Sine linea

22 juin 2017

L'Homme qui plantait les arbres, Giono (10)

     Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

     Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d’insistance dans mes questions puisqu’il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n’y avait rien auparavant.

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21 juin 2017

L'Homme qui plantait les arbres, Giono (9)

     La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l’impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m’était pas absolument obligatoire, mais j’étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d’eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.

     Je remarquai qu’en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d’environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l’endroit où je me tenais. J’eus peur qu’il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c’était sa route et il m’invita à l’accompagner si je n’avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.

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20 juin 2017

L'Homme qui plantait les arbres, Giono (8)

     Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l’église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.

     Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l’un après l’autre avec beaucoup d’attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l’aider. Il me dit que c’était son affaire. En effet : voyant le soin qu’il mettait à ce travail, je n’insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s’arrêta et nous allâmes nous coucher.

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19 juin 2017

ne pas attendre

c'est un souffle à contrôler

sans annoncer la couleur

trouver sans chercher

vivre une seconde fois

par les mots

d'une nature hybride

à côté de soi

dans un autre repli

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doucement...

     Encore une bande dessinée lue, convenable, et deux pages adaptées, planche 18 maintenant... j'en suis peut-être à un sixième du projet... Il est possible que je finisse d'ici septembre...

     Quant à l'adaptation de Maupassant pour proposer à un dessinateur précis, il est en cours de traduction en anglais, j'espère pour fin juin...

 

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Bruce Lee et autres souvenirs

     Je rajoute à mes lectures Mes années 80 de Sean Chuang : ses souvenirs de jeunesse à Taïwan, bien ! Avant de retourner à mes pages...

http://www.bdencre.com/wp-content/uploads/2015/02/mes-annees-80-1.jpg

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lu ces 24h, loin du Mans et des échecs

     Je n'ai pas touché aux échecs depuis ma résolution de vendredi soir. J'en regarde encore pour comprendre comment je ne pourrai pas m'en éloigner complètement. Je sens les choses se remettre en place pour re-composer un être toujours incomplet, en appétit de tout, amateur de la vie écrite, dessinée, chantée, jouée des autres. Les poèmes saturniens sont relus doucement, sorte de souvenir désenfoui, désuet, rimes lourdes par moments et des envols par d'autres, comme une frontière poétique, l'ancien et le nouveau contenus. A la suite de la fête de samedi, vins et fromages, je découvre les bandes dessinées et mangas prêtés par mon collègue, en même temps que Les Années d'Annie Ernaux que j'ai eu le bonheur de dénicher à Emmaüs, ses phrases sans points, libres souvenirs questionnant l'être et le temps, j'épouse le rythme de chacune de ses périodes, souffles mêlés, marche identique. Et puis, Les Maîtres, un manhwa de Lee Ji-Woo m'a laissé froid en revanche, virtuose du dessin à nouveau, mais je m'égare à grande vitesse dans son récit barré mais plat, dans ses créations visuelles que je ne saisis pas vraiment... Je continue de piocher dans Mishima en parallèle, chaque mot comme un joyau dans mes nuits, et je tombe de haut en découvrant Goggles de Testsuya Toyoda ! Des nouvelles courtes dessinées, touché au coeur, les vies doucement vues et délivrées, entre Proust et Taniguchi ! On peine à voir disparaître les protagonistes tant nous en sommes proches en trois ou quatre pages mais on se remet vite avec les nouvelles tranches de vie découpées tendrement... Annie Ernaux est là, à remonter le temps en compagnie de Tetsuya Toyoda et moi. Depuis la réponse négative du grand dessinateur, je sais que je dois continuer d'écrire, j'y crois comme à chaque fois. Ce n'est pas un travail mais un état, écrire. Des échos confirmeraient que j'avais bien quelque chose à dire, mais en attendant, continuons...

     Et puis, et puis, je découvre... comment ne l'avais pas connu avant ? l'incroyable Oklahoma Boy de Thomas Gilbert ! Indescriptible ! Force, folie, on en veut encore ! Je cherche un peu, il est français, 33 ans, force ! Les premières pages, je me suis retrouvé plongé dans l'univers de Guillaume Chaudieu, tout le monde l'a oublié, internet compris... compagnon de route aux Editions Personnelles de Stéphane Pêtre, pas oublié sur google lui, actif même, plaisir à voir, siècle dernier à Toulouse.

     Je ne mettais plus d'images en ligne, lent, long, mais ce matin, j'ai envie !

http://www.bdgest.com/prepages/Planches/1515_P15.jpg

Les Maîtres de Lee Ji-Woo

 

Résultat de recherche d'images pour "goggles toyoda"

Goggles de Testsuya Toyoda

 

https://www.images-booknode.com/book_cover/579/full/oklahoma-boy,-tome-2---iron---flesh-578603.jpg

Oklahoma Boy de Thomas Gilbert

https://bdsnews.files.wordpress.com/2010/01/marbot-t4-pl.jpg

Marbot de Sthéphane Pêtre

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L'Homme qui plantait les arbres, Giono (7)

     Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là ; le village le plus proche était encore à plus d’une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flancs de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l’on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d’une rudesse excessive, aussi bien l’été que l’hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L’ambition irraisonnée s’y démesure, dans le désir continu de s’échapper de cet endroit.

     Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancœurs.

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18 juin 2017

L'Homme qui plantait les arbres, Giono (6)

     Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé ; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu’il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.

     Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu’il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.

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17 juin 2017

adaptation lente

     Paralysé par la vie, j'ai moins écrit cette semaine. Hier dans la nuit, j'ai décidé de ne plus jouer aux échecs en ligne, j'ai tenu ce matin, j'ai fait mon ménage à fond, j'ai lu, j'ai regardé les autres jouer en ligne un peu c'est vrai, fait des courses, et ai repris l'adaptation en bande dessinée de mon roman, j'en suis à la planche 16, j'avais pensé à une centaine de planches mais je crains que comme la dernière (124 planches je crois), ça va être plus long, je pense 135...

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