Sine linea

11 mai 2020

toujours Antonin A.

Là où d’autres proposent des oeuvres je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit.
La vie est de brûler des questions.
Je n’aime pas la création détachée. Je ne conçois pas non plus l’esprit comme détaché de lui-même. Chacune de mes oeuvres, chacun des plans de moi-même, chacune des floraisons glacières de mon âme intérieure bave sur moi.

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10 mai 2020

en sommeil

il y a longtemps que la nuit de ta main

n'a pas éclipsé ce qui restait encore de moi

je ne m'en étonne que maintenant

comme si ressentir n'avait plus l'heur d'être au monde

 

le mur de pierres sèches écroulé

le puits oublié sous les joncs

demeurent les dernières images

de ce qui ne faisait qu'un de nous deux

 

nos enfants sont les fruits de ces vieux rêves

ils marchent sur nos paupières au moment du sommeil

nous ne savons même plus où ils dorment à leur tour

même plus s'ils dorment ou s'ils se souviennent qui nous fûmes

 

 

 

 

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07 mai 2020

Traits et figures de Pierre Reverdy

     Une éclaircie avec du bleu dans le ciel ; dans la forêt des clairières toutes vertes ; mais dans la ville où le dessin nous emprisonne, l'arc de cercle du porche, les carrés des fenêtres, les losanges des toits.

    Des lignes, rien que des lignes, pour la commodité des bâtisses humaines.

     Dans ma tête des lignes, rien que des lignes ; si je pouvais y mettre un peu d'ordre seulement.

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06 mai 2020

La cinquième internationale de Vladimir Maïakovski (12)

Je profite de l'occasion

pour aller examiner d'un peu plus près

les pôles.

Je me penche si bas

que le froid

tire mon nez comme un radis.

 

Dans ce monde blanc,

luisant de neiges,

je vois les Cooks

et les Peerees.

Ils doivent lutter pas à pas

pour planter un petit drapeau

au hasard

dans le nombril de la terre.

Je les regarde avec mépris

En me cognant presque le nez contre les taches arctiques.

Moi

des pôles

je pourrais en découvrir et en refermer

 

par douzaines.

Je frotte les glaçons de mes joues gelées.

Je me redresse.

Je dévisse encore un peu.

Sous moi

voici une moitié du monde

toute ronde -

Les océans coulent de l'hémisphère.

De loin,

tout à fait l'aspect d'une orange,

mais l'une est jaune

l'autre bleue.

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La cinquième internationale de Vladimir Maïakovski (11)

Je fais un tour à fond

et je regarde ahuri.

A l'horizon le Japon,

l'Australie,

l'Angleterre...

Mais ce ne sont plus que du menu fretin.

 

Je suis quelqu'un de terriblement curieux. Depuis l'enfance.

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La cinquième internationale de Vladimir Maïakovski (10)

La Suisse,

bardée de sa cuirasse de montagnes.

L'Italie...

Sa petite botte au second plan...

Et déjà dans le brouillard :

L'Espagne...

Les Espagnols.

Et puis l'océan - et plus d'Espagnols.

 

Je tourne mon cou d'un demi-tour.

Derrière mon épaule,

faisant claquer ses glaciers,

c'est l'Inde de bronze.

Elle se lève pour combattre.

Elle affûte ses rayons contre les monts Himalayas.

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05 mai 2020

La cinquième internationale de Vladimir Maïakovski (9)

Je vois passer

des débris qui traînent après la guerre :

Les Lithuanies,

Les Lettonies

et autres copeaux politiques.

Avec sa masse de corps mutilés, tordus jusqu'à l'os,

l'air sombre,

accablé,

écrasée par les cachets de cire de Versailles,

l'Allemagne travaille à se racheter au fond de la Rhur.

Sur la grande route de l'Europe,

sa mâchoire brisée

bandée avec le traité de Versailles,

un couteau

serré entre les dents, tout hérissé,

le zouave français monte la garde. 

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La cinquième internationale de Vladimir Maïakovski (8)

Dans l'air

la voix du passé

donne au vent des tons de basse.

On croit voir

au-dessus d'une armée de nuages en tumulte

avec des moustaches de rayons,

d'énormes têtes de Tarass

Boulba.

Je tourne encore

et déjà

l'oeil

court

au-delà des frontières russes.

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04 mai 2020

La cinquième internationale de Vladimir Maïakovski (7)

Comme tout cela est remarquable !

 

   Une mappemonde c'est pas mal. Une carte en relief c'est mieux. Mais ici c'est de la géographie vivante. Le fleuve Terek frémit comme une veine sur la tempe du mont Darial. La Volga miniature a des reliefs de papier d'argent.

 

Le ciel aquarellise le cristal du petit Ararat tantôt en rose tantôt en bleu.

 

Et puis mon rêve m'a emporté - je n'y ai pas tenu.

 

 

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La cinquième internationale de Vladimir Maïakovski (6)

Je dévisse encore !

 

Tandis que je cherche la rue Vodopianyi

Moscou s'est voilée de brouillard.

Le serpent de l'Oka passe

et s'enfuit.

 

L'horizon fronce ses sourcils de forêt.

Je dévisse.

Les campements d'Ilya Mouromets

sont déjà hors de vue.

Vers les trois mers

l'espace

est droit et entêtant.

La Volga,

au milieu le Don,

et à droite les zigzags énormes du Dniepr.

 

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