Un Homme ivre sur le rail

 

Étendu sur le rail, un homme ivre repose

Son poing gauche est crispé sur la gourde qu'il tient

Il ronfle et dort baigné dans le petit matin

La nuit sur le chemin fuit et se décompose.

 

L'humble brise nocturne a paré tendrement

Ses cheveux dispersés de cendre et d'herbe grêle

La rosée irisée l'éclabousse de ciel.

Il gît : son torse seul palpite par moment.

 

Son bras droit est pareil à la traverse dure.

Il est comme blotti sur le sein maternel,

Ce jeune gars est vêtu de pauvres déchirures.

 

On pressent le soleil dans le cadre du ciel,

Un homme ivre repose et le rail, tout à coup, 

D'un tremblement qui gronde et grandit, le secoue. 

 

Attila József, 1922.