Rêve d’amour

 

Voulant oublier les femmes

Liszt, éphèbe merveilleux,

Se cloîtra en monastère.

 

Pensant retrouver sa flamme

Liszt, ascète bien pouilleux,

Se perdit dans l’air austère.

 

Rien ne venait sous sa main

Mis à part le grand désir

Qu’il repoussait, ah, l’insane !

 

Et d’aujourd’huis en demains

Il niait tout du plaisir

Jusqu’à ce que cœur se fane.

 

Son piano devenait tombe

Où fuyait son âme éteinte

Ornée de feux follets morts.

 

Son piano creusait la combe

De ses créations sans teinte

Se purgeant des soirs d’alors.

 

Une nuit l’envie revint

Dans un rêve insomniaque

Où cent femmes trônaient nues.

 

Demain aux couleurs du vin

Coulait enfin orgiaque

Dans sa gorge, infini fût.

 

Main, à nouveau créatrice,

Sachant saisir les deux corps

Côte à côte aimait l’oubli.

 

Main, vertu copulatrice,

Faisait naître les aurores

D’une âme sortie des plis.

 

Liszt, lumineux Liszt au cœur

Déchaîné des pleurs du choix

Plongeait sa vie dans l’amour ;

 

Dans cette eau où de bonne heure

Nagent cent femmes, Liszt, roi

Composait « Rêve d’amour ».