Après avoir lu le recueil de Dominique Boudou : Poète de la face nord, qu'il m'avait gentiment envoyé, suite à nos échanges depuis le week-end poétique girondin, un poème est sorti, comme on accouche, en résonance. C'est davantage un jeu de correspondances entre ses mots et les miens, et souvent, à la relecture des nôtres, il ne m'est plus aisé de les distinguer...

 

le chant des sédiments
 
 
j'ai lu au réveil tes phrases courtes de la Face nord
après des rêves d'élèves qui n'écoutent rien
après un match de boxe qui n'était rien que monnaie
 
elles ont réveillé en moi les mêmes tourbes
le même loess qui nous érode
les mêmes mots des dedans de soi
 
je lisais ton temps qui passe
les "on" dont on parlait à table avant ou après De Richaud
celui d'Annie Ernaux les Années
 
je sentais à te lire de mon lit le frais cresson bleu de Rimbaud
les pâleurs qui nous attachent ensemble
aux espoirs sans vie
 
je sentais nos yeux mêlés bander
comme le décrit Emaz de Laugier
ou encore Modély ou l'oublié Nougé sauf erreur
 
et quand tes mots touchaient le coeur de mes creux
ces heures à regarder la lune couler entre deux fils électriques
la veine claire de ton encre bruissait en moi
 
te lisant j'écrivais chacun de mes sentiers en friche
je comprenais mieux pourquoi nous étions unis
Dupin Auster d'autres toi et moi à table
 
sous ton évocation d'Handke je prisais Rilke
et du bousier à l'oiseau
je me laissais aller à l'illusion de tout voyage
 
d'entre tes glossolalies pointait celle étrangement manquante de ton ascension intérieure
quand l'eau était morte tu te souviens
juste avant le waserfall blond
 
tes romans sur les grèves ou les graves d'ici
au reflux des galeries de tes courtilières
sont comme des poches d'air aux squelettes incertains
 
du poète grec au nom oublié déniché par l'amie girondine
qui disait écrire de grands poèmes
à Mu ironique sur scène qui usait du "elle" écrivant
à toi l'indéfini pronom passant de la main à la machine qui frappe
à moi en en lançant des petits et des pauvres
nous étions réunis
 
c'est une langue trouée d'infinis qui se maquille douce
qui nous parle les nuits
la même langue qui nous fascine et nous rejette
la marée intérieure
les mêmes sels creusant les plaies
les mêmes vides qui nous comblent
 

ce n'est pas tous les jours que je trouve un frère

comme un nouveau mot comme le centon

que compose ce poème enfanté de ta lecture
 
sur nos rives nos sons se sont mêlés
aux phalènes du fusain
dans l'humus de ces lisières