Sine linea

16 septembre 2016

kakkerlakken ou la vie normale

En reposant après minuit la somme achevée de Dantec, j'ai pensé deux secondes que j'avais le droit de reprendre une vie normale. M'alitant, me tournant, me tourmentant, la vie normale, la vie normale, oui bon, bien joli ce rien, la vie normée dans son cercueil quotidien... Et les images me reprennent, tournoyant dans cette ombre de sommeil, ma vie normale comme un bouchon sauté du gaz, les crevasses de mes peaux mortes, les 1,5 tonnes que je soulève chaque soir pour croire que rien ne tombe, les couples nus qui jouent aux estampes japonaises dans l'oeil bleu alité de l'écran sur mes genoux, les papiers du divorce étalés priant la bourrasque définitive, les trois brugnons qui discutent avec la carotte devenue molle et grise sur leur étage réfrigéré commun, mes idées sans vie échouées au bord des traitements de texte, mes cours sans queue ni tête dispensés à l'avenir du pays quatre fois moins vieux que moi, les trois banques de qui je me trouve constamment débiteur, les femmes qui ne dansent plus sur ma poitrine, mes enfants avalés par l'écran, les 11 710 parties d'échec jouées en 360 jours leur répondant, les films comme des perles digérés dans les salles moins obscures que le reste, la blatte que je noie dans le gaz mi-eau gelée qui sort de la bouteille fluorescente où brille en lettres d'or "kakkerlakken", la feinte des larmes ravalées, les mots creux échangés avec mes morts, la pluie sale qui nous lave, l'incapacité de distinguer entre les grincements de mes folles pensées et la respiration de l'ordinateur, l'assoupissement de ma vie pour en accueillir l'arrêt sans trop de drame, les voitures frôlées du rodéo du travail, les mots des autres à ma vie mêlés, "l'homme parfait est sans moi...", et j'en passe, j'en passe des mots, des miens et des autres...  

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12 septembre 2016

garde-la

"je vous apporte la peste"

aurait dit le voyageur

si tu savais ô Sigismund

à quel point tu touchais juste

en atteignant les terres anciennement nouvelles

 

cent six ans de mythologie ressucée

pour le nombril bourgeois

 

le ciment prend encore

comme aux premiers jours de tes délires

preuve en est tes héritiers et leurs détracteurs

 

je n'ai pas créé ta bulle

j'ai piétiné l'idée même du transfert

 

mais pour te plaire

ô Schlomo

mes pertes m'ont porté trop loin

j'attends les arrêts

faute de cure en toc

 

 

 

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08 septembre 2016

la pèche Maurice !

    On m'a prêté Les racines du mal de Dantec, folie ! Comment ce type va tenir ! Il balance tout dès les premières lignes !

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04 septembre 2016

pourquoi

à la question pourquoi j'écris je répondrais
la vie produit tellement de merdes que j'essaie de la concurrencer un peu

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03 septembre 2016

au vide

cette attirance au vide

je viens de comprendre

à jeun perdu

ce n'est que l'entraînement impossible

à la fin

les arrêts toujours

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Elster et non Elstir

     Encore un roman américain, après Brautigan, Don Delillo, prêté par un collège, le premier que je lis de lui, Point Oméga, au départ froid, tellement éloigné de la phrase intérieure de Brautigan, et puis ça se déploie malgré tout, même si le dernier tiers m'a paru emprunté, ça fonctionne quand même, on évite des travers narratifs trop évidents, même si le détour choisi n'est guère moins cliché que celui évité, et puis l'effet de boucle se déclenche pour clore le tout, que dire ?

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01 septembre 2016

les franges des yeux

     Quand j'ai lu le Pick de Foenkinos, j'avais égaré L'avortement de Brautigan. C'est en cherchant mes dossiers sur la réforme, que je l'ai retrouvé : folie des périodes, comparaisons hallucinées, poésie dingue !

     Je cite ledit Richard (traduit par Georges Renard) :

"Je regardai à l'intérieur de son visage avant de lui enlever son slip. Son visage avait l'air calme et, bien qu'il y eût encore de brefs éclairs de foudre bleue, les yeux restaient doux sur leurs franges et les franges grandissaient à vue d'oeil."

 

les yeux restaient doux sur leurs franges et les franges grandissaient à vue d'oeil

les yeux restaient doux sur leurs franges et les franges grandissaient à vue d'oeil

 

 

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28 août 2016

sur scène

sur scène

les deux poètes

à la langue serpentine

vrillent l'éclair qui fuse

dans les reins

et les oreilles des assis

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23 août 2016

je n'aime pas ce mot -synesthésie

l'avantage

oui

non négligeable

l'avantage pour le poète

au moins un dans ce silence

est de taper confusément dans la machinerie

de ses pathologies

des bruits de pas

des gouttes sur le zinc

tout ça c'est ses échos

les lunes ses seules compagnes

les vitrines la nuit son coeur nu

avec sa langue

il dénoue la brume

les enveloppes des seins

tout à l'arrière de la tête

aux creux des lobes inconnus

sa chimie rêve encore

toujours

 

 

 

 

 

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16 août 2016

être arrivé (nulle part)

il y a danger

quand

relisant mon poème

du fond de ma gorge

naît un discret mais assuré

"c'est bien"

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