Sine linea

23 novembre 2017

Vrac (être poète) (74)

Être poète, c’est regarder partir les autres à travers le verre securit de nos yeux.

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mon nom enfin affiché

     Je ne m'y attendais plus, toutes ces années à attendre, à la fin, vous n'y croyez plus, vous oubliez presque avoir attendu cette chimère. C'est comme si vous disparaissiez avec elle. Il y a un coeur des illusions et une fois ce coeur atteint, il disparaît pour toujours. Ce matin, enfin, comme dans un rêve, derrière le reflet des vitres, dans la brume encore, même face à nous on ne peut en saisir l'ampleur. C'est son nom, c'est mon nom qu'on voit, que je vois, la police de vos lettres vous semble plus grosse, imposante, comme si aucun des passants ne pouvait l'ignorer, les capitales de vos lettres encerclent les regards, la ville en parle déjà, vous existez aux yeux des autres sans y être, dans l'abstraction que vous poursuiviez en vain. Mon nom, qui sort de la brume, qui rompt les reflets, enfin affiché. L'objet disparaît même derrière le nom, sa nature propre s'évanouit dans vos lettres.

     J'existe au-delà pour la première fois, j'existe ce matin, en découvrant mon nom sur les deux poubelles neuves que la mairie a mises à ma disposition. Je n'aurai plus à me cacher pour jeter mes ordures. 

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22 novembre 2017

Vrac (être poète) (73)

Être poète, redondance ?

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21 novembre 2017

Vrac (être poète) (72)

Être poète, c’est être seul droit au milieu des morts,

à sentir le vent baigner les rêves.

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20 novembre 2017

Vrac (être poète) (71)

Être poète, c’est entrer dans une médiathèque,

choisir un disque de jazz au hasard,

jouer, jouer avec eux.

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trois jours sept ans (1)

ce jour

je t'arrête sur le boulevard

celui de la gare

les enfants derrière ne savent rien

personne ne sait

que toi moi et lui

que tu vas le rejoindre

on parle comme si

je respire encore un peu

devant ce magasin de photocopies

je freine et stoppe

tu me demandes de poster une lettre importante

aujourd'hui je ne sais plus ce que cela pouvait bien être

quelque chose contre nos dettes

je ne parviens pas à prendre l'enveloppe

à imaginer acheter quelque part un timbre

à la glisser dans une boîte

tu ne me demandes pas grand-chose

poster une lettre

mais je sais que je ne pourrai pas le faire

tes yeux s'arrêtent une dernière fois dans les miens

ce n'est pas pour me dire que l'on sauvera nos années ensemble

qu'on sera forts

que tu ne le rejoindras pas

il est juste question de cette lettre dans ton regard

tu es dépitée que je ne parvienne même pas à la saisir

cela fait bientôt sept ans

je ne parviens pas à grand-chose depuis

dans notre voiture

les enfants à l'arrière qui attendent d'être enfin à la piscine de nos amis

devant ce magasin de photocopies

tu ne viendras pas avec nous

tu prendras ce train tout est fini

tu descends

l'air manque

je ne peux plus parler

je te regarde de dos

ton petit sac

tes pas pressés

l'enveloppe à la main

tu ne te retournes pas

je te regarde partir

pas de mots

le pathétique m'étouffe

il me faut conduire une heure

j'entends les mots s'enfoncer un par un

j'ai fait demi-tour sur le canal

les enfants ne posent pas de questions

tu pars trois jours

je ne sais plus ce que tu leur as dit

tu pars pour trois jours qui feront bientôt sept ans

je n'ai pas ce truc qu'ont d'autres

parler au bon moment

exploser pleurer réagir

je suis dans un vieux film muet

les couleurs chutent

les oreilles bourdonnent

comme quand il me faut écrire avant de tomber

quand je tape sur les touches en pleurant

tu les as embrassés un par un

tu es descendue

un été complet que tu attends de le rejoindre

que sur l'oreiller tu pleures

tu m'as dit tout l'été toutes les nuits que tu allais le rejoindre

et tu y vas

j'ai dû prononcer une phrase qui t'a permis de te l'autoriser

j'ai dû arrêter de fuir

tu n'as pas lu mes lettres

je les ai jetées par la fenêtre

personne ne les a ramassées d'autre que le vent

personne les a effacées d'autre que la pluie

je roule

chaque minute je t'imagine

dans la gare

dans le train

à Foix

dans ses bras

tu as dû arriver en même temps que nous chez nos amis

ils savent que tu ne viens pas

je ne sais plus quel mensonge on leur a dit

le paysage a dû défiler

la musique couvrir un peu le moteur

je n'ai que cette pensée bloquée dedans

la langue et les mots mordus

la voiture nous roule

 

 

 

 

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19 novembre 2017

Vrac (être poète) (70)

Être poète, c’est entendre dans le pavillon de l’amie crier le sable.

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18 novembre 2017

Vrac (être poète) (69)

Être poète, c’est, dans un souffle court, annuler l’écho.

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si cruel Guy !

     Fini au propre l'adaptation de ma septième nouvelle de Maupassant, d'une cruauté rare ! Bien content de l'ambiance ! Tout coulait de source... Reste à rédiger le dossier de présentation, demain...

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17 novembre 2017

Vrac (être poète) (68)

Être poète, c’est noyer son étymologie.

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