôner
immobile le museau à l'air
dans l'attente de ma pitance volante
quand l'air se fait doux
je lance mes notes flûtées
et mes compagnes furtives sortent de leur cave
-- à leur tour
ce que c'est bon et violent de s'attraper
ainsi sous la nuit !
et ça crie et ça chante !
                              ***
l'autre nuit le chat-huant m'a raconté tout un tas de légendes
sur les rapaces et sur nous autres
il m'a dit dans un rire 
le nom ridicule que nous donne la troupe des humains
comme ça il paraît que je serais un crapaud-accoucheur
parce que je promène sur mes pattes les oeufs de mes douces ?
ridicule !
enfin laissons-les dire...
tout est possible avec eux...
la chouette m'a même confié
qu'il y avait des sages-femmes chez les hommes...
après nos conciliabules
on a chanté touts les deux
comme des dératés nocturnes
bien avant le jour 
pour bien les faire chier ces humains
donneurs de leçons et de surnoms

 

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11 octobre 2023

sur un coin de table

Fixer l'angle du mur

Un poème se cache dedans

Il a peut-être la forme d'une araignée

Ou d'un nuage égaré

23 juin 2023

Louis Aragon

Ce qu'il m'aura fallu de temps pour tout comprendre
Je vois souvent mon ignorance en d'autres yeux
Je reconnais ma nuit je reconnais ma cendre
Ce qu'à la fin j'ai su comment le faire entendre
Comment ce que je sais le dire de mon mieux
9 mars 2023

Willy Peter, 21 ans

Hier soir, sur Arte, après avoir vu la semaine précédente un documentaire sur l'année 1933, j'enchaîne avec la série de plusieurs films : 1942. Dans mon lit, je suis gelé d'effroi, les témoignages se succèdent, la guerre monte en moi.

Ce midi, je reprends le documentaire et tombe presque par hasard sur le passage vers la quarantième minute, un acteur nous cloue avec la lecture d'un poète que je ne connais pas, un soldat allemand de vingt-et-un an, un certain Willy Peter, et me voilà pendant près d'une heure à taper parole après parole. La guerre continue de me ronger. Je pense aux guerres anciennes, aux guerres en cours, aux futures guerres, l'humanité m'éclabousse de sa nature barbare, une fois de plus.

https://www.arte.tv/fr/videos/093662-001-A/1942-1-6/

 

"Je suis soldat, comme un grain de poussière perdu dans les impératifs de l'histoire. Je porte le masque du guerrier avec ironie, comme si participer à la fin du monde était un privilège. Je suis soldat. C'est l'hiver, il fait froid. Nous n'avons pas de vêtements chauds, chaque pas nous fait mal, nos tripes gelées ne supportent plus la nourriture. Tout le monde a la diarrhée, certains la diphtérie. Comment en suis-je arrivé là ?

Etre soldat était contraire à ma nature, mais un jour j'ai trouvé mon nom sur la liste. On m'a appris la guerre comme on apprend un jeu, avec des drapeaux, des balles à blanc et des mannequins. On m'a entraîné comme une machine, au gré des ordres et des humeurs. On m'a dit que notre victoire était proche. On m'a fait état d'encerclements victorieux, d'avancées spectaculaires. On m'a parlé d'un nombre extraordinaire de prisonniers et de butins soviétiques. J'ai été équipé, j'ai fait mes adieux et je suis parti. On m'a mis dans un train et ma guerre a commencé.

C'était l'automne, le train filait. En traversant la Pologne conquise, j'ai vu des femmes aux pieds nus se livrer à leur travail, des enfants délabrés mendier du pain. Ils couraient à côté du train en tendant leurs mains osseuses. Je ne voyais pas d'ennemis, seulement des gens conquis, seulement des étrangers. Depuis le train en marche, j'ignorais tout de leur existence quotidienne, de leurs bonheurs et de leurs chagrins. A ce moment-là, on ne connaissait pas encore la faim ni la misère. Le commandant nous disait qu'on était les seigneurs de l'univers, dans un pays conquis.

J'étais soldat, j'acceptais mon sort comme un travail que je n'aimais pas. Je chassais les femmes de leur maison pour nous loger, enceintes ou aveugles, peu importe, pourvu qu'elles partent. Je poussais les enfants dehors sous la pluie, même les infirmes.

Puis le train nous a conduits sur les terre de Russie. Partout des carcasses de chars, des tombes, des incendies. Là, on nous a ordonné de semer la dévastation. On a obéi. On a mis le feu à tous les villages que nous avons traversés. Les femmes se lamentaient, les enfants gelaient sous la neige, il y avait des cadavres partout.

Trois mois ont passé, la nouvelle année commence et la misère que j'ai vue jusque là chez les autres s'est abattue sur nous. Quelque chose en moi voudrait rester comme j'étais avant, avant le départ.

Nous sommes là, à supporter tant de froid, tant de marches et de nuits d'insomnies. Nous n'avons pas le droit au repos, même si les Russes n'attaquent pas. Nous buvons de la fonte des neiges, nous n'avons pas de savon, cheveux et barbes emmêlés, mains noires, nous sommes dévorés vivants par les poux, la gale. Nos pieds glacés font couler des larmes de douleur et de rage jusqu'à nos yeux. Nos ventres sont un ferment de marécage. Nous sommes tous irritables, des accès de rage et d'envies de bagarres remplacent tout ce qui aurait pu rester de camaraderie. La plupart passe leur temps à se masturber. La mort est toujours là, elle apporte avec elle un désir illimité de sommeil et d'oubli.

On ne s'occupe même plus de nos morts, on ne les enterre pas, on prend juste leurs gants et leur manteau.

Une nuit je suis de garde, debout, sentinelle dans le terrible froid. Je regarde Orion, Véga et le ruban de la voie lactée. La beauté du firmament ne nous regarde pas. Nous, soldats morts de fatigue, de froid, de désir, nous sommes là pour tuer. Nous sommes là pour tuer.

Je baisse les yeux, au loin un village brûle. Des silhouettes comme des spectres passent devant le feu, des formes vaporeuses dans la nuit et le brouillard. Je ne donne pas l'alerte, je ne tire pas non plus. Ce spectacle sinistre me captive et me réduit au silence. Mes nerfs lâchent, je m'effondre. Je suis pris de visions cauchemardesques dans lesquelles je tire sur des ombres.

Un homme me trouve là, inconscient dans le blizzard et me sauve la vie. On me traîne, on me porte à l'arrière, on m'examine, mes jambes purulentes me rendent inapte à servir.

Dans le train qui me ramène à Berlin, j'écris dans un carnet tout ce que j'ai vécu pour m'en débarrasser. Je veux oublier, tout oublier, simplement pour rester humain."

Willy Peter

 

16 octobre 2022

Poetry is a naked woman, a naked man, and the distance between them.

j'écrivais, je me souviens, j'avais rédigé 365,25 définitions de la poésie, cette révolution n'avait rien changé, elle a continué à m'échapper comme l'eau de mes doigts, salutairement, et ce jour, en écoutant une femme qui lisait un poète et en citait un autre pour conclure, je découvre le nom de Lawrence Ferlinghetti, qui semble avoir joué au même jeu que moi, dans un autre pays, dans un autre carnet, quelques jours avant moi, on doit être nombreux comme ça, du plancher des poètes à donner des noms d'emprunt à l'étoile choisie, je cite : "La poésie, une femme nue, un homme nu, et la distance entre les deux" ou encore du même : "La poésie comme l'amour a la vie dure parmi les ruines",

alors si j'écrivais encore, je chercherais ledit poète et sa traductrice, Marianne Costa, je lui enverrais mes 365,25 définitions, mais ça n'aura pas lieu, je n'écris plus, et surtout le moteur de recherche m'a donné une réponse,

la fin de la trace,

l'homme est mort l'année dernière à 102 ans, un grand poète lit-on par-ci, par-là

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16 octobre 2022

comme des glyphes

je me souviens, j'écrivais, c'était comme un souffle, des vols au temps et aux étreintes, oui, de celles, les étreintes, qui n'avaient plus ni de lieu ni de corps, qu'en tête, l'abandon des abandons, la reprise des douceurs par les mots, comme on tisse, mais je ne savais ni coudre ni rien, ni alors ni maintenant, j'écrivais, disons que les mots se parlaient entre eux, ils savaient se tresser sans que j'intervienne du tout, c'étaient des blocs étrangement taillés, des coups de dés nerveux, des combinaisons heureuses ou non, malgré moi, malgré le langage qui s'aplatissait de partout dans les jours, et je combinais avec ces combinaisons, ouvert et surpris, le corps projeté jouissant des empreintes et des plis des sons dont l'écho s'installait à l'intérieur de moi, jusqu'à s'asseoir dans une forme qui leur convienne, c'était du brouillon oral, de la pâte du dedans qui par les fissures de ses origines cuisait de la sorte jusqu'à cette certitude improbable qu'elle s'amusait à incarner en des phrases qui ne s'étiraient même pas complètement jusqu'aux bords des papiers, comme en manque de souffle, en remontée de plongée, sans respecter de quelconques paliers, nerveusement et intimement

ce n'est que maintenant que je peux traduire un peu la matière de ces mots rassemblés, que je devine à peu près le rêve réalisé du rideau déchiré, les flux en jeu qui perdaient tout jusqu'à la voix du dehors, écrasant les pourquoi d'un pas lourd de certitude et de fuite

que maintenant que le mot poésie aurait pu se vider de tous les sens creux qu'on voulait lui faire avaler

j'ai souvenir de la trace

ça m'ira

14 septembre 2022

tu parles d'un hasard !

C'est comme ça les hasards, enfin ce qu'on croit en être...

Première soirée de la revue poétique d'Abel (2018 ? 2019 ?) dans la librairie de mon enfance (Minimum, rue Pargaminières) : "Vol", et débarquent Heptanes Fraxion et deux amis à lui. Ils se mêlent à la soirée, aux lectures, à l'ambiance progressivement déjantée qui monte.

Premier recueil sorti à nos éditions Aux Cailloux des Chemins, en septembre 2020 : User le bleu suivi de Sous la peau, de Murièle Modély, on est au bar, rue du Taur, on fête ça, on quitte le bar, et on croise Heptanes à nouveau, on lui montre ce premier opus qui lance toute notre aventure éditoriale, encore un hasard...

J'en passe, toujours dans les rues, dans la ville commune ou dans une autre, on se croise, seuls, accompagnés...

Cette fois, ce week-end, on s'est organisé pour se croiser : Heptanes sera sur notre stand pour échanges et dédicaces avec le public de la manifestation Chez René, Bazar littéraire, à la Cave Poésie, samedi 17 et dimanche 18 septembre 2022. Notre ami et poète sera même sur scène avec Denis Cassan à 17h le samedi.

https://youtu.be/_q2oKEclUiU

 

Venez nombreux déambuler dans la ville, journées du patrimoine, et à la Cave Poésie !

http://www.cave-poesie.com/chez-rene-bazar-litteraire-n8/#:~:text=Du%2015%20au%2018%20septembre,en%20stock%2C%20po%C3%A8mes%20au%20d%C3%A9tail%E2%80%A6

26 août 2022

premier texte, à 18 ans, Comparses

"Pardonnez-moi, mes personnages, de vous avoir conduits à la légère dans une si terrible aventure. J'ai raconté votre existence sans sympathie : peut-être me suis-je moqué ? Vous me sembliez tellement dépourvus d'intérêt. Mais à présent, vous voilà plus grands, plus pitoyables ! Pour la première fois votre coeur bat comme le mien."

Comparses, André de Richaud, 1927.

18 août 2022

en lisant un poète, dans le bus, ces mots qui ne font pas moi mais qui résonnent étrangement

Il n'y en a pas qui tiennent

Les mots des autres qu'on ne veut pas lire

Et surtout ne pas entendre

 

Dans ces circonstances

Si au moins du tonnerre

La foudre pouvait tout brûler

Faire place nette

Sans ces pauvres signes

Ces pauvres sens

 

On pourrait peut-être s'en sortir

Mais non

Au mieux ça gronde

Un temps imprescriptible

Puis ça cesse

 

Comme un grillon au passage d'un marcheur

 

Comme encore auprès d'une fumée qui ne sut faire feu

Nous laissant happé par ce nouvel espoir perdu

Que l'on rangera plus tard avec tous les autres

En silence

 

Honteux

11 août 2022

La traversée (été 2022)

La traversée du “griot” 

Hendaye-Banyuls

GR10(t)

 

4. Eté 2022

 

JOUR 41

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (1/10)

Jeudi 14 juillet 2022

Hier soir, déposé par Maryse chez Marie, dormi chez elle, soirée sympa avec elle et son compagnon, Jean-Marc. Parti à pied de chez eux, chargé de mon sac à dos à 6h30 pour rejoindre Gaspard à la gare à 7h. Très beau temps. A Toulouse, préparation du défilé, amendes distribuées sur voitures, motos, vélos !

Covoiturage à 10h avec trois fumeurs qui montaient au Pas-de-la-Case se fournir en nicotine, très étonnés et admiratifs de nous voir attaquer la montagne par le GR, eux qui ne montent que pour leurs cigarettes... 

On démarre la rando depuis Mérens-les-Vals. Pique-nique à la source d'eau chaude et baignade très agréable. 

Et nous voilà partis pour le refuge de Bésines, prévu à 5h15 d'ici.

Je retrouve le paysage magnifique que j'avais découvert il y a six ans déjà en randonnant avec Sylvia. 

On s'est baignés dans le lac d'Estagnas bien frais ! 

Je craignais énormément pour mes talons fragiles et ça tient pour l'instant !  J'avance tout doucement et très prudemment.

A 19h30, on a monté nos tentes à quinze minutes au-dessus du refuge des Bésines, direction de la Coma d'Anyell. On s'est lavés dans le petit cours d'eau qui descend, bien frais !

Le vent souffle pas mal. Mon sac est léger par rapport aux autres années. Je n'ai que deux litres d'eau, des graines et quatre repas prêts en sachet.

Avec Gaspard, c'est très bien et très sympa, bon début !

20h30

 

JOUR 42

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (2/10)

Vendredi 15 juillet 2022

 Grosse journée ! (malgré un réveil réglé mystérieusement à 2h30 cette nuit !)

On a bien enchaîné les sections de la Coma d'Anyell - magnifique ! - à la cabane de Rouzet, quel plateau ! jusqu'au barrage des Bouillouses et l'étang de Pradeilles pour finir ! Épuisés, sous un soleil de plomb, on s'est trempés dès les premières rives des Bouillouses, lavé, déjeuné, dormi, lavé le linge... le pied !

Régénérés, on a poursuivi jusqu'au barrage, on y a refait le plein d'eau, descendu vers l'étang de Pradeilles, où un grand abri nous a ouvert les bras pour la nuit.

Je pense pouvoir continuer ma route jusqu'à Banyuls. Les douleurs sont supportables : deux genoux, une hanche, une cheville, un mollet sensibles. On verra bien... Gaspard, lui, repart le 19 au matin. On a donc trois jours de rando, 16-17-18 juillet. 

Fatigué, envie de dormir, seulement 20h et quelques…

 

JOUR 43

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (3/10)

Samedi 16 juillet 2022

 Longue et belle journée encore ! Partis à 6h40 de l'étang de Pradeilles. Pas de montées ni de descentes réellement marquées, beaucoup de plat, de traversées de forêt. A Bolquère, régalade d'épicerie et de boucherie ! Courses bienvenues, petit déjeuner sur la table de leur terrasse, prévue pour les randonneurs.

A La Cabanasse, deux témoins de Jéhovah nous ont entretenus sur l'état pitoyable du monde et nous ont invités à trouver dans la Bible toutes les solutions...

La traversée de la forêt fut longue jusqu'au refuge de l'Orry où nous avons bien reposé notre corps avant de descendre à la cabane d'Aixeques, trop petite et peu engageante avec son matelas repoussant ! Nous sommes descendus à la réserve d'eau plus bas, entrevue des heures plus tôt sur le chemin le surplombant. 

25km cheminés à peu près. Demain, on remonte dans les 2350 mètres, ça va être dur, de belles et fortes descentes, muscles qui devraient bien travailler...

Dans les 21h…

 

JOUR 44

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (4/10)

Dimanche 17 juillet 2022

 Partis à la fraîche de la retenue d'eau en-dessous de la cabane d'Aixeques. On a bien fait au vu des cols qui nous attendaient ! Bonne sueur jusqu'au col de Mitja où on a croisé un trailer, torse nu, dans la grande descente, très affûté. 

De belles rencontres toute la journée, au col de Mitja notamment, quatre randonneurs. Et puis plus tard dans la journée, une randonneuse seule, impressionnante, musclée, efficace !

Plus tard encore, on a bien discuté avec Michel et Philippe qui repeignent les traces blanche et rouge du GR 10. On en a profité pour en décorer le haut de nos sacs à dos !

Accueil très sympa au refuge du Ras de la Carança, bonnes discussions entre randonneurs à nouveau... Gaspard a contribué à réparer le bâton d'un trailer rencontré au refuge, entraide et sympathie des montagnards !

Bonne suée jusqu'au col del Pal ! Et descente casse-jambes jusqu'à Mantet. Bataille d'eau au ruisseau avec Gaspard, deux gosses ! Hamac à gogo, repos...

Bien détendus et frais, on est montés à l'épicerie et bar chez le sympathique Béranger qui brasse ses propres bières : "Senglar". (Béranger est également adepte du M.M.A !)

Dormi à la passerelle en bas du village. Bonne discussion avec Gaspard en attendant d'apercevoir les étoiles mais comme tous les soirs, on s'est endormis avant d'apercevoir la voie lactée !

 

JOUR 45

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (5/10)

Lundi 18 juillet 2022

 J'ai 50 ans ! Voilà ! ...

On descend de Mantet à Py et croisons une foule de randonneurs très sympas que je risque de recroiser ce soir au refuge de Mariailles. 

Gaspard s'en va, bus et train à 13h, et je commence mon aventure tout seul. 10h45

Les adieux avec Gaspard furent forts, très émouvants ! Fou comme la montagne lie les êtres !

Reparti seul, pour le refuge de Mariailles, où je suis arrivé tôt, 15h. Glace aux framboises excellente et n'ayant pas vu Paul ni les autres randonneurs et randonneuses, j'ai repris le cheminement.

Horreur de traverser les éboulis de pierres pendant des heures ! Passer le col aurait été bien plus simple, moins long et moins douloureux que faire ces tours incompréhensibles, nord, sud, est, ouest, autour du géant du Canigou !

Arrivé presque épuisé au refuge non gardé de Bonne-Aigue à 20h30, en râlant, criant seul sur le chemin, jusqu'à ce que je voie deux jeunes randonneurs installés au refuge, bien surpris de me voir arriver si tard ! Hugo et Florian étaient très sensibles et touchants. Nous avons parlé jusqu'à tard d'autisme Asperger, évoquant le cas de mon fils et de celui de Hugo qui s'est présenté tel également. Florian, surpris de notre vive discussion, s'est joint à nous, on a poursuivi nos échanges tous les trois, autisme, littérature, vie, philosophie, sous le ciel nocturne que j'ai enfin pu voir, contrairement aux autres soirs où je m'effondrais bien avant ce dévoilement ! Couché vers 23h dans ce refuge magnifique, dormi comme un loir !

 

JOUR 46

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (6/10)

Mardi 19 juillet 2022

Levé tard ! Le pied ! Parti à 10h10 après avoir lavé mes fringues et mon corps à la petite fontaine du refuge.

Hugo a essayé de convaincre Florian de monter le Canigou malgré son vertige, j'espère qu'ils y parviendront.

Midi passé. Grande discussion avec un théologue prostestant au refuge des Cortalets, autour de la poésie, de la littérature, de la religion et de l'enseignement. Étrange, il vomit ce qu'il mange en montagne. Le prix des sandwiches me paraît trop élevé, je prends mes affaires et déjeune un peu plus loin, à l'ombre.

Très chouette rando ensuite, paysage roulant, petit vent frais pour la première fois pour finir ! Arrivé à 19h au refuge de Batère, bien crevé ! Sur la terrasse du refuge, j'ai retrouvé Paul et une autre randonneuse que je n'avais pas encore vue : Valérie, 31 ans, très sportive et sympa !

Vu un faon ce jour et hier un autre et sa mère. J'ai fait une sieste à Estanyol, bien assommé par la chaleur et la fatigue, dérangé par deux randonneurs bavardant fort. Je suis reparti et de les savoir derrière, j'ai accéléré le pas jusqu'au refuge de Batère.

19h30, fini mon jus de pomme, je m'apprête à chercher l'aire de bivouac pas loin du refuge quand Valérie m'invite à boire un verre, je refuse puis j'accepte. J'entends les gérants du refuge nous inviter pour un dîner impromptu : des bergères montent très bientôt avec la brebis tuée et cuisinée ce jour. Après mon rapide dîner de popote sur leur terrasse, je les vois arriver, chargés de plats, les deux bergères, un mec et une jeune stagiaire. Les amis des gérants du refuge sont là, on est une douzaine, et nous voilà à ripailler, brebis, frites maison et légumes, plats délicieux et vins forts ! Et pour finir, Génépi ! Incroyable, servez-vous, servez-vous ! Cela n'arrive jamais d'être invités ainsi ! Bien échangé avec une comédienne de théâtre, un prof d'Amérique du Sud, sa compagne, jeune mère, informaticienne, Robin, le cuistot, Morgan le gérant, et Alexandre (je crois), ancien prof, toujours dans l'éducation nationale, qui n'arrive plus à quitter les lieux depuis plus d'une semaine, aidant au refuge et mangeant et dînant avec ses amis.

A minuit, j'ai tenté de partir, Alexandre (sauf erreur) m'a proposé de dormir dans son énorme tente chapiteau, j'ai accepté, un peu trop fatigué pour planter la mienne en pleine nuit... Il m'a donné des boules Quiès pour que je puisse résister à ses ronflements, et j'ai dormi profondément jusqu'à 7h…

 

 JOUR 47

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (7/10)

Mercredi 20 juillet

Au petit déjeuner, j'ai retrouvé Valérie. Paul, lui qui marche six mois (Saint-Jacques-de-Compostelle + GR 10 Hendaye-Banyuls + Nice -Léman !), sur le départ, a été malade cette nuit (vomi lui aussi). Elle et moi avons pris le petit déjeuner avant de partir vers 8h30 pour Arles-sur-Tech, en moins de 3h. Pas facile de faire nos adieux à ce lieu et à ces gens incroyables !

Supérette, pique-nique à la rivière d'Arles, me laver et mon linge, chouette discussion ouverte et libre avec Valérie et j'ai repris le GR 10 quand elle téléphonait à son compagnon, avant de chercher le HRP.

Chaleur à peine supportable en quittant le couvert de la rivière ! Air chaud, étouffant ! Long trajet entre forêt et plaines, quelques petits cols, jusqu'au camping du mas de la Fargassa. J'ai dû me reposer une heure sur le hamac avant, après déjeuner, bien fatigué, à l'ombre d'une forêt bien accueillante. Au camping, naturel..., tenu par des allemands (je crois). Je pense avoir reconnu celle qui m'a accueilli, une allemande qui faisait l'école à la maison il y a ? 15 ans ? Pas sûr, on ne se comprend pas bien.

Petit endroit de paradis ! Baigné dans la rivière d'une beauté ! Puis douche solaire (brûlante, impossible à régler !), toilettes sèches, installation, écriture sur une petite table à côté de ma tente, tranquille ! J'ai juste un petit problème de santé, comme une incontinence brûlante ! Impossible de me retenir d'uriner, une urine très sombre et courte, douloureuse.

La cloche sonne à 20h30 quand je me sens déjà m'effondrer dans le sommeil, après m'être balancé dans un hamac et supprimé des photos de mon téléphone trop plein, je me couche encore avant 21h, avec une bouteille vide en cas de problème urinaire. Je n'entends plus les voix allemandes ni hollandaises, grand sommeil dans le jour pas encore parti.

 

 JOUR 48

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (8/10)

Jeudi 21 juillet 2022

Dans les 18 km prévus ce jour, faisable, mais grande fatigue après sept jours de marche, cette chaleur et ce petit problème de santé. J'espère bien tenir pour les 65 km qui restent jusqu'à Banyuls.

Peut-être Maryse m'y rejoindrait vers le 23 juillet pour deux jours de vacances bien méritées.

Partir tôt demain pour marcher davantage et plus au frais.

Arrivé tôt à Las Illas, vers 15h. Dame très sympa au restaurant. Revu Paul qui a fait Arles-sur-Tech - Las Illas d'une traite ! On a bu un coup ensemble puis l'ai laissé à son gîte pour bivouaquer dans ce village, grande aire prévue à cet effet, ainsi qu'une douche extérieure et des toilettes ! Grand luxe ! 

Sous la douche, j'ai découvert mon gros orteil droit tout gonflé d'une ampoule non percée. J'espère que ça tiendra. Quant à ce qui semblait être une infection urinaire, ça se calme, ce qui me soulage bien !

La rando ne fut pas trop dure après le départ du camping de la Fargassa d'où je suis finalement parti vers 7h15. Que de la forêt, deux bons cols, sinon très roulant. Un peu pénible, on ne voyait rien que les bois mais le grand avantage est d'être demeuré à l'ombre quasiment toute la journée. 

Vu une sorte de puits romain très étonnant nommé "pou de neu", je crois, pas bien compris.

Demain matin, départ tôt, le Perthus est loin et le parcours bien sec apparemment. La sieste en forêt m'a fait un bien fou après le déjeuner vers midi ce jour. Demain, pas évident de faire la même chose sur le parcours.

Paul marche seul exclusivement, je n'ai pas insisté pour marcher avec lui demain. J'ai lavé toutes mes fringues, même mon short de rando pour la première fois. Eu Christine au téléphone, ça fait du bien d'entendre une voix amie !

 JOUR 49

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (9/10)

Vendredi 22 juillet 2022

 Parti à 6h15 de Las Illas, le plus tôt de ma rando jusqu'alors. Nuit très chaude, endormi sur le duvet à 20h30 ! Belle marche rapide jusqu'au Perthus. Un tour au premier supermarché espagnol et vite reparti de cette drôle d'ambiance commerçante et bruyante ! Monté jusqu'au col de l'Ouillat dans une grande chaleur. Retrouvé deux randonneurs très sympas. On va faire la sieste et repartir ensemble pour La Tagnarède, histoire d'avoir ça en moins à marcher pour arriver au terme de notre rando demain : Banyuls ! Ils m'ont très gentiment invité : glaces et café en terrasse de ce chalet des Albères, tenu par le frère de la restauratrice de Las Illas, qui nous a offert à son tour une Manzana !

La randonneuse est directrice d'école et connaît ma belle-soeur par mail académique ! Et lui, journaliste et connaît mon collègue d'anglais qui écrit des articles culturels à La Dépêche ! Plus de 25 km en 6h de marche (+ 1h de pause).

On a continué avec Catherine et Gérald, les deux randonneurs toulousains, pour finir la journée à 29 km. Bien crevés, hâte d'arriver, plus que 17 km jusqu'à Banyuls !

On a trouvé un petit coin pour dormir, sous la source de la Tagnarède, alors que grondait l'orage depuis un long moment. Repas du soir sur table en bois, bien agréable de s'asseoir confortablement pour manger et discuter ! Couchés très tôt encore, vive la fatigue !

 

 JOUR 50

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (10/10)

Samedi 23 juillet 2022

Nuit étrange et agitée ! Vers 1h20 du matin, des bruits inquiétants pas loin de nos tentes ! Je finis par me réveiller assez pour oser sortir et pointer vers l'extérieur ma lampe. Mon sac s'est déplacé de quatre à cinq mètres ! Panique ! Je me décide à sortir, le récupère et le mets dans la tente, persuadé qu'un animal m'a siphonné ma nourriture : saucisson, fromage et pain. J'ai du mal à retrouver le sommeil après ça... Et j'entends encore du bruit, je sors de nouveau la tête, je ne vois rien. J'appelle Gérald et Catherine, Gérald finit par me répondre, je leur dis qu'un animal rôde dans les parages, qu'il s'attaque à nos sacs, il sort, rassemble leurs deux sacs sur la table de bois et se recouche.

Au réveil, je sors de ma tente et vérifie le contenu de mon sac : l'animal (un renard ?) a bien tout dévoré, sans abîmer mon sac, faufilant son museau, crevant le plastique et miam miam !

Les deux randonneurs vérifient leurs sacs, l'un a bien été attaqué mais rien ne manque, l'animal a dû abandonner...

Ils me nourrissent pour cette dernière journée ! MERCI à eux !

On part, la chaleur ne tarde pas à monter. On aperçoit la mer assez vite au matin, dans la brume de chaleur. Sensation folle ! Parti depuis 50 jours de Hendaye et je vois la mer Méditerranée ce jour !!!

La journée est étrange : à la fois on voit que c'est la fin, à la fois c'est interminable, le moindre col est pour nous, ils s'amusent à nous faire patienter ! Rien n'a d'importance, résister, la fin, on la touche !

Et ça y est, on entre tous les trois dans la ville ! On cherche l'hôtel, pensant que nous sommes dans le même, erreur ! Maryse a réservé pour mon anniversaire une chambre dans un hôtel 4 étoiles ! Le luxe ! On se salue, se promet de s'appeler pour dîner ensemble ce soir. Maryse vient me chercher en voiture, la classe !

L'hôtel est incroyable, thalasso, confort, luxe ! MERCI 1000 fois ! Me reposer, baigner mon corps dans les bulles, le faire suer en sauna et hammam pendant deux jours... piscine extérieure et intérieure, salines...

Le soir, on dîne ensemble, et même à cinq, avec une randonneuse croisée la veille, histoires de rando sur histoires de rando...

 

(50 ans, 50 jours, le GR 10 ! 

Je n'arrête pas de me questionner sur mon prochain périple, y en aura-t-il seulement un ?

Je pense juste à récupérer, je pense aux éditions qu'on a montées, Christine, Ferdinand et moi, Aux Cailloux des Chemins, si bien nommées après une telle traversée. J'ai juste envie de m'y consacrer les années à venir, que les aventures trouvent une plus petite place entre les impératifs des éditions. 

Je me sens comment ? Heureux, vidé, soulagé. Quatre étés pour finir de marcher, des frayeurs, des souffrances, de la joie, le cosmos jour et nuit, la nature, les animaux, les nuages, les lits de fougères, l'amitié sur la route, les lacs, les ruisseaux, les partages, les rencontres, les doutes, les rêves, l'envie de vivre...

Je repense au livre que m'avait offert Christine le 16 juillet 2018 : "Pyrénées La grande traversée" de Christophe Houdaille, aux éditions Transboréal, à l'écho que ça avait eu en moi, comme si j'avais oublié que j'avais eu l'intention de les traverser avant de le lire.

Depuis 2014, j'ai commencé à marcher, avec Cédric, Ecosse, puis Corse puis les deux premiers étés de la traversée des Pyrénées. Ma peur sur la falaise il y a deux étés de cela, mon sac qui dégringole, la difficulté de marcher avec Cédric, qui disparaît de nuit comme de jour, ma rencontre avec les deux bergers qui m'avaient aidé et conseillé de marcher seul à l'avenir, la vie devant moi, comme un sentier, ce que je ne croyais pas être une quête mais une distraction voire un défi. Platitudes de dire qu'on avance en soi en randonnant mais je l'ai tellement ressenti ! Je suis autre, comme quelqu'un qui peut aller au bout de quelque chose, plus complet, plus libre, moins craintif.

Rentré chez moi, je retrouve ledit livre, je relis la quatrième de couverture, le randonneur a eu 50 ans, il a marché 50 jours, tout comme moi !!! Comme s'il avait été inscrit quelque part que je ne pouvais pas finir la rando avant d'être quinquagénaire à mon tour ! Ce ne sont que des signes, ce ne sont que des montagnes, qu'un randonneur, qu'un être humain sur les sentiers, qui retrouve une unité qu'il pensait perdue.

J'écris depuis des mois ma vie en bande dessinée sans dessins, les Pyrénées y prendront leur part, dans un chapitre intitulé "Ma Pyrène". D'autres idées montent, je les entends bruisser, je saurai les accueillir.

Merci à tous ceux qui étaient là, dans ma solitude, dans ma tête, dans mes jambes, les vivants, les disparus et les morts. J'ai marché pour moi mais avec vous, tout du long.)

 

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