Je retombe sur mon Journal 1994, il est à mon chevet depuis plusieurs mois quand tout changeait autour de moi, appartement, départ des enfants... Comment quelque chose d'aussi instable que ce journal finit par être aussi stabilisant ?

    Je recopie ce que j'ai écrit le dimanche 2 octobre 1994 :

Dimanche 2 octobre

15h35. Nouvelle :     Nuit et après-midi

La nuit d'hier avait le goût de celles d'avant. Boire et rire d'histoires inventées et obscènes, le long des Garonnes, avec l'espoir en toc de rencontrer l'ombre d'une femme, l'ombre d'un sexe, ouverts à nos délires. Se cacher des lumières, ne pas répondre aux salades de la flicaille morte d'ennui au cours de ses balades à 45km/h. Piquer des bouteilles à mes vieux... Nous avons ri, comme des cons, bourrés mais lucides, quelque part dans le désert. Vers 4 heures, nous avons guetté la sortie des vieux croutons du Ramier. Les tonneaux maquillées rentraient seules ou accompagnées dun vieux loubard faussement friqué et clown à pleurer. Je les insultais, la bouteille de faux Martini blanc à la main, en suivant leur jupe de flanelle. Pas la moindre invit', de la négligence, et encore... Enfin je parvins à discutailler le coup avec 4 olibrius, joyeux drôles. Une clope contre un peu de vrai Fratelli blanc. Non, ils veulent plus boire... La nuit s'est arrêtée, pas chez moi, en même temps que la voiture. Elles ont ouvert leurs portes jusqu'à mon plum'. Cet après-midi, j'ai allumé la radio : "Le Silence des voix" voulait se faire entendre ; tel compositeur, tel chef d'orchestre, tel violoncelle. La chambre a déjà cessé de tourner, de quoi retourner lire.

15h47.