Sine linea

18 septembre 2019

temps de récession

     Et aujourd'hui, je découvre un poète américain, très précis, sensible, "objectiviste" :

George Oppen. (traduit pas Yves di Manno)

 

A cette distance pensant vers toi

Le temps est une récession

 

Mouvement de peu d'importance

Qui ne te rencontre pas

 

Sauf que le pouls accumule un passé

Et que ton pouls le sépare doublement.

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Robert et Knut

     Et je découvre à suivre que Robert Walser a écrit un poème au nom de Hamsun, un des mes écrivains préférés !

Extrait :

"Le saurais-je vraiment ou pas, si une telle

description de paysage est de l'art,

je lisais à l'époque pour la première fois

La Faim et cet autre élégant, captivant

petit roman dont le titre était Pan.

Cette littérature glissait à ma rencontre

presque comme un cygne de légende."

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Walser encore

Leurre

 

A nouveau lasses, les mains,
à nouveau lasses, les jambes,
obscurité sans fin,
je ris si fort que les murs
pivotent mais c’est un leurre
et je mens, car je pleure.

 

Trug

 

Nun wieder müde Hände,
nun wieder müde Beine,
ein Dunkel ohne Ende,
ich lache, daß die Wände
sich drehen, doch dies eine
ist Lüge, denn ich weine.

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encore dans la chambre

     J'ai découvert la semaine dernière les poèmes de Robert Walser, délicats, fragiles et sensibles. Il était pourtant bien jeune alors...

Wie immer


Die Lampe ist noch da,
der Tisch ist auch noch da,
und ich bin noch im Zimmer,
und meine Sehnsucht, ah,
seufzt noch wie immer.

Feigheit, bist du noch da?
und Lüge, auch du?
ich hör‘ ein dunkles Ja:
das Unglück ist noch da,
und ich bin noch im Zimmer
wie immer.

 

Comme toujours

 

La lampe est encore là,

la table aussi, est là,

et je suis encore dans ma chambre,

et mon désir, ah,

soupire encore, comme toujours.

 

Lâcheté, es-tu là ?

Et toi, mensonge, aussi ?

J'entends un sombre oui :

le malheur est bien là,

et je suis encore dans ma chambre,

comme toujours.

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11 septembre 2019

je n'ai plus de ville, dixit Max

     Au rayon des découvertes, un poète belge pour changer, Max Elskamp...

Extrait :

Je n'ai plus de ville, Elle est soûle

Et pleine de coeurs renégats,

Aux tavernes du Golgotha,

J'en suis triste jusqu'à la mort ;

Je n'ai plus de ville, Elle est soûle. (...)

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au trou

     Autre olibrius trouvé sur le même étal de mon ami libraire, inconnu de moi encore !

     Jean-Pierre Verheggen, Ridiculum vitae, précédé de Artaud Rimbur :

     Au fond, Artaud a raison. C'est d'la viande, la langue ! D'la viande puante ! D'la viande qu'on a au trou ! Au trou qu'on pense ! Qu'on a entre les jambes ! Au trou qu'on naît ! Qu'on n'connaît pas ! Qu'on a, comme qui dirait, au connat ! Qu'on a cachou ! Caché entre nos deux genoux !

     C'est tout !

     C'est là ! (...)

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mottes X 3

     Toujours dans la librairie d'occasions de mon adolescence, je découvre des livres et des auteurs inconnus ! Plaisir !

 

Ana Tot, mottes mottes mottes :

 

la pomme

 

la pomme est accrochée à la branche

ou posée sur une table

la tête est posée sur le tronc

comme une unique pomme

qui tombe vers le ciel

ou bien la tête est ailée

s'envole et ne tombe pas

le tronc penche

le corps penche

tout tombe et ne tombe pas

le temps de se désagréger

tout peut encore

ou ne pas

tomber

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Pour ce que faible je me sens

Pour ce que faible je me sens

Trop plus de biens que de santé,

Tant que je suis en mon plein sens,

Si peu que Dieu m'en a prêté,

Car d'autre ne l'ai emprunté,

J'ai ce Testament très estable

Fait, de dernière volonté,

Seul pour tout et irrévocable, (...)

Poésies, Villon

("Parce que je me sens faible beaucoup plus de biens que de santé, tant que j'ai toute ma raison, si peu que Dieu m'en a prêté, car je ne l'ai emprunté à personne d'autre, j'ai fait ce Testament, définitif, expression de ma dernière volonté, seul valable pour l'ensemble, et irrévocable, (...)", Jean Dufournet)

 

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08 septembre 2019

J'aurais pu...

     Tourner les pages des autres plutôt que les siennes, plus lourdes, comme des portes à peine manipulables. Ces grincements, ces résistances !

 

Extrait :

 

"J'aurais pu

ne pas être là ce matin

à scruter la nuit

dans la clarté du jour

à confondre ma petite tragédie

avec elle, incommensurable

du monde

à gratter, à gratter du papier

au lieu de souffler, souffler

dans la trompe gigantesque de la colère

jusqu'à ce que mes poumons éclatent"

 

Abdellatif Laâbi

 

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Buko

     Les mêmes poèmes toujours, les mêmes livres que je saisis, et les mêmes surprises parce que le cerveau s'amuse à oublier pour mieux percevoir...

Bukowski, L'amour est un chien de l'enfer

 

a poem is a city filled with streets and sewers
filled with saints, heroes, beggars, madmen,
filled with banality and booze,
filled with rain and thunder and periods of
drought, a poem is a city at war,
a poem is a city asking a clock why,
a poem is a city burning,
a poem is a city under guns
its barbershops filled with cynical drunks,
a poem is a city where God rides naked
through the streets like Lady Godiva,
where dogs bark at night, and chase away
the flag; a poem is a city of poets,
most of them quite similar
and envious and bitter …
a poem is this city now,
50 miles from nowhere,
9:09 in the morning,
the taste of liquor and cigarettes,
no police, no lovers, walking the streets,
this poem, this city, closing its doors,
barricaded, almost empty,
mournful without tears, aging without pity,
the hardrock mountains,
the ocean like a lavender flame,
a moon destitute of greatness,
a small music from broken windows …

a poem is a city, a poem is a nation,
a poem is the world …

and now I stick this under glass
for the mad editor’s scrutiny,
and night is elsewhere
and faint gray ladies stand in line,
dog follows dog to estuary,
the trumpets bring on gallows
as small men rant at things
they cannot do.

 

un poème est une ville remplie de rues et d’égouts
remplie de saints, de héros, de mendiants, de fous,
remplie de banalité et de bibine,
remplie de pluie et de tonnerre et de périodes de
sécheresse, un poème est une ville en guerre,
un poème est une ville demandant à une horloge pourquoi,
un poème est une ville en feu,
un poème est une ville dans de sales draps
ses boutiques de barbiers remplies d’ivrognes cyniques,
un poème est une ville où Dieu chevauche nu
à travers les rues comme Lady Godiva,
où les chiens aboient la nuit et chassent
le drapeau : un poème est une ville de poètes,
la plupart d’entre eux interchangeables,
envieux et amers…
un poème est cette ville maintenant,
à 80 kilomètres de nulle part,
à 9 h 09 du matin,
le goût de l’alcool et des cigarettes,
pas de police, pas de maîtresses, marchant dans les rues,
ce poème, cette ville, fermant ses portes,
barricadée, presque vide,
mélancolique sans larmes, vieillissante sans pitié,
les montagnes rocheuses,
l’océan comme une flamme lavande,
une lune dénuée de grandeur,
une petite musique venue de fenêtres brisées…

un poème est une ville, un poème est une nation,
un poème est le monde…


et maintenant je colle ça sous verre
pour que l’éditeur fou l’examine de près,
et la nuit est ailleurs
et les dames grises indistinctes font la queue,
les chiens suivent les chiens vers l’estuaire,
les trompettes font pousser les gibets
tandis que de petits hommes enragent contre des choses
qu’ils n’arrivent pas à faire.

Posté par herve le derve à 21:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]