Je serais arrivé dans trois heures dans Barcelone. Perdu face à cette ville étendue, sous un soleil de plomb, j'aurais très vite dégainé mes plans en macro et cherché la route du labyrinthe végétal jouxté par la forêt dans laquelle je me serais aventuré jusqu'à Sant Cugat. A vingt-deux heures, paniqué à l'idée de trouver où dormir discrètement, j'aurais cherché un bout de champ isolé ou de forêt, quitte à faire demi-tour... Epuisé, les premières questions auraient eu le temps de monter : pourquoi cette lubie de marcher, à 45 degrés, de dormir dehors comme un clochard, comme l'année dernière en Ecosse...? Un petit dîner aurait vite réussi à me rassurer. Pas de douche ce premier soir, pas de point d'eau, il aurait fallu que j'accepte cette idée-là au plus vite... Soulagé juste des quatre lourds litres d'eau qui auraient permis de cuire mes premières pâtes et de me laver un peu... Inquiet la nuit, la première nuit et les autres à suivre, de me faire déloger, d'être agressé, des hommes, des chiens... Et l'angoisse, la chaleur et la lumière m'auraient vite jeté hors de ma tente pour cette deuxième journée à venir...