Sine linea

11 août 2022

La traversée (été 2022)

La traversée du “griot” 

Hendaye-Banyuls

GR10(t)

 

4. Eté 2022

 

JOUR 41

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (1/10)

Jeudi 14 juillet 2022

Hier soir, déposé par Maryse chez Marie, dormi chez elle, soirée sympa avec elle et son compagnon, Jean-Marc. Parti à pied de chez eux, chargé de mon sac à dos à 6h30 pour rejoindre Gaspard à la gare à 7h. Très beau temps. A Toulouse, préparation du défilé, amendes distribuées sur voitures, motos, vélos !

Covoiturage à 10h avec trois fumeurs qui montaient au Pas-de-la-Case se fournir en nicotine, très étonnés et admiratifs de nous voir attaquer la montagne par le GR, eux qui ne montent que pour leurs cigarettes... 

On démarre la rando depuis Mérens-les-Vals. Pique-nique à la source d'eau chaude et baignade très agréable. 

Et nous voilà partis pour le refuge de Bésines, prévu à 5h15 d'ici.

Je retrouve le paysage magnifique que j'avais découvert il y a six ans déjà en randonnant avec Sylvia. 

On s'est baignés dans le lac d'Estagnas bien frais ! 

Je craignais énormément pour mes talons fragiles et ça tient pour l'instant !  J'avance tout doucement et très prudemment.

A 19h30, on a monté nos tentes à quinze minutes au-dessus du refuge des Bésines, direction de la Coma d'Anyell. On s'est lavés dans le petit cours d'eau qui descend, bien frais !

Le vent souffle pas mal. Mon sac est léger par rapport aux autres années. Je n'ai que deux litres d'eau, des graines et quatre repas prêts en sachet.

Avec Gaspard, c'est très bien et très sympa, bon début !

20h30

 

JOUR 42

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (2/10)

Vendredi 15 juillet 2022

 Grosse journée ! (malgré un réveil réglé mystérieusement à 2h30 cette nuit !)

On a bien enchaîné les sections de la Coma d'Anyell - magnifique ! - à la cabane de Rouzet, quel plateau ! jusqu'au barrage des Bouillouses et l'étang de Pradeilles pour finir ! Épuisés, sous un soleil de plomb, on s'est trempés dès les premières rives des Bouillouses, lavé, déjeuné, dormi, lavé le linge... le pied !

Régénérés, on a poursuivi jusqu'au barrage, on y a refait le plein d'eau, descendu vers l'étang de Pradeilles, où un grand abri nous a ouvert les bras pour la nuit.

Je pense pouvoir continuer ma route jusqu'à Banyuls. Les douleurs sont supportables : deux genoux, une hanche, une cheville, un mollet sensibles. On verra bien... Gaspard, lui, repart le 19 au matin. On a donc trois jours de rando, 16-17-18 juillet. 

Fatigué, envie de dormir, seulement 20h et quelques…

 

JOUR 43

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (3/10)

Samedi 16 juillet 2022

 Longue et belle journée encore ! Partis à 6h40 de l'étang de Pradeilles. Pas de montées ni de descentes réellement marquées, beaucoup de plat, de traversées de forêt. A Bolquère, régalade d'épicerie et de boucherie ! Courses bienvenues, petit déjeuner sur la table de leur terrasse, prévue pour les randonneurs.

A La Cabanasse, deux témoins de Jéhovah nous ont entretenus sur l'état pitoyable du monde et nous ont invités à trouver dans la Bible toutes les solutions...

La traversée de la forêt fut longue jusqu'au refuge de l'Orry où nous avons bien reposé notre corps avant de descendre à la cabane d'Aixeques, trop petite et peu engageante avec son matelas repoussant ! Nous sommes descendus à la réserve d'eau plus bas, entrevue des heures plus tôt sur le chemin le surplombant. 

25km cheminés à peu près. Demain, on remonte dans les 2350 mètres, ça va être dur, de belles et fortes descentes, muscles qui devraient bien travailler...

Dans les 21h…

 

JOUR 44

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (4/10)

Dimanche 17 juillet 2022

 Partis à la fraîche de la retenue d'eau en-dessous de la cabane d'Aixeques. On a bien fait au vu des cols qui nous attendaient ! Bonne sueur jusqu'au col de Mitja où on a croisé un trailer, torse nu, dans la grande descente, très affûté. 

De belles rencontres toute la journée, au col de Mitja notamment, quatre randonneurs. Et puis plus tard dans la journée, une randonneuse seule, impressionnante, musclée, efficace !

Plus tard encore, on a bien discuté avec Michel et Philippe qui repeignent les traces blanche et rouge du GR 10. On en a profité pour en décorer le haut de nos sacs à dos !

Accueil très sympa au refuge du Ras de la Carança, bonnes discussions entre randonneurs à nouveau... Gaspard a contribué à réparer le bâton d'un trailer rencontré au refuge, entraide et sympathie des montagnards !

Bonne suée jusqu'au col del Pal ! Et descente casse-jambes jusqu'à Mantet. Bataille d'eau au ruisseau avec Gaspard, deux gosses ! Hamac à gogo, repos...

Bien détendus et frais, on est montés à l'épicerie et bar chez le sympathique Béranger qui brasse ses propres bières : "Senglar". (Béranger est également adepte du M.M.A !)

Dormi à la passerelle en bas du village. Bonne discussion avec Gaspard en attendant d'apercevoir les étoiles mais comme tous les soirs, on s'est endormis avant d'apercevoir la voie lactée !

 

JOUR 45

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (5/10)

Lundi 18 juillet 2022

 J'ai 50 ans ! Voilà ! ...

On descend de Mantet à Py et croisons une foule de randonneurs très sympas que je risque de recroiser ce soir au refuge de Mariailles. 

Gaspard s'en va, bus et train à 13h, et je commence mon aventure tout seul. 10h45

Les adieux avec Gaspard furent forts, très émouvants ! Fou comme la montagne lie les êtres !

Reparti seul, pour le refuge de Mariailles, où je suis arrivé tôt, 15h. Glace aux framboises excellente et n'ayant pas vu Paul ni les autres randonneurs et randonneuses, j'ai repris le cheminement.

Horreur de traverser les éboulis de pierres pendant des heures ! Passer le col aurait été bien plus simple, moins long et moins douloureux que faire ces tours incompréhensibles, nord, sud, est, ouest, autour du géant du Canigou !

Arrivé presque épuisé au refuge non gardé de Bonne-Aigue à 20h30, en râlant, criant seul sur le chemin, jusqu'à ce que je voie deux jeunes randonneurs installés au refuge, bien surpris de me voir arriver si tard ! Hugo et Florian étaient très sensibles et touchants. Nous avons parlé jusqu'à tard d'autisme Asperger, évoquant le cas de mon fils et de celui de Hugo qui s'est présenté tel également. Florian, surpris de notre vive discussion, s'est joint à nous, on a poursuivi nos échanges tous les trois, autisme, littérature, vie, philosophie, sous le ciel nocturne que j'ai enfin pu voir, contrairement aux autres soirs où je m'effondrais bien avant ce dévoilement ! Couché vers 23h dans ce refuge magnifique, dormi comme un loir !

 

JOUR 46

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (6/10)

Mardi 19 juillet 2022

Levé tard ! Le pied ! Parti à 10h10 après avoir lavé mes fringues et mon corps à la petite fontaine du refuge.

Hugo a essayé de convaincre Florian de monter le Canigou malgré son vertige, j'espère qu'ils y parviendront.

Midi passé. Grande discussion avec un théologue prostestant au refuge des Cortalets, autour de la poésie, de la littérature, de la religion et de l'enseignement. Étrange, il vomit ce qu'il mange en montagne. Le prix des sandwiches me paraît trop élevé, je prends mes affaires et déjeune un peu plus loin, à l'ombre.

Très chouette rando ensuite, paysage roulant, petit vent frais pour la première fois pour finir ! Arrivé à 19h au refuge de Batère, bien crevé ! Sur la terrasse du refuge, j'ai retrouvé Paul et une autre randonneuse que je n'avais pas encore vue : Valérie, 31 ans, très sportive et sympa !

Vu un faon ce jour et hier un autre et sa mère. J'ai fait une sieste à Estanyol, bien assommé par la chaleur et la fatigue, dérangé par deux randonneurs bavardant fort. Je suis reparti et de les savoir derrière, j'ai accéléré le pas jusqu'au refuge de Batère.

19h30, fini mon jus de pomme, je m'apprête à chercher l'aire de bivouac pas loin du refuge quand Valérie m'invite à boire un verre, je refuse puis j'accepte. J'entends les gérants du refuge nous inviter pour un dîner impromptu : des bergères montent très bientôt avec la brebis tuée et cuisinée ce jour. Après mon rapide dîner de popote sur leur terrasse, je les vois arriver, chargés de plats, les deux bergères, un mec et une jeune stagiaire. Les amis des gérants du refuge sont là, on est une douzaine, et nous voilà à ripailler, brebis, frites maison et légumes, plats délicieux et vins forts ! Et pour finir, Génépi ! Incroyable, servez-vous, servez-vous ! Cela n'arrive jamais d'être invités ainsi ! Bien échangé avec une comédienne de théâtre, un prof d'Amérique du Sud, sa compagne, jeune mère, informaticienne, Robin, le cuistot, Morgan le gérant, et Alexandre (je crois), ancien prof, toujours dans l'éducation nationale, qui n'arrive plus à quitter les lieux depuis plus d'une semaine, aidant au refuge et mangeant et dînant avec ses amis.

A minuit, j'ai tenté de partir, Alexandre (sauf erreur) m'a proposé de dormir dans son énorme tente chapiteau, j'ai accepté, un peu trop fatigué pour planter la mienne en pleine nuit... Il m'a donné des boules Quiès pour que je puisse résister à ses ronflements, et j'ai dormi profondément jusqu'à 7h…

 

 JOUR 47

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (7/10)

Mercredi 20 juillet

Au petit déjeuner, j'ai retrouvé Valérie. Paul, lui qui marche six mois (Saint-Jacques-de-Compostelle + GR 10 Hendaye-Banyuls + Nice -Léman !), sur le départ, a été malade cette nuit (vomi lui aussi). Elle et moi avons pris le petit déjeuner avant de partir vers 8h30 pour Arles-sur-Tech, en moins de 3h. Pas facile de faire nos adieux à ce lieu et à ces gens incroyables !

Supérette, pique-nique à la rivière d'Arles, me laver et mon linge, chouette discussion ouverte et libre avec Valérie et j'ai repris le GR 10 quand elle téléphonait à son compagnon, avant de chercher le HRP.

Chaleur à peine supportable en quittant le couvert de la rivière ! Air chaud, étouffant ! Long trajet entre forêt et plaines, quelques petits cols, jusqu'au camping du mas de la Fargassa. J'ai dû me reposer une heure sur le hamac avant, après déjeuner, bien fatigué, à l'ombre d'une forêt bien accueillante. Au camping, naturel..., tenu par des allemands (je crois). Je pense avoir reconnu celle qui m'a accueilli, une allemande qui faisait l'école à la maison il y a ? 15 ans ? Pas sûr, on ne se comprend pas bien.

Petit endroit de paradis ! Baigné dans la rivière d'une beauté ! Puis douche solaire (brûlante, impossible à régler !), toilettes sèches, installation, écriture sur une petite table à côté de ma tente, tranquille ! J'ai juste un petit problème de santé, comme une incontinence brûlante ! Impossible de me retenir d'uriner, une urine très sombre et courte, douloureuse.

La cloche sonne à 20h30 quand je me sens déjà m'effondrer dans le sommeil, après m'être balancé dans un hamac et supprimé des photos de mon téléphone trop plein, je me couche encore avant 21h, avec une bouteille vide en cas de problème urinaire. Je n'entends plus les voix allemandes ni hollandaises, grand sommeil dans le jour pas encore parti.

 

 JOUR 48

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (8/10)

Jeudi 21 juillet 2022

Dans les 18 km prévus ce jour, faisable, mais grande fatigue après sept jours de marche, cette chaleur et ce petit problème de santé. J'espère bien tenir pour les 65 km qui restent jusqu'à Banyuls.

Peut-être Maryse m'y rejoindrait vers le 23 juillet pour deux jours de vacances bien méritées.

Partir tôt demain pour marcher davantage et plus au frais.

Arrivé tôt à Las Illas, vers 15h. Dame très sympa au restaurant. Revu Paul qui a fait Arles-sur-Tech - Las Illas d'une traite ! On a bu un coup ensemble puis l'ai laissé à son gîte pour bivouaquer dans ce village, grande aire prévue à cet effet, ainsi qu'une douche extérieure et des toilettes ! Grand luxe ! 

Sous la douche, j'ai découvert mon gros orteil droit tout gonflé d'une ampoule non percée. J'espère que ça tiendra. Quant à ce qui semblait être une infection urinaire, ça se calme, ce qui me soulage bien !

La rando ne fut pas trop dure après le départ du camping de la Fargassa d'où je suis finalement parti vers 7h15. Que de la forêt, deux bons cols, sinon très roulant. Un peu pénible, on ne voyait rien que les bois mais le grand avantage est d'être demeuré à l'ombre quasiment toute la journée. 

Vu une sorte de puits romain très étonnant nommé "pou de neu", je crois, pas bien compris.

Demain matin, départ tôt, le Perthus est loin et le parcours bien sec apparemment. La sieste en forêt m'a fait un bien fou après le déjeuner vers midi ce jour. Demain, pas évident de faire la même chose sur le parcours.

Paul marche seul exclusivement, je n'ai pas insisté pour marcher avec lui demain. J'ai lavé toutes mes fringues, même mon short de rando pour la première fois. Eu Christine au téléphone, ça fait du bien d'entendre une voix amie !

 JOUR 49

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (9/10)

Vendredi 22 juillet 2022

 Parti à 6h15 de Las Illas, le plus tôt de ma rando jusqu'alors. Nuit très chaude, endormi sur le duvet à 20h30 ! Belle marche rapide jusqu'au Perthus. Un tour au premier supermarché espagnol et vite reparti de cette drôle d'ambiance commerçante et bruyante ! Monté jusqu'au col de l'Ouillat dans une grande chaleur. Retrouvé deux randonneurs très sympas. On va faire la sieste et repartir ensemble pour La Tagnarède, histoire d'avoir ça en moins à marcher pour arriver au terme de notre rando demain : Banyuls ! Ils m'ont très gentiment invité : glaces et café en terrasse de ce chalet des Albères, tenu par le frère de la restauratrice de Las Illas, qui nous a offert à son tour une Manzana !

La randonneuse est directrice d'école et connaît ma belle-soeur par mail académique ! Et lui, journaliste et connaît mon collègue d'anglais qui écrit des articles culturels à La Dépêche ! Plus de 25 km en 6h de marche (+ 1h de pause).

On a continué avec Catherine et Gérald, les deux randonneurs toulousains, pour finir la journée à 29 km. Bien crevés, hâte d'arriver, plus que 17 km jusqu'à Banyuls !

On a trouvé un petit coin pour dormir, sous la source de la Tagnarède, alors que grondait l'orage depuis un long moment. Repas du soir sur table en bois, bien agréable de s'asseoir confortablement pour manger et discuter ! Couchés très tôt encore, vive la fatigue !

 

 JOUR 50

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (10/10)

Samedi 23 juillet 2022

Nuit étrange et agitée ! Vers 1h20 du matin, des bruits inquiétants pas loin de nos tentes ! Je finis par me réveiller assez pour oser sortir et pointer vers l'extérieur ma lampe. Mon sac s'est déplacé de quatre à cinq mètres ! Panique ! Je me décide à sortir, le récupère et le mets dans la tente, persuadé qu'un animal m'a siphonné ma nourriture : saucisson, fromage et pain. J'ai du mal à retrouver le sommeil après ça... Et j'entends encore du bruit, je sors de nouveau la tête, je ne vois rien. J'appelle Gérald et Catherine, Gérald finit par me répondre, je leur dis qu'un animal rôde dans les parages, qu'il s'attaque à nos sacs, il sort, rassemble leurs deux sacs sur la table de bois et se recouche.

Au réveil, je sors de ma tente et vérifie le contenu de mon sac : l'animal (un renard ?) a bien tout dévoré, sans abîmer mon sac, faufilant son museau, crevant le plastique et miam miam !

Les deux randonneurs vérifient leurs sacs, l'un a bien été attaqué mais rien ne manque, l'animal a dû abandonner...

Ils me nourrissent pour cette dernière journée ! MERCI à eux !

On part, la chaleur ne tarde pas à monter. On aperçoit la mer assez vite au matin, dans la brume de chaleur. Sensation folle ! Parti depuis 50 jours de Hendaye et je vois la mer Méditerranée ce jour !!!

La journée est étrange : à la fois on voit que c'est la fin, à la fois c'est interminable, le moindre col est pour nous, ils s'amusent à nous faire patienter ! Rien n'a d'importance, résister, la fin, on la touche !

Et ça y est, on entre tous les trois dans la ville ! On cherche l'hôtel, pensant que nous sommes dans le même, erreur ! Maryse a réservé pour mon anniversaire une chambre dans un hôtel 4 étoiles ! Le luxe ! On se salue, se promet de s'appeler pour dîner ensemble ce soir. Maryse vient me chercher en voiture, la classe !

L'hôtel est incroyable, thalasso, confort, luxe ! MERCI 1000 fois ! Me reposer, baigner mon corps dans les bulles, le faire suer en sauna et hammam pendant deux jours... piscine extérieure et intérieure, salines...

Le soir, on dîne ensemble, et même à cinq, avec une randonneuse croisée la veille, histoires de rando sur histoires de rando...

 

(50 ans, 50 jours, le GR 10 ! 

Je n'arrête pas de me questionner sur mon prochain périple, y en aura-t-il seulement un ?

Je pense juste à récupérer, je pense aux éditions qu'on a montées, Christine, Ferdinand et moi, Aux Cailloux des Chemins, si bien nommées après une telle traversée. J'ai juste envie de m'y consacrer les années à venir, que les aventures trouvent une plus petite place entre les impératifs des éditions. 

Je me sens comment ? Heureux, vidé, soulagé. Quatre étés pour finir de marcher, des frayeurs, des souffrances, de la joie, le cosmos jour et nuit, la nature, les animaux, les nuages, les lits de fougères, l'amitié sur la route, les lacs, les ruisseaux, les partages, les rencontres, les doutes, les rêves, l'envie de vivre...

Je repense au livre que m'avait offert Christine le 16 juillet 2018 : "Pyrénées La grande traversée" de Christophe Houdaille, aux éditions Transboréal, à l'écho que ça avait eu en moi, comme si j'avais oublié que j'avais eu l'intention de les traverser avant de le lire.

Depuis 2014, j'ai commencé à marcher, avec Cédric, Ecosse, puis Corse puis les deux premiers étés de la traversée des Pyrénées. Ma peur sur la falaise il y a deux étés de cela, mon sac qui dégringole, la difficulté de marcher avec Cédric, qui disparaît de nuit comme de jour, ma rencontre avec les deux bergers qui m'avaient aidé et conseillé de marcher seul à l'avenir, la vie devant moi, comme un sentier, ce que je ne croyais pas être une quête mais une distraction voire un défi. Platitudes de dire qu'on avance en soi en randonnant mais je l'ai tellement ressenti ! Je suis autre, comme quelqu'un qui peut aller au bout de quelque chose, plus complet, plus libre, moins craintif.

Rentré chez moi, je retrouve ledit livre, je relis la quatrième de couverture, le randonneur a eu 50 ans, il a marché 50 jours, tout comme moi !!! Comme s'il avait été inscrit quelque part que je ne pouvais pas finir la rando avant d'être quinquagénaire à mon tour ! Ce ne sont que des signes, ce ne sont que des montagnes, qu'un randonneur, qu'un être humain sur les sentiers, qui retrouve une unité qu'il pensait perdue.

J'écris depuis des mois ma vie en bande dessinée sans dessins, les Pyrénées y prendront leur part, dans un chapitre intitulé "Ma Pyrène". D'autres idées montent, je les entends bruisser, je saurai les accueillir.

Merci à tous ceux qui étaient là, dans ma solitude, dans ma tête, dans mes jambes, les vivants, les disparus et les morts. J'ai marché pour moi mais avec vous, tout du long.)

 

Posté par herve le derve à 16:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


10 août 2022

La traversée (été 2021)

La traversée du “griot” 

Hendaye-Banyuls

GR10(t)

 

3. Eté 2021

 

JOUR 33

De Rouze-d'en-bas à Mérens (1/8)

Mercredi 7 juillet 2021

C'est parti pour mon troisième été de traversée des Pyrénées !

La nouveauté, c'est que je marche seul, pas de compagnon de route, la montagne et moi...

De toute façon, on marche toujours seul, deux jambes, un sac, de la fatigue, de grandes joies simples.

Une heure de marche jusqu'à la gare pour m'échauffer, tester le poids de mon sac. Chaleur, dur, alors que c'est plat, qu'on est juste en ville...

J'ai trouvé un bus pour Saint-Girons à 2 euros seulement ! Première nouvelle compliquée : le chauffeur me confirme que je ne trouverai aucun bus pour Couflens en soirée. Restera le stop ou la marche de six heures de nuit pour les 30km sous la pluie...

Le bus arrive à 18h05. Je me protège de la pluie forte, retire de l'argent liquide et cherche la route de Seix. Je suis pris en stop dans les cinq minutes ! Par un professeur de maths de Saint-Girons, grand randonneur qui rédige également des topo-guides des randos dans le Couserans notamment : Cyril R.. Il me conduit bien loin de chez lui très gentiment ! Au lieu du point de départ que j'imaginais, Couflens, il me dépose à Rouze-d'en-Bas, au niveau du gîte d'étape. Il m'a montré sur la carte le chemin à emprunter et une cabane sommaire pour cette première nuit : l'abri du Tuc, à 300 m du Col de la Serre-du-Cot.

Pluie, boue, brume, très heureux d'avoir fait l'acquisition de bâtons pour randonner ! Je trouve la cabane rapidement dans ce brouillard. Je prépare la couche, mes vêtements secs et mange avidement. Cyril m'a vraiment très bien lancé l'aventure : MERCI !

J'espère que personne ne viendra dans la cabane, une seule couche, pas de cheminée... 

Très heureux du départ, pas de douleurs malgré la lourdeur du sac.

21h20 : nuit compliquée avec des petits rongeurs (mulots, souris ?) qui cherchent quoi ? Ma nourriture ? 

Nombreux réveils et délires... 5h49 Finalement, j'ai dû me rendormir puisque j'ai rouvert les yeux à 8h45 ! Soit ces bêtes-là sont essentiellement nocturnes, soit je ne les ai plus entendues…

 

JOUR 34

De Rouze-d'en-bas à Mérens (2/8)

Jeudi 8 juillet

Arrivé à Saint-Lizier-d'Ustou, temps correct. De belles granges retapées dans le coin. Je vais voir si j'ai du réseau et si je trouve du pain.

J'ai rencontré Pierre, on a marché ensemble. 37 ans, professeur d'EPS. On a pris la variante pour Aulus-les-Bains. Mal aux jambes et aux épaules. J'alterne mes chaussures car mes doigts de pied souffrent. Tombé cinq fois, abîmé mon écran de portable mais il fonctionne encore... 7h05, trop pour moi aujourd'hui.

 

JOUR 35

17 juillet 2021

De Rouze-d'en-bas à Mérens (3/8)

Vendredi 9 juillet, 14h34. Arrivé au refuge de Bassiès. Ce matin, je me suis trompé de chemin au départ d'Aulus, pourtant un endroit que je connais ! J'ai perdu pas mal de temps et d'énergie pour rien (1h20). Après, j'ai marché, petit rythme, grand soleil au-dessus des forêts. J'étais parti tôt pourtant (6h30) pour que Pierre me rattrape dans la montée de Coumebière au port de Saleix. Un coureur à pied m'a dit qu'il l'avait vu devant moi à 25 minutes. Je ne l'ai pas revu de la journée. Pas grave. Je me suis baigné au petit étang d'Alate, très agréable pour les muscles des cuisses ravagées. Je bois un sirop au refuge. Une des femmes qui s'occupe du refuge m'a indiqué la route pour Marc, descente pas trop forte d'après elle. 3-4 h suivant ma fatigue. Le sac est trop lourd, il faut que je parte avec moins d'eau et de nourriture ! Mes deux paires de chaussures aussi, aberrant ! 14h40.

19h38. Journée de fou ! Je bois une bière à la terrasse d'un café du village de Marc. Très gentiment le patron de l'énorme village de vacances m'a autorisé à planter ma tente dans son pré. J'ai marché sur un ancien aqueduc pendant plus d'une heure ! Étrange ! Parfait lieu pour tourner un film de science-fiction post-apocalyptique ! Je n'ai pas retrouvé Pierre pour l'instant, je crois bien que je ne le verrai plus. Ce soir, spectacle au bar, si j'y vais, je vais m'endormir ! J'ai dû marcher 10h30, folie !

 

JOUR 36

De Rouze-d'en-bas à Mérens (4/8)

Samedi 10 juillet

La rivière proche de ma tente a entrecoupé mon sommeil à maintes reprises. Plus constante qu'une autoroute... J'ai rêvé entre les réveils, j'ai donc bien dormi.

Levé vers 6h15. A 6h30, j'ai vu passer les trois randonneurs que j'ai croisés plusieurs fois hier. J'ai appris depuis qu'ils se sont croisés sur le GR10 à Saint-Jean-Pied-de-Port et que depuis chaque été, comme moi, ils avancent sur le chemin vers l'est. Le premier, qui marche plus vite que moi, Thierry, a 64 ans. Le second, qui marche comme moi, en a 70, et le troisième, lui, en a 77 ! Ils avalent des journées de fou !

Dans la forêt je les ai rattrapés, au-dessus de Marc, avant le refuge de Prunadière, puis Pierre m'a doublé. Il avait dormi à Mounicou, 15 minutes après Marc. Il a filé dans la descente et je l'ai retrouvé plus loin, au bas de la forêt avant de remonter, à s'étirer. J'ai enfin mangé mon melon que je trimballe depuis le départ, mercredi. Thierry est arrivé à son tour, on a parlé un peu. Pierre est parti pour le l'étang d'Izourt. Puis j'ai repris le chemin, seul, manquant d'eau. A Pradières, un homme m'a indiqué une source d'eau, j'y ai rempli 2 litres. 

La montée depuis la centrale électrique m'a été difficile au début, plus trop d'énergie. Pause, eau, ensuite, en plein soleil pourtant, un peu d'énergie est revenue. A 13h20, j'arrivais à Izourt, bien fatigué. Pierre y était, à l'ombre. Il est vite reparti. Il reste pas mal de route pour atteindre Goulier avant ce soir, où on pourrait dormir si l'on trouve un coin pour la tente. Les douleurs sont là : pieds, muscles des jambes, épaules, mais dans l'ensemble, ça va. Grande pause à l'étang pour moi à l'ombre, proche du barrage. J'ai lavé mes habits puis je me suis savonné, et j'ai nagé un peu. Agréable ! J'ai pris 2 heures de pause avant la dernière difficulté de la journée, "punition" aurait dit mon père...

Après ces 2 heures d'incroyable repos, j'ai repris le GR pour Goulier : contrairement à ce qui était affiché sur site : 2h45, j'ai mis 4h ! Une très longue traversée sur le flanc, assez pittoresque voire dangereuse. Vue sur la vallée quand la brume se dissipait. J'ai rencontré trois randonneurs d'une trentaine d'années : David, Clément et Paul. Ils s'étaient arrêtés, voulant dormir dans un abri semi-naturel, une sorte de grotte aménagée. Finalement, ils ont changé d'avis et m'ont rattrapé assez vite. J'ai tenté de les suivre en vain, bien fatigué. 

Ce fut très long pour arriver au gîte où Pierre était installé. Impossible de planter ma tente dans le jardin du gîte. Pierre a craqué et pris une place dans un dortoir, pour 23 euros, cher quand même pour une étape... Les trois autres ont négocié leur nuitée à 18 euros chacun. Je suis le seul à avoir planté ma tente à l'entrée du GR. J'ai mangé rapidement, assis dans la petite forêt, à côté de ma tente, et je n'ai pas traîné, il n'était pas 21h que j'étais déjà allongé, peu confortablement dans une légère pente.

 

JOUR 37

De Rouze-d'en-bas à Mérens (5/8)

Dimanche 11 juillet

La nuit fut inconfortable, je roulais sur ma droite dans la pente, mais j'ai davantage dormi que les autres nuits tout de même. Réveil mis à 5h45 et je suis parti à 6h23, le plus tôt de mon périple ! Il faisait à peine jour, on y voyait à peine pour démonter et ranger les affaires !

Quiétude du petit matin, chemins aisés, cols très faciles (pourquoi portent-ils le nom de cols ?). Au Risol, j'ai surpris une quinzaine d'izards ! Les petits jouaient à se courser dans la pente au soleil, encadrés des adultes. Puis, dans la forêt vers Esquerus, trois sangliers ont grogné en m'entendant et ont détalé, deux dans un sens et le troisième dans l'autre. Plus loin encore, un coq de bruyère, imposant et bruyant, s'est envolé juste devant moi, noir, magnifique !

J'ai enchaîné les petits cols, Grail, Lercoul et je viens de me poser sur une table et un banc de bois. Je ne trouve plus le GR. Plutôt que de m'énerver, je me dis qu'écrire la fin de la journée d'hier et cette matinée est une bonne idée.

Je vais prendre la route sur la droite, elle doit descendre au village de Lercoul. Pierre n'est toujours pas là, étonnant. 3 heures que je suis parti, il est 9h25 maintenant.

16h50. Pierre m'a rejoint peu de temps après que je finisse de rédiger ma matinée, au col de Lercoul. On est descendus tranquillement à Lercoul puis Siguer. Pierre nous a fait du café à la mairie, on a pu remplir nos gourdes et bouteilles. Petite pause bien venue dans cette chaleur montante. On est passés devant une tablée mise dans la rue pour le petit déjeuner de deux couples. Très copieux ! On a bavé devant Pierre et moi, leur proposant même de leur payer un verre de jus d'orange ou un pain au chocolat ! Rien n'y a fait, ils ont à peine répondu. Et on a entamé la très longue montée au sortir de Siguer pour le col de Sasc, à presque 2000m, chaleur, dénivelé, mouches, taons, très dur !

Pierre est parti devant comme à son habitude, je l'ai retrouvé à l'ombre d'un arbre court, allongé sur le chemin, me disant qu'ici, étrangement, les taons ne venaient plus le harceler. Et on a monté, monté, presque ensemble, moi à une centaine de mètres derrière lui la montagne ronde et interminable. On a refait le plein d'eau au refuge des vachers : deux grandes filles, une femme (leur mère, professeur de mathématiques), un grand-père (?) et un vacher, très barbu.

Nous avons atterri à la cabane Balledreyt. Deux femmes occupent la moitié droite et nous la gauche. Un mulot nous y attendait. Plus d'énergie. On se pose sur les paillasses. Sieste, discussion sur nos vies. Je crois que je parle trop fort et que nos voisines m'ont entendu...

Nous dînons tous les quatre de leur côté du chalet, elles viennent de Casablanca, l'une s'occupe de chevaux et l'autre enseigne.

Marche estimée à 8h30, total depuis le départ : 38h à peu près.

 

JOUR 38

De Rouze-d'en-bas à Mérens (6/8)

Lundi 12 juillet

Journée folle et compliquée ! Bonne nuit à la cabane, j'étais en haut, le rongeur ne m'a pas autant dérangé que ça. Pierre en bas l'a davantage entendu s'affairer dans la nuit. 

Grosse pluie quand nous étions couchés. Les vaches sont venues brouter très tôt, agitant comme des folles leurs cloches ! Brume épaisse au réveil. On a trouvé les marques du GR sans difficulté malgré tout. Mais mystérieusement, nous avons fait une boucle incompréhensible dans le coin de la forêt de Sirmont. Surréaliste ! J'avais perdu mon chapeau sur le chemin et bien plus tard, plus d'une heure après, nous avons retrouvé mon chapeau, comprenant alors qu'on avait rebroussé chemin à un moment ! Déboussolés ! Pierre a pris son téléphone avec son application, nous a sortis de cette impasse, en silence, énervé(s).

J'ai déjeuné ensuite devant la cabane fermée juste avant celle de Clarans sur le banc, sous la pluie, quand Pierre a repris son périple pour le plateau, toujours aussi motivé. J'ai pris une demi-heure, j'en avais besoin. Puis, à bon rythme, dans la forêt trempée, sous la pluie battante, essayant de trouver mon chemin dans la brume, l'absence de marques et les cairns salvateurs, en t-shirt, dégoulinant, j'ai atteint le plateau de Beille, après une courte halte à la cabane d'Artaran, en 2h20. Arrivé tôt au village nordique d'Angaka (vers 15h), j'ai erré dans ce décor brumeux, entre les yourtes et tipis. J'ai crié, personne. Appelé Pierre au téléphone et puis il m'a rappelé : il était dans l'épicerie ouverte, une petite cabane en bois au milieu de cet étrange village, où l'on peut se poser, acheter ce que l'on veut en laissant l'argent dans une petite caisse. Douche, café, jus d'orange, le rêve ! Il dormira dans un tipi. Moi, si j'ai le courage, je planterai ma tente dans l'herbe détrempée... 

Alex, un collègue, vient nous rejoindre ce soir. On décidera où on dormira. On marchera tous les deux, deux jours pour Mérens-les-Vals, quand Pierre le fera en une journée. Les randonneuses de Casablanca sont arrivées plus tard, sous la pluie et le froid, bien fatiguées. Nous étions bien à l'intérieur, au chaud. Isabelle, très sympa, qui gère le lieu, est venue ravitailler l'épicerie. Alex est arrivé après 20h je crois. On a dîné, bu, pris le temps de tout, un luxe de repos encore ! 7h de marche à peu près, mais dur, cette erreur, cette pluie…

 

JOUR 39

De Rouze-d'en-bas à Mérens (7/8)

Mardi 13 juillet

Nuit pleine sous la tente malgré la pluie battante. Alex dormait dans la sienne à côté. Je n'ai pas vu partir Pierre qui nous a laissé un mot très sympa avant son départ. On est partis tranquillement avec Alex vers 10h15 pour le refuge de Rulhe. Froid polaire, pluie pénétrante. Pieds trempés avant de commencer la marche, dur ! Beaucoup de crêtes, pas trop difficiles dans l'ensemble. Petit rythme. Arrivés vers 16h30 au refuge. Brume aléatoire. Très bien accueillis par les hôtes du refuge. Chocolat chaud pour moi et vin rouge pour Alex. J'ai retrouvé les trois randonneurs, Thierry et ses acolytes. Ils ont fait Clarans-Rulhe ce jour. Demain, on sort du GR finalement, lac de Laparan, Rieutort, Didorte et plateau de Beille pour retrouver la voiture, sinon, trop compliqué : Mérens - Les Cabanes en train puis stop jusqu'à la voiture. Je n'aurai pas vu Mérens, mais je connais bien le coin. L'année prochaine, je redémarrerai de là-bas pour avancer vers Banyuls.

On a dîné au refuge, premier luxe de mon séjour, et joué aux cartes jusqu'à tard pour nous randonneurs avec la jeune équipe du refuge. Et dormi sous tente, dans un frais certain. 5h30 de marche, total estimé à 50h30. 

 

JOUR 40

De Rouze-d'en-bas à Mérens (8/8)

Bonne nuit dans l'ensemble sous la tente avec Alex (on avait pris sa double, laissé la mienne dans sa voiture avec quelques affaires). Sommeil entrecoupé comme toujours. On entendait des feux d'artifice dans la vallée avant minuit, où ?

On a salué, réglé nos hôtes et on s'est engagés un peu au hasard vers Laparan. On a dû se taper une pente importante hors sentier pour descendre vers le lac, jambes fouettées, du sang, ça réveille. Alex a mal à un genou dans la descente, moi, j'y vais doucement aussi, dernier jour...

On a déjeuné pas loin du lac et on a pris à droite, sans chemin vraiment tracé vers le Rieutort. Dure montée, retrouvé un chemin montant fort, une sente pour brebis aussi. Et on a retrouvé au col de la Didorte les deux randonneuses qui avaient pris un jour de repos la veille pour monter à Rulhe. On a déjeuné dans l'herbe, le soleil ayant enfin fait une percée conséquente. Un randonneur a discuté avec nous pendant un quart d'heure, et on est repartis, petit rythme sur la fin des crêtes et les chemins des pistes de fond vers le plateau. 

Sur place, pas envie de rester, du monde qui attend la fête nationale, des stands de bouffe... On a roulé après avoir englouti un melon, je m'endormais pendant qu'il conduisait. Téléphone en route, retour à la civilisation. 

Alex m'a déposé, on s'est posés, pris un rhum, sympa. J'ai sorti toutes mes affaires sales et détrempées, machine, douche, repos !

Peut-être 58h de marche en 8 jours, ressourcé ! Pas trop de douleurs, des chutes sur le chemin, dans la rivière, dans la boue, des plaies, le pouce de la main droite tordu, des orteils un peu cabossés, un dos fragilisé, mais rien par rapport aux deux autres années. Le bonheur, simple comme une balade dans les montagnes...

 

Posté par herve le derve à 16:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 août 2022

La traversée (été 2020)

La traversée du “griot” 

Hendaye-Banyuls

GR10(t)
2.Eté 2020



JOUR 22

De Luz-Saint-Sauveur à ? (1/11)

Samedi 4 juillet 

18h48

La tente est mise, quelque part au-dessus de la station de ski de Barèges, le long d'un ruisseau où trempent nos deux bières belges.

4h20 de marche pour commencer, entre Viella et ici, au-dessous de Madamète, peut-être à trois heures du col.

Retour sur la matinée :

J'ai retrouvé mon amie I. à la gare. On est montés dans le train pour Lourdes, départ à 7h32. A Saint-Gaudens, notre amie F. nous a rejoints dans le train. Arrivés à 9h43 à Lourdes, où mon ami C. nous attendait. On a marché un quart d'heure jusqu'à sa voiture, bu un petit café en route et roulé jusqu'à Viella, tout proche de Luz-Saint-Sauveur, où je m'étais arrêté l'année dernière (vingt jours de marche, de Hendaye à Luz). On a vite trouvé à se garer dans ce petit village aux maisons de pierre. En fin de matinée, on est partis, direction Barèges. Le charmant village de Sers nous a accueillis peu de temps après. Petite pause à la fontaine, achat d'un pain dans un distributeur. Pause repas ensuite, cinq minutes avant Barèges, à l'ombre, temps chaud. Pâtes, thon, brownie maison, le luxe ! On a repris la route vers la station de ski, grand soleil. J'ai perdu une vis de ma branche de lunettes de soleil, ça commence bien...

Je ne sais pas exactement où on a posé nos tentes, mais on est bien installés près du ruisseau, prêts pour l'apéro…

 

JOUR 23

De Luz-Saint-Sauveur à ? (2/11)

Dimanche 5 juillet

20h21

Grosse journée ! Fantastique ! Du soleil ! Quel parcours !

Trente minutes au-dessus du pont de Gaubie, on est montés directement au col de Madamète, sans prendre le GR10, finissant dans les névés, à 2600 mètres. Grosse platée de confit de canard de 1.350kg, au col, avec des haricots verts, le tout cuit au lance-flammes !

Nous attendait ensuite une descente magnifique, peuplée de lacs, Aubert, Aumar, Orédon plus bas. Dur de finir ce soir par le col d'Estoudou et de descendre ensuite au lac de l'Oule. La journée a été rude, à peu près + 1400 mètres de dénivelé positif.

Partis à 8h, on est arrivés vers 20h. 12h dehors pour 6h30 de marche effective. I. et F. à leur rythme ont fait bien plus de temps de marche que nous deux...

Belle baignade pour moi au lac d'Aumar, pas du tout froide, pendant qu'I. et F. nous cherchaient autour du lac, alors que nous étions sur le GR, sur la rive...

Crevés !

Un peu mal aux orteils du pied droit dans mes nouvelles chaussures que je n'ai pas eu le temps de faire, à cause du confinement.

C. fait un feu pour chasser les milliers de moustiques autour du lac de l'Oule. J'essaie d'écrire davantage mais je suis vraiment fatigué. Demain, on sort du GR pour nous rendre à mon studio familial, cinq petites heures de marche je pense.

 

JOUR 24

De Luz-Saint-Sauveur à ? (3/11)

Lundi 6 juillet

17h

Nous sommes bien arrivés à notre studio au Pla d'Adet, après une journée tranquille et fraîche dans la brume. 6h en tout, dont 4h30 de marche réelle. On est partis du lac de l'Oule vers 10h après une belle baignade au soleil avant la montée de la brume.

On est partis par les pistes d'Espiaube mais on n'y voyait pas grand-chose. Avant de descendre à Espiaube, on a pique-niqué quand la brume était moins épaisse.

Les jambes me tirent un peu. Arrivés au niveau du Pla d'Adet, les filles sont parties acheter bières et apéritif. Elles ont projeté de partir demain matin depuis Saint-Lary par le bus et le train. F. cherche les horaires. Il fait frais au studio, 15°C.

Une bonne douche et une bonne bière, ça devrait aller tout seul !

Demain, on descend les accompagner au village et en route pour Loudenvielle, peut-être un autre ami, E. nous rejoindra-t-il avec son fils ?

 

JOUR 25

19 juillet 2020

De Luz-Saint-Sauveur à ? (4/11)

Mardi 7 juillet

19h51

Encore une grosse journée ! On est partis tous les quatre du studio du Pla d'Adet dans la brume. Impossible de retrouver le sentier, grosse galère, à travers bois, clairières, très humides et glissants. Au coin d'un ruisseau, on a fini par retrouver le sentier après 45 minutes de lutte en herbe haute, et plusieurs chutes pour moi, dont une dans les ronces (jambes bien lardées). F. a perdu dans ce combat le chapeau de son ami. Entêtée, elle l'a cherché pendant trois quarts d'heure avec I. pendant que nous lisions la suite de L'Odyssée d'Homère (chapitres de Télémachie) avec C..

Après une bonne récolte de framboises, on a fini notre descente vers le village de Saint-Lary. Détour très agréable à une terrasse de café en face du téléphérique. I. a agrémenté nos boissons de croissants et de chocolatines et on s'est salués, on est repartis avec C. pour la suite de notre aventure, et elles, pour chez elles.

On a repris la route, Saint-Lary, Vieille-Aure, Azet... Grosse montée jusqu'à la station de ski de Peyragudes (?), qu'on a laissée sur notre droite pour descendre vers Loudenvielle.

Épaules endolories, ainsi que les cuisses. Au village, un peu de courses, pêches, tomates, pains, chocolat. Et puis on a gravi péniblement la dure côte jusqu'au village de Germ, 600 mètres de dénivelé positif pour finir la journée, dur, dur !

On n'a pas trouvé de coin idéal pour dormir alors on a continué et on s'est posés à 20 minutes de Germ, à l'intersection du panneau "cabane d'Ortéga".

J'ai lavé mes jambes lacérées par les ronces et mes pieds meurtris des premières ampoules dues à l'humidité des chaussures (j'aurais dû changer de chaussettes et de chaussures à Saint-Lary, erreur...).

Peu d'énergie, C. essaie de lancer le feu pour cuire des pâtes, pas évident, trop peu de bois. Il faudrait que j'aie l'énergie d'en chercher…

 

JOUR 26

De Luz-Saint-Sauveur à ? (5/11)

Mercredi 8 juillet

21h37

La folie !

Une chaleur, pas de vent, pas d'ombre des heures durant ! E. et son fils D. nous ont rejoints (ainsi que leur chienne !).

Départ au-dessus de Germ, après une nuit moyenne (je glissais perpétuellement vers le bas de la tente, posté sur une pente légère, mais pénible).

On a monté longtemps en plein soleil vers le Pas de Couret, 2131 mètres. On a mangé dans le début de la descente, en plein soleil. Je me suis drapé de la toile de mon hamac pour résister un peu aux rayons.

Je suis parti devant chercher de l'ombre dans la forêt, en descendant vers les granges d'Astau. Je les ai attendus une heure. Ce n'est seulement qu'après la première demi-heure que j'ai pensé à installer mon hamac entre deux arbres de la forêt descendante. Grande détente ! Ils sont arrivés et ont trouvé de jeunes girolles !

Pas vraiment de pause aux granges, on est remontés directement au lac d'Oô, fatigués, dans une chaleur encore bien pressante. Ne trouvant pas de partie plane pour planter nos tentes, on est encore montés jusqu'au refuge d'Espingo, sans beaucoup d'énergie, en portant la lourde tente d'E. au passage. C. hurlait l'épopée d'Ulysse dans la montée, hors d'haleine pourtant. Athéna nous a bien aidés.

Arrivés en haut, j'ai planté rapidement. Je meurs de faim. Au menu : pâtes, thon, girolles ! et tout un tas de régalades qu'a apportées E..

Sortie de 12 heures, 1600 mètres de dénivelé positif, 6h27 de marche effective.

Demain, ils continuent avec nous, jusqu'à Bagnères de Luchon. Après nous n'aurons plus d'invités jusqu'à Banyuls.

 

JOUR 27

De Luz-Saint-Sauveur à ? (6/11)

Jeudi 9 juillet

14h52

Je me répète : dure journée ! Et elle n'est pas finie...

Hier soir, à Espingo, un vent fou s'est levé, l'orage aurait pu éclater et puis finalement non, il serait resté côté espagnol m'a expliqué un randonneur au matin. Dans la précipitation, E. et D. ont vite monté leur tente et sont restés à l'intérieur. C. a dû déplacer son hamac loin au-dessus du refuge. J'ai mangé seul, dos au vent, un sandwich de thon improvisé, ne parvenant pas à maintenir une flamme suffisante sous la casserole de pâtes. Puis j'ai rejoint C. qui avait trouvé un coin moins venteux dans cette tempête, protégé par une combe bien orientée. Avec son gaz, il essayait d'allumer un feu pour finir la cuisson des pâtes. Je suis passé voir E. et son fils à l'autre bout, dans leur tente luxueuse, rhum arrangé, pain, jambon, oeuf...

Ensuite, dur de retrouver le camp de C. dans la nuit, pour y dîner une troisième fois : pâtes au thon, pour changer...

De retour à ma tente après minuit, après quelques détours dans la nuit noire, sous un ciel étoilé magnifique, sans nuages ni vent.

Ce matin, départ tardif, 9h38, grosse montée d'Espingo à Superbagnères, 5h14 en temps passé, 3h56 de marche effective. E. et son fils sont loin derrière. Ils ont décidé de s'arrêter ici et non à Bagnères-de-Luchon comme prévu. Les premières gouttes tombent avant un orage virulent prévu cet après-midi. Il me reste 2h30 de descente mais j'aimerais d'abord saluer E. avant de descendre rattraper C. parti pour la ville avant la fermeture des magasins en bas.

20h13 Descente longue et fatigante jusqu'à Luchon. J'ai dû changer de chaussures, remettre les anciennes chaussures, à cause de mes doigts de pied mâchés dans la descente.

J'ai fait la connaissance du père d'E. On a tous bu un coup au bar.

Deux randonneurs nous ont donné leur surplus de nourriture lyophilisée.

On est à Luchon, entre un étang de pêche et le rivière, face à l'aérodrome, en train de dîner de nos courses et des dons des deux randonneurs et de ceux d'E., regonflés à bloc pour cinq jours.

Mal partout.

 

JOUR 28

De Luz-Saint-Sauveur à ? (7/11)

Vendredi 10 juillet

18h18

Levés tôt à Bagnères-de-Luchon. Petit coin tranquille le long de l'étang. Tout le monde semble ouvert et bienveillant ici : les promeneurs, la gendarmerie...

Partis à 7h23. Notre idée : marcher 5 heures, manger, faire lessive, sieste, et repartir marcher de 17h à 21h.

Résultat : énorme montée vers le col de Bacanère, plus de 5 heures ! Pause d'une heure dans un endroit sans ombre, sec, reprise de la marche, longues crêtes, début de descente vers Fos. Brume, vent, fatigue, 7 heures de marche pour aboutir à une cabane bien agréable (cabane des Couzeaux ? Coureaux ?). J'ai mis plus d'une demi-heure pour aller chercher de l'eau pour la lessive, et là, je n'ai plus aucune énergie. Mes pieds sont fragilisés, j'avais oublié de remettre mes anciennes chaussures qui m'esquintent bien moins les orteils, mais leurs semelles sont râpées.

Pluie ici. On est bien contents de demeurer au refuge. Un randonneur est venu boire le thé avec nous, très sympa, de Moselle.

Portraits du jour :

1 John ? : rencontré sur les premiers lacets dans la forêt au-dessus de Luchon, John "quelque chose" nous a bien interloqués. Mi-nu, laissant promener ses parties génitales, il nous a baragouiné quelque chose sur les guides de randonnée et de naturisme qu'il rédigeait, sur le virus en Angleterre, sur la liberté, son site internet, sa carte de visite, on ne pouvait plus l'arrêter... Bien âgé, barbu, tatoué, bel homme au demeurant, musclé, vif, fou, on ne s'y attendait pas ce matin !

2 : Erik Claverie : C'est au col interminable de Bacanère qu'on a d'abord croisé le réalisateur d'un portrait en vidéo d'Erik Claverie, coureur à pied renommé, spécialiste des 24h. Dans la brume, il a sorti ses appareils, photo, caméra, drone... et sur son GPS, il nous a montré la progression de son coureur parti pour battre le record de la traversée des Pyrénées. On l'a laissé là, à sa technique, et on est montés faire notre pause au col, malheureusement sans la moindre ombre.

Et on a vu arriver le champion, en petites foulées régulières. La brume s'est dissipée et on a entendu le drone filmer la descente du trailer, sorte de cabri prudent et usé.

Depuis, j'ai appris qu'il avait réussi son pari, 9 jours et 9h et quelques pour boucler le GR10 ! Dingue !

https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/nantes/entretien-ultra-trail-erik-clavery-pulverise-record-du-gr10-pyrenees-1853736.html

On l'a applaudi au passage, il semblait étonné... Peut-être sera-t-on dans le film…

 

JOUR 29

De Luz-Saint-Sauveur à ? (8/11)

Samedi 11 juillet

On a bien dormi dans la cabane de Coureaux (?).

En descendant, on a retrouvé Rémy qui avait dormi dans la cabane d'Artigues, plus bas. Il hésitait à s'engager dans la brume, croyant qu'il pleuvait. Il nous a rejoints dans l'interminable descente à travers plaines et forêts jusqu'à nous retrouver le long d'un canal. Dans la plaine, j'ai changé mes chaussures, remis mes anciennes.

On a découvert le village de Fos, bien hormis l'ancienne route principale la traversant. On est allés tous les trois à un petit restaurant qui avait fêté son inauguration la veille. J'ai pu recharger un peu mon téléphone. Rémy a tenu à nous inviter, café et eau pétillante, bienvenus ! Et puis, très vite, il est reparti à sa randonnée, abattant des distances impressionnantes en une journée. C. et moi avons pris un taboulé aux légumes très convenables pour un prix modique (2.5 euros le kg !), que nous avons dégusté dans le parc de jeux juste à côté du restaurant. Puis nous avons repris notre marche, dure et longue jusqu'à l'étang d'Araing, par une route montant d'abord tranquillement, traversant Melles, puis grimpant dur jusqu'à peu près 2200 mètres. C'était notre première journée vraiment pleine, on voulait essayer : 7h-12h et 17h-20h. On y est presque parvenu. On a marché effectivement 8h50.

Arrivés à l'étang, j'ai discuté avec un randonneur seul à sa tente. Il randonne sur un circuit de 5 jours, entre France et Espagne, "Pasaran" je crois. Il nous a indiqué un refuge, une cabane surtout fréquentée par des pêcheurs, après le barrage. On y est allés, espérant être plus tranquilles qu'aux abords du refuge d'Araing, mais au final, je crois bien qu'ils étaient 8 dans la cabane, pêcheurs et randonneurs mêlés, dont un jeune randonneur très sympa, en dernière année de kiné en Espagne (Valence) ayant grandi en Nouvelle-Calédonie. Ils nous ont invités à boire du vin rouge, à goûter un fromage affiné par ce jeune randonneur, en woofing par ici. Bernard, la trentaine, fils d'un pêcheur et pêcheur lui-même, qui buvait et fumait beaucoup, nous a parlé de son boulot à Airbus, de la société... et vers 23h30, on est enfin montés nous coucher au dortoir à l'étage.

Impossible de dormir, nous étions cernés de ronfleurs professionnels !

Portrait du jour :

Rémy, dit "Rémy Pranique" : croisé hier, il nous a expliqué aujourd'hui qu'il était "pranique", qu'il se nourrissait de particules, qu'il n'avait pas mangé pendant six mois je crois l'année dernière, nous marquant la différence entre le jeûne et être pranique. Il est parti pour traverser les Pyrénées, faire le point sur lui-même, et tester s'il allait marcher sans nourriture ou non. La réponse après quelques jours semble être qu'il allait se nourrir en marchant. Sur le chemin, il avait rédigé dans la boue un message pour nous : "Rémy vous salue".

Belle rencontre !

 

JOUR 30

De Luz-Saint-Sauveur à ? (9/11)

Dimanche 12 juillet

Après une nuit sans sommeil réparateur, au milieu de ces ronflements fous, tout le monde s'est levé à 5h du matin, pour pêcher ou randonner. Je vois que C. n'est plus là, j'entends du dortoir que des pêcheurs disent qu'un randonneur ne parvenait pas à dormir, qu'il serait parti sur le GR10 de nuit, sans lumière, un classique de C. ça, la disparition de nuit !

J'ai attendu que tout ce petit monde décampe pour me lever à mon tour vers 6h. Il ne restait que le jeune futur kiné qui a confirmé les dires des pêcheurs quant au départ de C. dans la nuit.

J'ai quitté la cabane à 6h40, sifflé, regardé partout s'il avait planté sa tente ou tendu son hamac : personne.

La descente fut par moment brutale au niveau des carrières et des mines abandonnées. C'est là que s'est coincé mon genou droit, grosse douleur à chaque pas. J'ai pris un bâton pour me soulager un peu. Je payais les efforts fous de la veille et sûrement la nouvelle angoisse de marcher seul, sans nouvelles de mon compagnon de route.

Je me suis trompé à trois reprises de parcours, moins attentif qu'à l'ordinaire.

La descente fut douloureuse jusqu'à Eylie d'en Haut. Là, j'ai passé 1h30 à chercher C., interrogeant paysans et gardiens de gîte, en vain. Je pense qu'il est devant moi mais j'aurais aimé qu'il me laisse un message, un signe, et qu'il m'attende à des points stratégiques.

J'ai un peu rechargé mon téléphone au village chez les gardiens, et la nouvelle du décès de ma tante, amie d'école de ma mère puis mariée à son frère, m'a bien plombé la journée, déjà bien lourde : genou très douloureux, C. disparu...

J'ai repris péniblement ma route par la montée du col d'Arech, m'aidant du bâton, au ralenti. La douleur prenait aussi toute la cuisse droite. J'avançais comme un escargot, avalant une grande quantité de myrtilles sous un ciel brumeux, dégagé, puis orageux et pluvieux.

Le petit col de 1802 mètres m'achevait, alors qu'on avait enchaîné des hauteurs de 2200 mètres à plusieurs reprises.

Pas grand-chose à manger dans la forêt, une boîte de thon encore. Peu d'eau, journée de plus en plus galère...

Pas de traces de C., j'espère qu'il me devance bien. Sous l'orage, j'ai réussi à descendre au ralenti à la cabane d'Arech en contrebas. Un groupe d'Espagnols à qui j'avais demandé où nous nous trouvions, s'engouffra avec moi dans la petite cabane. Un randonneur, Fabien, s'y trouvait déjà, faisant sécher son linge et lisant un livre de sociologie sur le thème du corps (auteure ?). Les Espagnols partirent vite pour Eylie, et j'ai sombré plus de 2 heures dans une sieste très réparatrice.

A mon réveil, 18h passées, le beau temps était revenu. Je décide alors de marcher encore, j'avais parlé à C. de la cabane de Graouilles la veille, je voulais donc l'atteindre.

J'y parvenais, toujours au ralenti, à l'aide de mon bâton pour soulager mes appuis de la jambe droite.

Une famille d'Allemands, père, mère et fille, finissait de monter leur tente.

Fatigué, 7h40 de marche claudicante, je fis un tout petit feu pour dîner du plat lyophilisé que m'avait donné I., préparé également la semoule pour demain midi, aménagé ma couche à l'étage, repoussant les crottes de souris, lavé ma vaisselle, mes habits et moi-même au ruisseau derrière la cabane et rédigé la chronique de ces deux derniers jours, le huitième et le neuvième.

J'ai interrogé les trois Allemands en arrivant à la cabane, le père prétend avoir vu un randonneur qui correspondrait à C.. J'ai sifflé à tout hasard vers le GR qui remonte au loin, comme ce matin, en vain.

Demain, plusieurs objectifs : ne pas souffrir des jambes, retrouver C., passer la cabane de Besset, le Clot du Lac, Trapech, la Pla De La Lau, la cabane d'Aouen, parvenir au pic du Crabère (pas celui du dessus de l'étang d'Araing), mais je n'ai aucune certitude d'y parvenir, peu de nourriture, seul, douleurs...

A ma mère, je n'ai pas dit au téléphone que j'avais perdu mon compagnon de marche, je l'ai appelée pour la soutenir du décès familial.

21h27, une envie de m'allonger et de dormir ! S'il pleut fort, les Allemands monteront dormir au grenier, on verra bien.

 

JOUR 31

De Luz-Saint-Sauveur à ? (10/11)

Lundi 13 juillet

18h33

Encore une journée pleine d'imprévus ! Après une grande nuit de sommeil de 8h à la cabane de Graouilles, je suis parti dès 7h. Pas de nouvelles de C., peu de batteries, on verra bien...

Mon genou droit et même la cuisse étaient bien douloureux encore, seul le bâton a pu atténuer un peu les douleurs.

J'ai avancé au ralenti mais j'ai beaucoup marché. Passé à la cabane de Besset, où j'ai fait une petite pause, Trapech et Le Pla De La Lau, où je me suis payé le luxe de manger en terrasse (steak frites, café), pendant que je rechargeais mon téléphone. J'ai révisé la randonnée pour jusqu'à la cabane d'Aouen, ayant dans l'idée de couper le lendemain par le refuge des Espugues et par le chemin de la liberté jusqu'au refuge de Subéra. Mais évidemment, rien ne s'est passé comme prévu !

J'ai fait une erreur, je n'ai pas vu l'embranchement pour Crabère, et je me suis retrouvé au refuge du Mont Valier, à 2240 mètres ! J'ai marché avec une famille toulousaine (de Léguevin, voisine de mon frère).

Luxe ce soir, je dîne au refuge et je prendrai même le petit déjeuner demain matin.

Demain, il me faut retrouver le col de Pécouch à 2462 mètres, passer par l'étang de Cruzous, passé par le refuge des Espugues et prendre le chemin de la liberté jusqu'à retrouver le GR 10 au refuge de Subéra. Mais avec mon bol…

 

JOUR 32

De Luz-Saint-Sauveur à ? (11/11)

mardi 14 juillet

Bon, quelle fin imprévue ! Reprenons le fil des événements...

6h30

Je me lève, après une nuit fraîche et humide. Un drôle de crissement se fait entendre en ouvrant la tente : elle avait givrée ! Il a dû faire 1 ou 2 degrés seulement ! Flemme de tout démonter, je grimpe au refuge des Estagnous pour prendre le petit déjeuner et me mettre au chaud. Je partage le petit déjeuner avec un couple de randonneurs rencontré hier, très sympa, travaillant pour une O.N.G. en Afrique, et leur amie, qui est montée hier au refuge pieds nus !

J'échange encore avec la famille toulousaine, très sympa, et pars vers le cap de Pottech en compagnie d'une famille de Pamiers (père, mère et enfant, 17 ans), très agréable. Je fais un petit peu de lessive dans l'étang de Milouga et je quitte les autres marcheurs pour piquer droit dans la pente vers le refuge des Espugues que j'avais aperçu quand j'étais en face et que je n'ai jamais retrouvé une fois sur la bonne pente, repoussé que j'étais par deux patous agressifs.

J'ai erré sur les crêtes de plus en plus embrumées un long moment sans trop d'énergie pour trouver le passage dans la falaise pour le Chemin de la Liberté, par le col de Cabrerous. A trois reprises, je passe de l'autre côté de la crête, à presque 2400 mètres mais je dois renoncer tant l'à-pic est vertigineux. J'aperçois ensuite un sentier escarpé qui monte dur en zigzag en bas de la falaise. Je comprends qu'il faudrait que je rebrousse chemin pour contourner la difficulté, mais frustré d'être là-haut depuis si longtemps, fatigué, presque inconscient, je refuse de faire demi-tour et je tente à nouveau de passer la crête.

Nouvel à-pic affolant, j'essaie de remonter les cinq mètres engagés, impossible ! J'enlève mon sac à dos qui me déséquilibre vraiment dans cet espace limité et très pentu. Je cherche à le poser sur un replat à un mètre en-dessous de moi, mais l'épaulement se trouve loin d'être plane et mon sac commence à rouler, impossible de le rattraper ! Il rebondit plusieurs fois contre la roche et puis chute une trentaine de mètres encore après les premiers quinze mètres où il a rebondi. Il s'écrase dans un bruit effrayant sur le bas du sentier escarpé.

Peur.

Je suis comme paralysé. Je sens mon coeur s'emballer dans ma poitrine. Voir la chute folle de mon sac et son écrasement sourd au sol me cloue. Je me vois comme le sac, en bas, écrasé dans la pierraille sur le sentier. Etalé, mort.

Tremblant, j'essaie de me calmer. Je finis par contourner la roche par la droite, impossible de descendre ou de monter. Mes mains et mes pieds tiennent, accrochent la roche malgré ma peur.

Je parviens à sortir de la falaise et me retrouve en haut du sentier. Je le redescends jusqu'à mon sac, en ramassant au fur et à mesure mes affaires, habits éparpillés, mes deux bouteilles d'eau éventrées, mon chargeur solaire en miettes... La tente de mon frère paraît en mauvais état également.

Je ramasse le tout, choqué, et remonte la pente. Je passe enfin de l'autre côté, persuadé à ce moment-là de ne pas avoir trouvé le bon chemin, celui de la Liberté. Je ne vais pas bien. Je ne pensais pas pouvoir me mettte en danger en cinq minutes. Je suis comme dans du coton. Je pense difficilement à la suite. 

Je me pose pour manger ce que j'ai mis de côté au petit déjeuner du refuge, pain, fromage et saucisson. Pour l'eau, je ne m'en fais pas trop, je trouverai bien un ruisseau.

J'ai repris la marche, tout chose. Je suis maintenant un balisage jaune, pas toujours bien guidant. J'ouvre mon téléphone, je comprends que je suis en train de me résigner, que ce qui restait de mon énergie a disparu dans cette frayeur, que je ne peux plus continuer cette aventure.

Par texto, je joins M., amie de Toulouse, qui me répond être en congé et disposée à venir me secourir. J'appelle la sœur de C., mon compagnon de marche disparu depuis trois jours, pour l'en informer, mais la batterie fond à grande vitesse, je dois raccrocher.

J'avance comme je peux, j'ai soif, je me sens vide. Je croise un vieil homme, montagnard affûté avec fils et petit-fils. Ils voient vite mon état de stupeur, je leur conte mes mésaventures. Il me donne sa bouteille, il me rassure. Il s'occupe des cabanes pour les randonneurs en Ariège, connaît tous les bergers, les gardiens de refuge. Il prend mon numéro, celui de C. et celui de sa sœur. Il m'indique ensuite le chemin pour rejoindre le Port de la Core pour qu'on puisse me récupérer en voiture.

Je les remercie et reprends ma route.

J'oubliais ! Avant de les croiser, j'avais découvert des débris de ce que je pensais un vieil avion, au vu des anciennes carcasses effilées. Le vieil homme confirma que c'était bien un ancien avion qui s'était écrasé en 1947. Il m'a également confirmé que j'avais bien trouvé le chemin que je visais, ironiquement nommé "de la Liberté". Je ne m'étais pas donc égaré au final...

Avant d'arriver à une cabane de berger, je m'assois pour finir mes rares victuailles et changer mes chaussures qui me bousillent les doigts de pied. A ce moment-là, surgissant de nulle part, apparaît un homme puissant, barbu, précédé de son chien. C'est le berger d'au-dessus, du col de Soularil. Il me dit descendre rejoindre son amie au Col de la Core. Il voit ma fatigue à son tour, ce doit être inscrit sur mon visage mon désarroi... Je lui raconte, le compagnon de route disparu, mes erreurs de cheminement, la falaise, la chute du sac... Il me glisse qu'il faut que je change d'ami pour marcher, partir de nuit sans prévenir son compagnon, ça ne se fait pas en montagne...

On descend à la cabane du berger juste en-dessous, qui nous regardait depuis que nous nous parlions. Salutations sympathiques. Sylvain, le berger du haut, explique mon cas à son collègue Gilles. Ce dernier nous offre le café, ils discutent ensemble bêtes, herbage... Je comprends que Sylvain va m'accompagner jusqu'au Col de la Core. Je suis rassuré. Je demande à Gilles son téléphone pour appeler M., ma sauveuse, pour finaliser le lieu et l'heure du rendez-vous.

Makach, la chienne de Sylvain, ne me quitte plus, elle réclame mes caresses et lèche le sel de la sueur de mes mains, mes bras et mes jambes.

Et c'est parti, Sylvain me prévient qu'il va marcher vite, c'est peu dire ! On dirait qu'il marche tranquillement mais je cours derrière lui pour pouvoir le suivre. On parle de tout, de la vie, de la littérature, il écrit des poèmes ! Je lui dis que je suis aussi éditeur, il prend mes coordonnées, intéressé. Il est calé, passionné, il connaît bien Artaud, Michaux, on a même évoqué Damasio (il est un peu déçu par Les Furtifs, comme moi, malgré l'univers incroyable du début...), Bordage... Je lui ai parlé de mon ami Eric Henninot, de son adaptation en BD de La Horde du Contrevent de Damasio... 

Il m'a raconté sa vie, son amour qui le rejoint avec un petit garçon, mais je ne vais pas développer ici, c'est personnel...

Et il l'aperçoit dans la forêt, il lui crie son amour, l'embrasse, et elle, et l'enfant aussi... beau moment ! Présentation... Le petit a de beaux yeux grands ouverts sur le monde.

Ils m'indiquent le chemin à poursuivre pour le Col. Je croyais être arrivé, le panneau indique 45 minutes, Sylvain lui estime à 20 minutes le reste à marcher. A son rythme, oui, sûrement !

Je n'ai plu beaucoup d'énergie, je gobe quelques fraises des bois. Peur de me tromper, mais non, le GR débouche bien sur la route souhaitée. Je vois un parapentiste s'amuser à flanc de montagne. Je me revois voler avec mon frère en 2012 et 2013. Je le regarde voleter, et j'aperçois ensuite ma sauveuse ! Soulagement !

Dans sa voiture, je charge le téléphone, contacte la sœur de C. qui a appelé les secours, qui souhaiterait que je les rappelle pour leur fournir plus de détails.

On boit un sirop dans un village (Castillon ?). J'ai mal partout, au dos, aux pieds, à la tête, aux genoux. Je lâche la pression. On a fait un détour à un bon restaurant à Saint-Lizier, malgré ma tenue et mon odeur d'homme des forêts...

Au résultat, trois restaurants en deux jours pour me remettre. Je n'ai perdu que 3 kilos en 11 jours...

9 heures de marche presque aujourd'hui. Le corps lâche tout. Sans cette frayeur, je sais que j'aurais pu continuer, avec mes pieds bleuis, mes maux de genoux, de dos, tout est dans la tête.

 

(Mercredi 15 juillet, matin

J'ai laissé un message au berger de Subéra pour qu'il affiche sur sa cabane que j'étais rentré à Toulouse pour que C. le sache et décide s'il continue seul ou non. J'ai également contacté les secours en montagne pour expliquer notre cas.

Demain, je vais visiter ma mère, je ne l'en ai pas encore informée. On passera mon anniversaire ensemble tranquillement.

Luz-Saint-Sauveur à Subéra, au Col de la Core, combien de kilomètres, de cols ?

Du plaisir, de la souffrance, des peurs, la vie forte !

Mes nouvelles chaussures m'auront meurtri finalement, je vais peut-être perdre les ongles de mes gros orteils.

Les prochains étés, moins d'aventures, les éditions qu'on a montées vont me prendre beaucoup de temps libre.

Envie de finir la traversée des Pyrénées pourtant, en m'organisant mieux, en ne marchant qu'une semaine à chaque randonnée.

Envie de descendre la Dordogne en kayak.

Envie de parcourir Naples-Toulouse en vélo.

Avant d'être trop vieux...

On verra bien ce qui se dessinera.

Vivre, écrire, éditer, beau programme pour au moins trente ans.)

 

Un grand merci aux bergers, au vieil homme des cabanes, à M. d'être venue si vite me récupérer en un seul morceau...

 

Posté par herve le derve à 16:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 août 2022

La traversée (été 2019)

La traversée du “griot” 

Hendaye-Banyuls

GR10(t)

 

  1. Eté 2019

 

 

JOUR 1

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (1/19)

Samedi 6 juillet 2019

  Journée de transition : bagages prêts, voiture garée en ville, petit resto dehors avec mon fils au Grand-Rond, bus pour Hendaye, départ de ma rando pour l'est par les Pyrénées. Trois semaines prévues, jamais projeté marcher autant... Sans objectif particulier, juste celui de marcher tous les jours. J'attends à la gare de Hendaye Cédric avec qui j'ai l'habitude de marcher (treize jours en Écosse 2014, quinze jours en Corse 2018, trois jours dans les Pyrénées mai 2019) et Philippe, connaissance de mon amie girondine, que je n'ai vu qu'une fois  le mois dernier à une lecture de la revue poétique VOL. Ce dernier, Philippe, ne devrait randonner que quelques jours avec nous. Un jeune collègue d'Histoire, croisé à une soirée hier, a bien envie de nous rejoindre également pour quelques jours, la semaine prochaine probablement. On verra bien...

  Les deux que j'attends ont presque deux heures de retard, ça commence bien... Les deux heures de marche que j'escomptais ce soir pour nous trouver un coin dans la nature pour dormir sont presque râpées... Où vont-ils laisser la voiture, auront-ils dîné, voudront-ils marcher tout de suite... ?

  En tout cas, il fait bon, un petit air frais, des petits nuages, je respire par rapport à Toulouse !

  De l'appréhension ce soir sur ces trois semaines d'aventures, comme à chaque fois...

 

JOUR 2

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (2/19)

Dimanche 7 juillet 2019, 9h37

  Dormi au-dessus de Biriatou, un petit coin plat. Nous sommes bien trois. Il a plu un peu la nuit. Au réveil, j'ai découvert un petit lapin mort sur le sentier. Petite journée sûrement, on risque d'aller chez ma nièce à Ascain, proche. Les choses sérieuses commenceront demain probablement. Ciel bas, il bruine maintenant. Ils ont mis du temps à se lever, ils préparent le café.

  12h05. Petite pause au col du Pitara (poire), hamac, repas... petite bruine. On est monté au col d'Ibardin, bu bière, mangé chocolat, Touron... puis on a fait une erreur de GR ! On s'est retrouvé à Bora, en Espagne ! Apparemment complètement au sud... Après, on s'est perdu avec une application Maps.Me de Philippe dans les hauteurs, entre La Rhune et Olhette... Puis on a piqué tout droit vers le bas, suivi un ruisseau qui descendait puis ma nièce est venue nous chercher en voiture vers 20h.

  Puis dîner très sympa, douche, linge lavé.

  Demain on vise Sarre depuis Ascain. On verra bien. Pas trop de planification, il devrait pleuvoir, orages... 23h50.

 

JOUR 3

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (3/19)

Lundi 8 juillet 2019, 19h30

  On a dû s'arrêter à cause de l'orage vers 17h. On se protège sur le parvis d'une chapelle au col des Trois Croix, au-dessus d'Ainhoa. On a rencontré JP, randonneur qui part pour trente jours avec l'idée de traverser toute la chaîne de montagnes. On va dormir ici tous les trois, JP, Cédric et moi. Philippe est reparti pour une histoire de matériel, il devrait revenir les prochains jours. Il fait froid. Gros orage. Avant la pluie, on a mis les hamacs entre les croix du Christ et de ses deux compagnons pour rire un peu. Il devrait pleuvoir toute la journée demain. Il va bien falloir décoller quand même...

 

JOURS 4, 5, 6

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (4/19)

Jeudi 11 juillet, 8h

  Les jours filent, pas le temps d'écrire dans ce carnet, ni ma poésie prévue, quatre quatrains par semaine.

  Que dire ici ? Nous avons dormi au camping municipal de Saint-Etienne-de-Baïgorry, près de la rivière. Qui ? Cédric et moi bien sûr, mais aussi Philippe qui nous a rejoints le soir (il a dormi dans un gîte, lui) et JP avec qui on marche maintenant depuis mardi. Nous avons dormi à la chapelle avec lui, sous la pluie, lundi soir. Mardi nous avons marché sous la pluie battante pendant cinq heures du Col des trois Croix à Bidarray, puis suivant les conseils du propriétaire d'un bar, nous avons grimpé en fin d'après-midi, soleil revenu, le col de Lacho, pour y trouver une borne (petite bergerie) pleine de brebis. Nous avons campé dans le champ, très bel endroit.

Mercredi

  On a repris la route à 9h20, c'était long d'atteindre Ipala, étant partis sur une variante pour dormir la veille donc.

  Plein soleil toute la journée, très belle rando sur les crêtes tout le temps, des chevaux en liberté (pottok), brebis,, rapaces géants, aigles, vautours, gypaètes, vue à 360° !

La descente était interminable jusqu'à Saint-Etienne-de-Baïgorry. Jambes lourdes, plaies aux mollets et tibias avec les ronces et les pierres.

  On a bu bières et vins en arrivant, vite saoul en randonnant moi !

Descendus au camping conseillé par deux jeunes randonneurs toulousains croisés (4.20 euros la nuit !). Après un sandwich au gîte de Philippe, on a lu de la poésie au camping jusqu'à tard, dont Hawl de Ginsberg. Au lit à minuit, réveillé à 6h, ça va...

  Aujourd'hui jeudi, on pense aller à Saint-Jean-Pied-de-Port, une seule grande montée et grande descente au programme.

 

JOUR 7

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (5/19)

Vendredi 12 juillet 7h peut-être

  Je n'ai plus de batteries au téléphone. Réveillé tôt je pense. J'ai tout démonté, rangé, tente... Cédric et Philippe dorment. Je n'ai pas envie de retourner en arrière chercher de l'eau, juste envie d'avancer et de plus en plus seul. Cela me pèse de plus en plus le rythme à trois. Besoin d'une quête plus personnelle au final. Je suis sans doute mûr pour commencer à marcher seul.

  Réveil dans la brume, beau même si tout est bien humide au réveil, malgré les aboiements des chiens et les cloches des vaches. On a dormi en haut d'un champ au-dessus de Çaro après un repas chaud, luxe ! Agneau, pâtes, tomates, fromages, cerises, vin rouge...

  Les cloches des villages sonnent peut-être 7h.

 

  Hier jeudi, du camping municipal de Saint-Etienne-de-Baïgorry, nous sommes partis vers 9h45. JP est resté, prenant une journée de pause pour se remettre d'une douleur au genou.

  Philippe nous a rejoints de son gîte au départ du GR. Son sac pesait une tonne ! Cédric et moi avons pris un peu de sa charge après ses premiers efforts. Journée très belle encore, sous un fort soleil. Nous avons monté longuement mais assurément un long col duquel Saint-Jean-Pied-de-Port nous est apparu, très beau dans la vallée !

Longue descente également, avec une halte à Lasse où dans sa très belle église nous avons pu boire à satiété, n'ayant plus vraiment d'eau (sept litres bus, pas de recharge en route). A l'entrée de Saint-Jean-Pied-de-Port, nous avons pris le temps de faire les courses au LIDL, de boire bière, limonade, menthe, yaourt à boire...

  Puis nous avons tracé, sacs chargés à bloc des courses, jusqu'après Saint-Jean-Pied-de-Port, à Çaro, pour nous retrouver dans ce champ sur les hauteurs. J'ai estimé à sept heures notre marche sans compter les pauses. Cela m'ennuie ce matin de n'avoir plus l'heure faute de batteries. J'ai juste envie de marcher sans attendre personne.

  Pause longue au bord du ruisseau à Estérençuby. Marché tranquillement, partis tard, après être retournés chercher de l'eau à Çaro. Philippe est bruyant le long du ruisseau, il téléphone, parle fort, difficile de faire la sieste. Du coup, j'ai accepté de boire un café en terrasse pendant que Cédric commençait à dormir un peu...

 

JOUR 8

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (6/19)

Samedi 13 juillet

  Bien marché jusqu'après Bagargiak depuis Ithuramburu, peut-être 7h15 je n'arrive plus à compter. On a randonné avec Thomas, charmant jeune homme qui marche seul, ne restant pas sur le GR, alternant avec le HRP. Mangé une glace au chalet Pedro tous les quatre.

  Là, dans la brume, sous une très fine bruine, dans l'herbe, à bivouaquer avec Cédric, près de la rue qui descend vers Larrau, après un petit plat de pâtes avec un fromage Ossau-Iraty acheté en haute montagne près d'un col.

  Cédric risque de partir vers le 15 juillet voiturer sa fille et sa mère à l'aéroport, ça foutrait un peu le bordel, on verra bien...

 

JOUR 9

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (7/19)

Dimanche 14 juillet

  J'ai installé mon hamac au petit matin dans la forêt, pas loin de ma tente. Je n'ai plus de batterie au téléphone, il doit être bientôt 9h.

  A 6h30 par là, la brume était magnifique sous les montagnes. Elle nous a avalés petit à petit. J'attends que Philippe descende de son gîte et que Cédric se réveille pour nous mettre en route.

  Un point dans le dos me fait souffrir, comme un nerf pincé. On verra si ça tient pour les deux semaines de marche à venir...

Vers 22h

  Belle journée de marche avec des pauses bar, baignades... Vue magnifique !

  Ce matin on est descendu par la variante jusqu'à Larrau où on a bu deux cafés et fait un petit peu de ravitaillement. Nous sommes descendus par  la route à Logibar, deuxième baignade dans une eau limpide, petits plongeons dans 1.70 m d'eau.

On a acheté fromage et saucisson ici et pique-niqué au bord de la rivière. Puis on est remonté au bar, patron très sympa, où on a retrouvé pas mal de randonneurs (6). On a bien parlé, bonne détente. Cédric a décidé de rester avec nous, content !

On était les seuls à repartir marcher vers 17h. Magnifique lieu ! Belle montée jusqu'à la passerelle de Holtzarte, pont suspendu au-dessus de 150m !

 Et on est monté longtemps, jusqu'à 20h peut-être au plateau près du cayolar d'Abarrakia.

Cédric a fait du feu, on a ramené du bois, et il a cuit les pâtes au feu. On a partagé fromages, pâtes, bananes... puis à 22h on a préparé nos tentes, on a pris nos distances, moi près du filet d'eau où j'ai trouvé moins de vent, Cédric sur le plateau et Philippe entre nous deux. J'ai préparé un lit de fougères sous la tente, on va voir si je dors mieux qu'hier...

 Il fait nuit, j'écris à la frontale, à l'ouest les lueurs du couchant disparaissent peu à peu. J'estime à 6h30 de marche cette journée (?). Peu de batteries toujours...

  Demain, on devrait atteindre Sainte-Engrâce, Philippe dormira en gîte et Cédric et moi, un peu plus loin, dans la nature. Penser à faire des courses...

 

JOUR 10

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (8/19)

lundi 15 juillet

  Grande marche du plateau à Sainte-Engrâce. Fromage acheté chez un vieil homme (1.6kg de pur brebis !).

  Détour exténuant jusqu'à l'épicerie à l'autre bout du monde !

Ce soir, on a dîné près d'un ruisseau sur un tombereau avant de chercher un coin pour dormir.

  Demain La Pierre Saint-Martin.

 

JOUR 11

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (9/19)

Mardi 16 juillet

  Journée folle !

  Partis sans Philippe qui cherche une solution pour alléger son sac. Pour combien de jours ?

  Avec Cédric, on est parti vers 9h30 de Sainte-Engrâce, où on a dormi en hamac au cœur d'un défilé. On a très bien marché jusqu'à Arette la Pierre Saint-Martin, paysage minéral d'une beauté ! Ensuite, on a continué sans nos randonneurs habituels. Mais après Pescamou, on a perdu le traçage du GR10. On est monté tout droit par les pistes de ski pour déboucher en haut du télésiège. On a tourné, viré, on a grimpé le pic du Soum Couy à 2400m juste en face du pic d'Anie, magnifique !

  Nous avons ensuite pris par des crevasses incroyables pendant des heures ! Au total, 10h de marche, dont presque cinq heures en étant égarés...

On a trouvé un très beau petit cirque, entre des roches, des grottes et des névés. Au milieu une clairière presque plate. On ne sait plus où on est... Demain, on pense continuer à descendre le plus possible, on verra bien. On finira par croiser une route et faire du stop pour Lescun. Vraiment crevés, il ne nous reste que du pain de mie et du fromage.

Lavé à la neige, très vivifiant et agréable !

  Rempli les bouteilles de neige également.Très agréable à boire et à croquer !

 

JOUR 12

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (10/19)

Mercredi 17 juillet

  Réveil sous la pluie légère. Levé à 7h45. A peine repartis dans la matinée on a repéré un sentier après notre cirque. Et sur le sentier, deux randonneurs ! On a crié pour leur demander s'ils étaient bien sur le GR10 et dans la bonne direction. Ils nous l'ont confirmé. Puis, en les rejoignant, nous avons compris que c'était deux randonneurs que nous connaissions bien : Valérie et Quentin, mariés avant leur départ et en voyage de noces sur le GR !

Arrivés à Lescun avant 13h, acheté de quoi constituer un bon sandwich ! Bu une limonade transvasée dans notre neige, un délice !

  Là, au café, attendant des nouvelles de Philippe, voir où et quand il nous rejoindrait.

  Mon mal de dos a quasiment disparu depuis que je randonne plus léger.

  J'ai cassé mon bâton de bois que j'avais ramassé et taillé dans la boue...

Cédric a envie de récupérer sa voiture et de filer en Espagne faire de grandes courses économiques mais toujours pas de réponse de Philippe...

 

JOUR 13

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (11/19)

Jeudi 18 juillet

  47 ans ! Super nuit après une soirée près du feu à lire Le Temple de Gnide de Montesquieu.

  On a rejoint Philippe à Etsaut à 11h15. Petit resto pour mon anniversaire, sympa, puis 4h45 de forte montée jusqu'au col d'Ayous à 2180m, puis descente au lac de Gentau en-dessous du pic du Midi d'Ossau.

 On a marché avec Jules, bientôt 18 ans, et un allemand dont je n'ai pas bien compris le nom.

  Petit dîner près du lac avant de monter au refuge boire une bière Radik'Ale blonde.

Demain, grande étape encore.



JOUR 14

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (12/19)

Vendredi 19 juillet, 21h passées

  Journée folle !

  Quitté vers 10h le magnifique lac Gentaut. Étrangement, il y a eu très vite de la tension entre nous. Mes deux compagnons parlent, s'engueulent, politique, économique, écologie, rien de très construit ni intéressant, je marche devant, plus calme. On se baigne au lac de Bious-Artigues avec Philippe, Cédric passe sans s'arrêter, juste un petit signe de la main. Puis... on ne l'a plus revu de la journée !

  Pas envie d'en discuter avec Philippe, je pense retrouver Cédric plus tard.

  A Gabas, nous n'avons pas pris la bonne route après le verre bu dans un vieux bar où on a subi les discours anti-ours d'un membre de la famille. Pique-niqué rapidement sur une table en bois le long de la mauvaise route (descente du col du Pourtalet). Un peu de stop jusqu'à la centrale d'Artouste et c'était bon.

Très belle baignade encore ensuite dans les canyons d'Artouste. Puis, dans la montée, Philippe progressait lentement, j'avançais seul. Chaleur !

Manquant d'eau, Philippe a un peu déliré, il croyait avoir compris qu'il y avait une maison avec de l'eau sur le GR, comme lui auraient dit deux randonneurs... Il s'agissait tout simplement d'un filet d'eau qui coulait sur une roche (très bonne eau fraîche). Il a voulu trouver son lieu imaginaire puis probablement bivouaquer au très beau plateau du Soussouéou, très fatigué. Je lui ai dit que je comptais atteindre la Hourquette d'Arre ce soir et que je l'attendrais au lac d'Anglas jusqu'à 15h le lendemain.

  Progressant, je regrettais un peu de l'avoir laissé là, dans cet état.

La montée était rude, je n'avançais plus dans la pierraille ! Onze izards au-dessus de moi, juste avant le col, me regardaient peiner.

Arrivé à la Hourquette à 20h45, j'ai le bonheur de découvrir une cabane de pierres construite en trois semaines l'été 2015. J'entre, des lits de fortune (planches) m'accueillent.

  Je dîne chichement pour conserver un peu de nourriture pour demain matin et midi. Au moment d'allumer ma lampe, rien ! Elle ne fonctionne plus ! Le soir tombe lentement, 21h bien passées. Je m'habille plus chaudement, je prépare ma couche avec application. Je pense à mes deux camarades égarés. La nuit devrait me faire du bien. On verra demain...

Et là, qui vois-je en haut du col ? Philippe ! Je ne pensais pas qu'il aurait la force de monter ce soir ! Il me rejoint et m'explique qu'il est retourné à l'eau des roches, qu'il en a rempli sa besace et qu'il est monté. Il a sifflé plusieurs fois alors pour me prévenir, j'avais bien entendu des sifflements, je pensais aux marmottes que je croisais et à Cédric qui pourrait m'appeler de la sorte. Finalement, on dormira à deux dans la cabane cette nuit... Pas de traces de Cédric. Les messages passent mal. La nuit tombe, on ne tarde pas à s'endormir…

 

 

JOUR 15

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (13/19)

Samedi 20 juillet

  Dans la nuit j'entends crier mon prénom ! Cédric était monté à la Hourquette, chargé comme un mulet ! Il était allé faire des courses en Espagne (en stop puis en voiture) ! Il a marché toute la nuit à la lumière de la pleine lune jusqu'à ce qu'il m'appelle, à 5h du matin !

  Il a porté 20kg de courses plus son sac plus deux grandes bouteilles de coca, dont une disparue dans une pente pierreuse... Il est fou ! En tout cas, coca neige à 5h au réveil, un délice !

  Les trois mousquetaires de nouveau réunis, mais dans quel état ?

21h

Journée reposante. Partis après midi de la cabane. Rencontré avant de décoller une randonneuse très sympa qui finissait le GR dans l'autre sens, seule.

Nous sommes descendus au lac d'Anglas où nous avons bullé très sérieusement. Nous reposions sur une sorte de matelas, d'après Philippe une ancienne protection d'un pylône de la station de ski de Gourette. L'eau y était fraîche mais quel plaisir ! On a fini par descendre quand même à Gourette. Bu au bar deux consommations puis Philippe nous a invités dans sa location d'appartement.

  Bon vin espagnol ramené par Cédric, trop mangé de pâtes, chips, chorizo... On a dormi au chaud, j'ai lavé mon linge, pris deux douches, le luxe ! Même trop mangé, moi qui semble avoir maigri à vue d'œil...

  Pas l'énergie de rédiger mes quatrains ce soir…

 

JOUR 16

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (14/19)

Dimanche 21 juillet

  Dormi dans l'appartement que Philippe a loué. Déjà réveillé, vers 7h. J'essaye d'écrire mes quatre quatrains. Difficile dans la pénombre. J'aimerais partir tôt mais je les connais les deux marcheurs, pas levés...

  Nous sommes partis avec Cédric sur le bon chemin après une erreur de départ à 10h pour le col de Tortes. On y a attendu Philippe plus d'une heure. Le temps d'établir les menus jusqu'à la fin de la rando.

Bien marché ensuite jusqu'au lac d'Estaing. On a dîné devant le gîte de Philippe, les Viellettes, avant.

  Retrouvé Jules sur la route la journée.

 

JOUR 17

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (15/19)

Lundi 22 juillet, 20h

  Très belle étape du lac d'Estaing jusqu'à Ilhéou et à son lac ensuite. Très chaud aujourd'hui. Beau bain au lac. Redescente vers Cauterets, où on a retrouvé Patrick, pas vu depuis Saint-Etienne-de-Baïgorry ? On a pris une bière avec Hubert, officier, coureur dans la montagne qu'on avait croisé à la cabane de la Hourquette d'Arre, Samuel aussi, qu'on croise depuis deux jours, de Capbreton.

  Puis nous avons dîné avec Philippe derrière le fronton, pas loin de son gîte.

  Cédric et moi, comme d'habitude, quittons le village pour trouver un lieu pour bivouaquer, il fait presque nuit. On pense à la forêt au-dessus de Cauterets, à voir…

 

JOUR 18

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (16/19)

Mardi 23 juillet, 8h15

  Bonne nuit en hamac dans la forêt au-dessus de Cauterets. Ni chaud ni froid, pas de moustiques, des rêves même. 17ème jour de marche à venir. Dur normalement aujourd'hui, chaleur et dénivelé prévus...

13h Pique-nique au Pont d'Espagne. Belle chaleur. Au frais près de la cascade.

  19h ? Belle baignade au lac de Gaube, rafraîchissante avec cette chaleur ! Je suis passé par la piste, plus rapide, mais au soleil...

  Puis nous sommes repartis jusqu'au pied du Vignemale, le paysage est incroyable ! On est aux Oulettes de Gaube, on a planté nos tentes Cédric et moi, Philippe dort au refuge, très beau refuge, mais plein comme un œuf !

Cédric m'a offert une bière, je flotte doucement...

  On rejoint Philippe pour notre pique-nique.

  Je n'arrive plus à savoir ce que j'ai préféré comme rando et comme paysage, tellement ce fut beau ! Ici, c'est sûr, magnifique, et puis le lac Gentaut, Iparla, La Pierre-Saint-Martin... bonheur !

  Le soir (21h?) On a lu quelques-unes des Lettres de Montesquieu avant de descendre aux tentes. Toujours étonnant, sensible, moderne, classique, dépassé, riche, précurseur, littéraire, anecdotique, profond, imprévisible. Un exemple de parabole unique en-dehors de la Bible...

  22h ? Pour la première fois nous avons évoqué avec Cédric l'idée de passer Gavarnie et d'aller en Espagne vers le Monte Perdido. Peut-être…

 

JOUR 19

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (17/19)

Mercredi 24 juillet

  Nous sommes partis tôt par rapport aux autres jours des Oulettes de Gaube, à 8h30. Très belle montée à 2700m à côté du Vignemale. Puis passage au deuxième refuge, celui de Bayssellance, à 2600m passés, avant une longue descente jusqu'au barrage d'Ossoue.

  Petite pause sieste en attendant Philippe.

Vers 22h : dernier repas avec mes deux acolytes ! Ils sont partis au gîte à Gavarnie, l'aventure est finie ! Merci à vous deux ! Quel site Gavarnie pour finir !

Ce soir, je suis reparti avec Samuel. On a quitté Gavarnie et on a planté la tente dans un champ duquel flottait un manchon d'air, sûrement pour que les parapentistes atterrissent. Nous ne sommes pas sur le GR10, on verra demain matin. Destination prévue : Luz-Saint-Sauveur. Je viserai peut-être un camping sur place demain soir, histoire de me laver un peu avant de recevoir mes deux amis, Philippe et Maryse, qui devraient venir marcher un peu avec moi et me voiturer vers Toulouse.



JOUR 20

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (18/19)

Jeudi 25 juillet

  Nous sommes partis de bonne heure avec Samuel, 8h, après une bonne nuit réparatrice. On a mis une bonne demi-heure pour retrouver le GR10 depuis le bas de Gavarnie où on était pour dormir.

  De bonnes montées encore jusqu'à environ 1700m. La fatigue accumulée se fait sentir.

  A la pause de midi, après avoir trottiné dans un sentier descendant en forêt, nous nous sommes lavés et nos affaires aussi, dans un ruisseau bien tempétueux et frais. Puis nous avons déjeuné de peu, un bout de pain et un œuf, après les quelques graines de ce matin et les framboises ramassées.

La journée fut longue, difficile avec la chaleur et la dernière montée pendant laquelle Samuel m'a prêté ses bâtons de marche pour que j'essaye, dur, peu efficaces pour l'instant pour moi...

  Nous avons fini en courant dans les dernières descentes jusqu'aux abords de Luz pour nous poser dans le premier bar du premier hôtel venu devant le Tour de France, les attaques de Quintana et de Bernal notamment...

  Après cette pause bienvenue, qui apparemment venait clore 26 à 27km de rando dans la journée, nous nous sommes dirigés vers le camping que connaissait très bien Samuel, le camping des Cascades, pour y être allé en famille skier depuis qu'il a 5 ans. On s'installe et plouf dans la piscine mais malheureusement pour peu de temps à cause de l'orage menaçant... Petites courses pour le soir et pour le lendemain midi. Samuel me montre Luz, très beau, l'église avec ses fortifications, les vieilles maisons, me décrit la crue récente, me présente les propriétaires... Une petite bière, des sandwiches, une autre bière, le périple se termine bel et bien…

 

JOUR 21

De Hendaye à Luz-Saint-Sauveur (19/19)

Vendredi 26 juillet

  Dès 8h30 je salue chaleureusement Samuel et quitte le camping pour retrouver Philippe et Maryse qui viennent de Toulouse marcher un peu avec moi et me ramener. Ils arrivent vers 9h10, on boit un coup, on mange une chocolatine, et on part dans la brume faire un petit bout du GR10 pour que je repère les passages pour l'année prochaine.

  Aux premiers virages à la sortie du village, on retrouve Samuel qui posait des questions aux propriétaires d'une petite maison en bois démontable (Tiny House). Nous marchons finalement tous les quatre entre les premières gouttes pendant deux petites heures et déjeunons au seuil d'une cabane pour nous protéger un peu de la pluie plus fournie.

  Avant de redescendre, je grave le H de mon prénom sur un bouleau. Je salue à nouveau Samuel, cette fois c'est la bonne... Nous redescendons tous les trois vers Luz, la descente est bien glissante.

Nous buvons un dernier coup avant de prendre la route pour Toulouse. Et là j'aperçois Coralie arriver au bar, on avait bien discuté et pique-niqué avec elle il y a deux jours je crois bien, très sympa, randonnant seule depuis que son amie a dû stopper sa marche à cause de son genou.

  Philippe a pris des cols pour rentrer, belles routes que je connais bien, pratiquées en courant quand on ne pouvait pas voler en parapente à cause de la météo (Tourmalet, Aspin). Il voulait prendre Peyresourde également, mais heureusement il m'a écouté, j'étais bien fatigué derrière, et nous avons filé vers Lannemezan...

  Arrivés à Toulouse, tard, tout est étrange ici, voitures, ville, bruits, chaleur, table, lit...

Dans ma tête, défilent les noms et les paysages associés et je sombre dans un lourd sommeil...

(A mon père, qui m'a fait aimer la montagne et la marche)



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07 août 2022

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (10 et fin !)

Samedi 23 juillet 2022

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Nuit étrange et agitée ! Vers 1h20 du matin, des bruits inquiétants pas loin de nos tentes ! Je finis par me réveiller assez pour oser sortir et pointer vers l'extérieur ma lampe. Mon sac s'est déplacé de quatre à cinq mètres ! Panique ! Je me décide à sortir, le récupère et le met dans la tente, persuadé qu'un animal m'a siphonné ma nourriture : saucisson, fromage et pain. J'ai du mal à retrouver le sommeil après ça... Et j'entends encore du bruit, je sors de nouveau la tête, je ne vois ien. J'appelle Gérald et Catherine, Gérald finit par me répondre, je leur dis qu'un animal rôde dans les parages, qu'il s'attaque à nos sacs, il sort, rassemble leurs deux sacs sur la table de bois et se recouche.

Au réveil, je sors de ma tente et vérifie le contenu de mon sac : l'animal (un renard ?) a bien tout dévoré, sans abîmer mon sac, faufilant son museau, crevant le plastique et miam miam !

Les deux randonneurs vérifient leus sacs, l'un a bien été attaqué mais rien ne manque, l'animal a dû abandonner...

Ils me nourrissent pour cette dernière journée ! MERCI !

On part, la chaleur ne tarde pas à monter. On aperçoit la mer assez vite au matin, dans la brume de chaleur. Sensation folle ! Parti depuis 50 jours de Hendaye et je vois la mer Méditerranée ce jour !!!

La journée est étrange : à la fois on voit que c'est la fin, à la fois c'est interminable, le moindre col est pour nous, ils s'amusent à nous faire patienter ! Rien n'a d'importance, résister, la fin, on la touche !

Et ça y est, on entre tous les trois dans la ville ! On cherche l'hôtel, pensant que nous sommes dans le même, erreur ! Maryse a réservé pour mon anniversaire une chambre dans un hôtel 4 étoiles ! Le luxe ! On se salue, se promet de s'appeler pour dîner ensemble ce soir. Maryse vient me chercher en voiture, classe !

L'hôtel est incroyable, thalasso, confort, luxe ! MERCI 1000 fois ! Me reposer, baigner mon corps dans les bulles, le faire suer en sauna et hammam pendant deux jours... piscine exérieure et intérieure, salines...

Le soir, on dîne ensemble, et même à cinq, avec une randonneuse croisée la veille, histoires de rando sur histoires de rando...

50 ans, 50 jours, le GR 10 ! 

Je n'arrête pas de me questionner sur mon prochain périple, y en aura-t-il seulement un ?

Je pense juste à récupérer, je pense aux éditions qu'on a montées, Aux Cailloux des Chemins, si bien nommées après une telle traversée, j'ai juste envie de m'y consacrer les années à venir, que les aventures trouvent une plus petite place entre les impératifs des éditions. 

Je suis comment ? Heureux, vidé, soulagé. Quatre étés pour finir de marcher, des frayeurs, des souffrances, de la joie, le cosmos jour et nuit, la nature, les animaux, les nuages, les lits de fougères, l'amitié sur la route, les lacs, les ruisseaux, les partages, les rencontres, les doutes, les rêves, l'envie de vivre...

Je repense au livre que m'avait offert Christine le 16 juillet 2018 : "Pyrénées La grande traversée" de Christophe Houdaille, aux éditions Transboréal. L'écho que ça avait eu en moi, comme si j'avais oublié que j'avais eu l'intention de les traverser avant de le lire.

Depuis 2014, j'ai commencé à marcher, avec Cédric, Ecosse, puis Corse puis les deux premiers étés de la traversée des Pyrénées. Ma peur sur la falaise, mon sac qui dégringole, la difficulté de marcher avec Cédric, qui disparaît de nuit comme de jour, ma rencontre avec les deux bergers qui m'avaient aidé et conseillé de marcher seul à l'avenir, la vie devant moi, comme un sentier, ce que je ne croyais pas être une quête mais une distraction voire un défi. Platitudes de dire qu'on avance en soi en randonnant mais je l'ai tellement ressenti ! Je suis autre, comme quelqu'un qui peut aller au bout de quelque chose, plus complet, plus libre, moins craintif.

Rentré chez moi, je retrouve ledit livre, je lis la quatrième de couverture, le randonneur a eu 50 ans, il a marché 50 jours, tout comme moi !!! Comme s'il avait été inscrit que je ne pouvais pas finir la rando avant d'être quinquagénaire à mon tour ! Ce ne sont que des signes, ce ne sont que des montagnes, qu'un randonneur, qu'un être humain sur les sentiers, qui retrouve une unité qu'il pensait perdue.

J'écris depuis des mois ma vie en bande dessinée sans dessins, les Pyrénées y prendront leur part, dans un chapitre intitulé "Ma Pyrène". D'autres idées montent, je les entends bruisser, je saurai les accueillir.

Merci à tous ceux qui étaient là, dans ma solitude, dans ma tête, dans mes jambes, les vivants, les disparus et les morts. J'ai marché pour moi mais avec vous, tout du long.

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06 août 2022

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (9)

Vendredi 22 juillet 2022

 

Parti à 6h15 de Las Illas, le plus tôt de ma rando jusqu'alors. Nuit très chaude, endormi sur le duvet à 20h30 ! Belle marche rapide jusqu'au Perthus. Un tour au premier supermarché espagnol et vite reparti de cette drôle d'ambiance commerçante et bruyante ! Monté jusqu'au col de l'Ouillat dans une grande chaleur. Retrouvé deux randonneurs très sympas. On va faire la sieste et repartir ensemble pour La Tagnarède, histoire d'avoir ça en moins à marcher pour arriver au terme de notre rando demain : Banyuls ! Ils m'ont très gentiment invité : glaces et café en terrasse de ce chalet des Albères, tenu par le frère de la restauratrice de Las Illas, qui nous a offert à son tour une Manzana !

La randonneuse est directrice d'école et connaît ma belle-soeur par mail académique ! Et lui, journaliste et connaît mon collègue d'anglais qui écrit des articles culturels à La Dépêche ! Plus de 25km en 6h de marche (+ 1h de pause).

On a continué avec Catherine et Gérald, les deux randonneurs toulousains, très sympas pour finir la journée à 29km. Bien crevés, hâte d'arriver, plus que 17km jusqu'à Banyuls !

On a rouvé un petit coin pour dormir, sous la source de la Tagnarède, alors que grondait l'orage depuis un long moment. Repas du soir sur table en bois, bien agréable de s'asseoir confortablement pour manger et discuter ! Couchés très tôt encore, vive la fatigue !

 

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05 août 2022

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (8)

Jeudi 21 juillet 2022

 

Vers 18km prévus ce jour, faisable, mais grande fatigue après sept jours de marche, cette chaleur et ce petit problème de santé. J'espère bien tenir pour les 65km qui restent jusqu'à Banyuls.

Peut-être Maryse m'y rejoindrait vers le 23 juillet pour deux jours de vacances bien méritées.

Partir tôt demain pour marcher davantage et plus au frais.

Arrivé tôt à Las Illas, vers 15h. Dame très sympa au restaurant. Revu Paul qui a fait Arles-sur-Tech - Las Illas d'une traite ! On a bu un coup ensemble puis l'ai laissé à son gîte pour bivouaquer dans ce village, grande aire prévue à cet effet, ainsi qu'une douche extérieure et des toilettes ! Grand luxe ! 

Sous la douche, j'ai découvert mon gros orteil droit tout gonflé d'une ampoule non percée. J'espère que ça tiendra. Quant à ce qui semblait être une infection urinaire, ça se calme, ce qui me soulage bien !

La rando ne fut pas trop dure après le départ du camping de la Fargassa d'où je suis finalement parti vers 7h15. Que de la forêt, deux bons cols, sinon très roulant. Un peu pénible, on ne voyait rien que les bois mais le grand avantage est d'être demeuré à l'ombre quasiment toute la journée. 

Vu une sorte de puits romain très étonnant nommé "pou de neu", je crois, pas bien compris.

Demain matin, départ tôt, le Perthus est loin et le parcours bien sec apparemment. La sieste en forêt m'a fait un bien fou après déjeuner vers midi ce jour. Demain, pas évident de faire la même chose sur le parcours.

Paul marche seul exclusivement, je n'ai pas insisté pour marcher avec lui demain. J'ai lavé toutes mes fringues, même mon short de rando pour la première fois. Eu Christine au téléphone, ça fait du bien d'entendre une voix amie !

 

 

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04 août 2022

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (7)

Mercredi 20 juillet 2022

 

Au petit déjeuner, j'ai retrouvé Valérie. Paul, lui qui marche six mois (Saint-Jacques-de-Compostelle + GR 10 Hendaye-Banyuls + Nice -Léman !), sur le départ, a été malade cette nuit (vomi lui aussi). Elle et moi avons pris le petit déjeuner avant de partir vers 8h30 pour Arles-sur-Tech, en moins de 3h. Pas facile de faire nos adieux à ce lieu et à ces gens incroyables !

Supérette, pique-nique à la rivière d'Arles, me laver et mon linge, chouette discussion ouverte et libre avec Valérie et j'ai repris le GR 10 quand ellle téléphonait à son compagnon, avant de chercher le HRP.

Chaleur à peine supportable en quittant le couvert de la rivière ! Air chaud, étouffant ! Long trajet entre forêt et plaines, quelques petits cols, jusqu'au camping du mas de la Fargassa. J'ai dû me reposer une heure sur le hamac avant, après déjeuner, bien fatigué, à l'ombre d'une forêt bien accueillante. Au camping, naturel..., tenu par des allemands (je crois). Je pense avoir reconnu celle qui m'a accueilli, une allemande qui faisait l'école à la maison il y a ? 15 ans ? Pas sûr, on ne se comprend pas bien.

Petit endroit de paradis ! Baigné dans la rivière d'une beauté ! Puis douche solaire (brûlante, impossible à régler !), toilettes sèches, installation, écriture sur une petite table à côté de ma tente, tranquille ! J'ai juste un petit problème de santé, comme une incontinence brûlante ! Impossible de me retenir d'uriner, une urine très sombre et courte, douloureuse.

La cloche sonne à 20h30 quand je me sens déjà m'effondrer dans le sommeil, après m'être balancé dans un hamac et supprimé des photos de mon téléphone trop plein, je me couche encore avant 21h, avec une bouteille vide en cas de problème urinaire. Je n'entends plus les voix allemandes ni hollandaises, grand sommeil dans le jour pas encore parti.

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03 août 2022

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (6)

Mardi 19 juillet 2022

 

Levé tard ! Le pied ! Parti à 10h10 après lavé mes fringues et mon corps à la petite fontaine du refuge.

Hugo a essayé de convaincre Florian de monter le Canigou malgré son vertige, j'espère qu'ils y parviendront.

Midi passé. Grande discussion avec un théologue prostestant au refuge des Cortalets, autour de la poésie, de la littérature, de la religion et de l'enseignement. Etrange, il vomit ce qu'il mange en montagne. Le prix des sandwiches me paraît trop élevé, je prends mes affaires et déjeune un peu plus loin, à l'ombre.

Très chouette rando ensuite, paysage roulant, petit vent frais pour la première fois pour finir ! Arrivé à 19h au refuge de Batère, bien crevé ! Sur la terrasse du refuge, j'ai retrouvé Paul et une autre randonneuse que je n'avais pas encore vue : Valérie, 31 ans, très sportive et sympa !

Vu un faon ce jour et hier un autre et sa mère. J'ai fait une sieste à Estanyol, bien assommé par la chaleur et la fatigue, dérangé par deux randonneurs bavardant fort. Je suis reparti et de les savoir derrière, j'ai accéléré le pas jusqu'au refuge de Batère.

19h30, fini mon jus de pomme, je m'apprête à chercher l'aire de bivouac pas loin du refuge quand Valérie m'invite à boire un verre, je refuse puis j'accepte. J'entends les gérants du refuge nous inviter pour un dîner impromptu : des bergères montent très bientôt avec la brebis tuée et cuisinée ce jour. Après mon rapide dîner de popote sur leur terrasse, je les vois arriver, chargés de plats, les deux bergères, un mec et une jeune stagiaire. Les amis des gérants du refuge sont là, on est une douzaine, et nous voilà à ripailler, brebis, frites maison et légumes, plats délicieux et vins forts ! Et pour finir, Génépi ! Incroyable, servez-vous, servez-vous ! Cela n'arrive jamais d'être invités ainsi ! Bien échangé avec une comédienne de théâtre, un prof d'Amérique du Sud, sa compagne, jeune mère, informaticienne, Robin, le cuistot, Morgan le gérant, et Alexandre (je crois), ancien prof, toujours dans l'éducation nationale, qui n'arrive plus à quitter les lieux depuis plus d'une semaine, aidant au refuge et mangeant et dînant avec ses amis.

A minuit, j'ai tenté de partir, Alexandre (sauf erreur) m'a proposé de dormir dans son énorme tente chapiteau, j'ai accepté, un peu trop fatigué pour planter la mienne en pleine nuit... Il m'a donné des boules Quiès pour que je puisse résister à ses ronflements, et j'ai dormi profondément jusqu'à 7h...

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02 août 2022

De Mérens-les-Vals à Banyuls-sur-Mer (5)

Lundi 18 juillet 2022

 

J'ai 50 ans ! Voilà ! ...

On descend de Mantet à Py et croisons une foule de randonneurs très sympas que je risque de recroiser ce soir au refuge de Mariailles. 

Gaspard s'en va, bus et train à 13h, et je commence mon aventure tout seul. 10h45

Les adieux avec Gaspard furent forts, très émouvants ! Fou comme la montagne lie les êtres !

Reparti seul, pour le refuge de Mariailles, où je suis arrivé tôt, 15h. Glace aux framboises excellente et n'ayant pas vu Paul ni les autres randonneurs et randonneuses, j'ai repris le cheminement.

Horreur de traverser les éboulis de pierres pendant des heures ! Passer le col aurait été bien plus simple, moins long et moins douloureux que faire ces tours incompréhensibles, nord, sud, est, ouest, autour du géant du Canigou !

Arrivé presque épuisé au refuge non gardé de Bonne-Aigue à 20h30, en râlant, criant seul sur le chemin, jusqu'à ce que je voie que deux jeunes randonneurs installés au refuge, bien surpris de me voir arriver si tard ! Hugo et Florian étaient très sensibles et touchants. Nous avons parlé jusqu'à tard d'autisme Asperger, évoquant du cas de mon fils et de celui de Hugo qui s'est présenté tel également. Florian, surpris de notre discussion, s'est joint à nous, on a poursuivi nos échanges, autisme, littérature, vie, philosophie, sous le ciel nocturne que j'ai enfin pu voir, contrairement aux autres soirs où je m'effondrais bien avant ce dévoilement ! Couché vers 23h dans ce refuge magnifique, dormi comme un loir !

 

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